
Comment les musiciens peuvent être rémunérés pour l'entraînement de l'IA

Warner Music Group a récemment acquis la startup Sureel, spécialisée dans la gestion des droits musicaux à l'ère de l'intelligence artificielle. Sureel s'est associée à l'agence suédoise de droits d'auteur STIM pour explorer un système de rémunération des artistes lorsque leur musique sert à entraîner des modèles d'IA générative. Concrètement, le logiciel de Sureel appose des métadonnées sur les fichiers audio afin d'indiquer si une entreprise d'IA est autorisée à utiliser le fichier librement, de manière limitée ou pas du tout, puis suit l'utilisation réelle pour calculer les redevances correspondantes. De son côté, la société d'IA musicale SoundVerse a publié un livre blanc en 2025 pour rejeter les rachats uniques de droits et défendre une participation continue des artistes à chaque génération d'output par un modèle. Le co-président de Sureel, Benji Rogers, et son PDG, Tamay Aykut, portent le projet, tandis que Simon Gozzi, directeur du développement chez STIM, évalue comment les rapports d'attribution de Sureel pourraient fonder de nouveaux accords de licence entre musiciens et entreprises d'IA.
L'enjeu est considérable pour l'ensemble de l'industrie musicale, qui dispose depuis des décennies de mécanismes précis pour rémunérer l'utilisation des œuvres, ventes physiques, streaming, radio, reprises, karaoké. L'IA générative a fracturé cette logique en rendant floue la notion d'utilisation : une chanson utilisée une seule fois pour l'entraînement d'un modèle continue d'influencer chaque output produit par ce modèle. Sureel propose d'aller plus loin qu'une simple mesure de similarité entre la donnée d'entraînement et l'output généré, en cherchant à établir un lien de causalité réel entre les deux. Si le modèle produit du jazz, les enregistrements jazz du corpus auraient davantage contribué que les pièces folk, et seraient rémunérés en proportion. Rogers résume l'ambition : "L'attribution ne cherche pas à recréer l'ancienne économie, mais à mesurer pour la première fois ce que l'ancienne économie ne faisait qu'approximer."
Ce chantier s'inscrit dans un contexte de tension croissante entre l'industrie créative et les géants de l'IA, accusés par certains de commettre "le plus grand acte de vol de droits d'auteur de l'histoire". La question de l'attribution causale reste techniquement non résolue et pourrait nécessiter des outils issus de la théorie de l'information ou une modélisation de l'impact historique des œuvres individuelles. Le risque existe aussi de voir naître une musique conçue pour maximiser les redevances d'entraînement, comme le streaming a déjà poussé les artistes à raccourcir leurs intros. Aykut suggère néanmoins que des systèmes d'attribution bien conçus pourraient valoriser les œuvres rares et originales davantage que les tubes radiophoniques, ouvrant la possibilité que l'IA devienne un vecteur de diversité musicale plutôt qu'un facteur d'uniformisation.
La participation de l'agence suédoise STIM à ce système d'attribution ouvre la voie à de nouveaux cadres de licence pour les artistes européens, en cohérence avec les exigences de l'AI Act sur la transparence des données d'entraînement.
Ce que Sureel essaie de faire, c'est mesurer l'influence réelle d'une œuvre sur un modèle, pas juste vérifier si elle était dans le corpus de départ. Ça paraît évident dit comme ça, mais c'est techniquement non résolu, et si ça marche, ça change tout à la logique des licences forfaitaires. Le vrai risque après, c'est l'effet streaming : des artistes qui composent pour maximiser leurs redevances d'entraînement plutôt que pour les oreilles.
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