Aller au contenu principal
SociétéMIT Technology Review2h

Les chatbots IA nous font-ils perdre le contrôle de notre pensée ?

Résumé IASource uniqueImpact UE
Source originale ↗·

Gloria Mark, psychologue à l'Université de Californie à Irvine, est venue à SXSW London cette semaine avec un message préoccupant : nous avons perdu le contrôle de notre cerveau. Spécialiste depuis trente ans des interactions entre humains et technologies numériques, elle a mené des recherches longitudinales en conditions réelles, équipant des volontaires adultes de capteurs pour mesurer leur attention, leur humeur et leur comportement face aux écrans. Les résultats sont saisissants : en 2003, la durée d'attention moyenne était d'environ deux minutes et demie avant de passer à autre chose. En 2012, ce chiffre était tombé à 75 secondes. Entre 2014 et 2020, il a encore reculé pour atteindre 47 secondes en moyenne.

Ce déclin constant n'est pas anodin. Les travaux de Mark montrent une corrélation directe entre la fréquence des changements d'attention et le niveau de stress mesuré par cardiofréquencemètre : plus on saute d'une tâche à l'autre, plus le stress monte. Cela nuit à la performance et au bien-être émotionnel. Pour les enfants et adolescents, les enjeux sont encore plus lourds. Meta, maison mère de Facebook et Instagram, ainsi que YouTube de Google ont été condamnés à verser des millions de dollars de dommages à une jeune femme de 20 ans qui accusait ces plateformes de lui avoir créé une addiction dès l'enfance. Il y a quelques semaines, Meta a également conclu un accord dans un procès intenté par un district scolaire rural du Kentucky, qui réclamait plus de 60 millions de dollars pour couvrir les besoins en santé mentale de ses élèves. Quelque 1 200 autres districts scolaires ont engagé des poursuites similaires contre les réseaux sociaux.

Ces débats s'inscrivent dans un contexte d'incertitude scientifique persistante : malgré des dizaines d'études menées depuis deux décennies, les preuves sur l'impact global des réseaux sociaux sur les enfants restent non concluantes, selon Mark elle-même. L'Australie a pourtant choisi d'agir en interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans à la fin de l'année dernière, une expérience à grande échelle qui pourrait enfin apporter des données probantes. C'est dans ce contexte que la question des effets de l'IA générative se pose avec une urgence nouvelle : outil encore plus récent et plus envahissant que les réseaux sociaux, elle pourrait accélérer les dynamiques déjà à l'oeuvre sur notre capacité d'attention, sans que la recherche ait eu le temps de mesurer les conséquences.

Impact France/UE

Les données longitudinales sur le déclin de l'attention et les risques cognitifs liés à l'IA générative pourraient alimenter les débats européens sur la protection des mineurs en ligne et l'encadrement réglementaire de l'IA Act.

Dans nos dossiers

Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.

À lire aussi

Trusted Contact : la nouvelle fonction de ChatGPT face aux moments les plus sombres
1Le Big Data 

Trusted Contact : la nouvelle fonction de ChatGPT face aux moments les plus sombres

OpenAI a lancé le 7 mai 2026 une nouvelle fonctionnalité optionnelle dans ChatGPT baptisée "Trusted Contact", littéralement "contact de confiance". Disponible pour les utilisateurs majeurs, elle permet de désigner une personne proche depuis les paramètres de l'application. Cette personne doit ensuite accepter l'invitation pour activer le dispositif. Lorsque les échanges avec ChatGPT font apparaître des signaux préoccupants, liés à une détresse émotionnelle ou une crise, l'utilisateur est d'abord invité à contacter lui-même cette personne de confiance. Ce n'est qu'après une vérification humaine qu'une alerte peut être transmise au proche désigné. OpenAI précise que ces notifications restent volontairement limitées : aucun transcript de conversation n'est partagé, le message envoyé se contente d'indiquer qu'une situation inquiétante a été détectée et invite le contact à prendre des nouvelles. La fonctionnalité a été développée en collaboration avec des psychologues, des chercheurs en santé mentale et des experts en prévention du suicide. Ce lancement reflète une évolution profonde du rôle que jouent les assistants IA dans la vie quotidienne. Des millions d'utilisateurs se confient à ChatGPT sur des sujets intimes, solitude, ruptures, conflits familiaux, parfois sans interlocuteur humain disponible. OpenAI tente ici de transformer ce rapport en levier de protection plutôt qu'en angle mort. En orientant vers un proche réel au lieu de traiter seul la détresse, le système cherche à pallier une limite structurelle des chatbots : leur incapacité à agir concrètement en situation de crise. Pour les professionnels de santé mentale, l'enjeu est de taille : si le dispositif fonctionne tel que décrit, il pourrait servir de filet de sécurité pour des personnes qui ne sollicitent pas d'aide par elles-mêmes. Trusted Contact s'inscrit dans une stratégie plus large d'OpenAI autour du bien-être numérique, engagée depuis plusieurs mois. ChatGPT peut déjà suggérer des pauses après une utilisation prolongée, refuser des demandes jugées dangereuses et rediriger les utilisateurs vers des lignes d'assistance locales. Mais cette nouvelle fonction franchit un seuil : elle implique pour la première fois un tiers humain dans la boucle de surveillance, ce qui soulève des questions légitimes sur la vie privée et la confiance. OpenAI a anticipé ces réticences en maintenant la vérification humaine avant toute alerte et en limitant strictement le contenu des notifications, mais le débat sur la frontière entre protection et surveillance reste entier. À mesure que les IA conversationnelles s'intègrent aux moments les plus vulnérables de la vie des utilisateurs, la question de leur responsabilité émotionnelle et éthique devient incontournable pour l'ensemble de l'industrie.

