☕️ Suno a aspiré des millions de chansons pour entraîner son IA
Suno, la start-up américaine spécialisée dans la génération musicale par intelligence artificielle, avait déjà reconnu en 2024, lors d'une procédure judiciaire intentée par l'industrie du disque aux États-Unis, avoir aspiré « pratiquement tous les fichiers musicaux de qualité raisonnable accessibles sur l'internet ouvert ». Un hacker vient de fournir au média 404media des données internes qui précisent enfin l'ampleur réelle de cette collecte. Les plateformes pillées incluent YouTube Music, Deezer, Genius, Pond5, Jamendo, Freesound et IMSLP. Les volumes révélés sont considérables : plus de deux millions d'extraits provenant de YouTube Music, et des dizaines de milliers d'heures issues du seul catalogue de Deezer. Le code dérobé montre aussi que Suno recherchait spécifiquement des versions a cappella sur YouTube, vraisemblablement pour isoler et analyser les voix plus facilement. Pour mener cette collecte à grande échelle, l'entreprise se serait appuyée sur Bright Data, spécialiste de l'extraction automatisée de données. Le même pirate affirme avoir également accédé aux coordonnées de centaines de milliers de clients de Suno ainsi qu'à des informations liées à des paiements Stripe, après s'être introduit dans les systèmes de l'entreprise grâce aux identifiants compromis d'un salarié, lors d'un incident survenu en novembre dernier.
Ces révélations pourraient peser lourd dans le rapport de force entre Suno et l'industrie musicale. La RIAA, puissant lobby des maisons de disques américaines, accuse déjà la start-up d'avoir extrait directement des fichiers audio depuis YouTube en contournant les mécanismes anti-copie de la plateforme. Si les données du hacker confirment que Suno a siphonné des catalogues commerciaux et enfreint les conditions d'utilisation de plusieurs services, les ayants droit disposeraient d'arguments supplémentaires pour faire tomber la défense de « fair use » invoquée par l'entreprise, une exception au droit d'auteur régulièrement brandie par les laboratoires d'IA générative. Au-delà de Suno, l'affaire alimente un débat plus large sur la légitimité de l'entraînement des modèles d'IA à partir d'œuvres protégées, sans consentement ni rémunération des créateurs. La fuite de données personnelles de clients ajoute une dimension supplémentaire, même si l'entreprise assure qu'aucune information sensible ni numéro complet de carte bancaire n'a été compromis.
Ce dossier s'inscrit dans une bataille juridique plus vaste que l'ICMP a qualifiée de « plus grand vol de propriété intellectuelle de l'histoire ». Suno a toutefois vu son horizon judiciaire s'éclaircir en novembre dernier en signant un accord avec Warner Music, lui permettant désormais d'exploiter légalement le catalogue de la major. Cette entente contraste avec les pratiques de collecte révélées par le piratage, et illustre la stratégie des acteurs de l'IA musicale : négocier des licences avec certains labels tout en continuant de se défendre juridiquement sur les usages passés. L'issue des procédures en cours pourrait déterminer si d'autres géants du disque, comme Universal ou Sony, suivront la voie de Warner ou maintiendront la pression judiciaire contre Suno.
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