UELa fonctionnalité soulève des questions de conformité RGPD concernant le traitement de données de santé particulièrement sensibles et la notification de tiers, dans un cadre réglementaire européen nettement plus contraignant qu'aux États-Unis.

SociétéOpinion
1 source
IA, jeunes talents et entreprises : le nouveau pacte de confiance
2Le Big Data 

IA, jeunes talents et entreprises : le nouveau pacte de confiance

La quatrième édition du Baromètre Talents SKEMA-EY, publiée en 2024 et consacrée pour la première fois à l'IA générative, dresse un portrait saisissant des nouvelles générations face aux outils numériques. Selon cette étude menée par SKEMA Business School en partenariat avec EY, 96 % des jeunes diplômés utilisent déjà des outils d'IA, et 61 % d'entre eux en font un usage quotidien. Amine Ezzerouali, enseignant-chercheur à SKEMA, observe que ces étudiants associent désormais directement leur employabilité à leur maîtrise de l'IA : plus ils développent ces compétences, plus ils se perçoivent comme attractifs sur le marché du travail. Pourtant, cet usage intensif ne se traduit pas automatiquement par une efficacité professionnelle réelle. Près de 80 % des jeunes attendent une formation structurée de la part de leur futur employeur, refusant d'être livrés à eux-mêmes face à des outils aux implications juridiques et cybersécuritaires importantes. Une simple fuite de données via un chatbot public peut fragiliser toute une organisation. Ce basculement crée une pression inédite sur les entreprises et leurs managers intermédiaires. Ceux qui ne proposent pas d'accompagnement structuré risquent de perdre leurs jeunes recrues au profit d'organisations capables d'enrichir durablement leur profil professionnel. L'étude souligne en parallèle un retour marqué de l'esprit critique : 60 % des jeunes le considèrent désormais comme essentiel à leur réussite. L'IA automatisant les tâches répétitives et une partie de l'analyse de données, le rôle des profils juniors évolue vers l'interprétation des signaux faibles, la contextualisation et la navigation dans l'incertitude. Les recruteurs s'adaptent en conséquence : l'étude de cas supplante progressivement le test technique pur, forçant les candidats à démontrer leur capacité à résoudre des problèmes réels avec ou sans assistance numérique. Ce constat s'inscrit dans une réflexion plus large sur le "Shadow AI", soit l'utilisation non encadrée et souvent dissimulée d'outils génératifs dans les environnements professionnels, phénomène qui s'est accéléré depuis l'irruption massive de ChatGPT en 2022. Faute de politique claire, de nombreuses entreprises oscillent entre interdiction, tolérance et encadrement partiel, laissant les managers en première ligne face aux risques de sécurité. SKEMA Business School a répondu à ce défi en intégrant la data science dans l'ensemble de ses spécialisations, pariant sur des parcours hybrides qui permettent aux talents de performer aussi bien sans IA qu'avec. Les profils seniors conservent un avantage structurel grâce à leur expertise métier, qui leur permet de formuler des requêtes plus pertinentes et d'évaluer la fiabilité des réponses. La frontière entre l'exécutant augmenté et l'expert capable d'interroger intelligemment la machine reste, selon Ezzerouali, le défi central de cette nouvelle ère professionnelle.

UEL'étude SKEMA-EY, menée en France, révèle que les entreprises françaises doivent repenser leurs politiques de formation et d'encadrement de l'IA pour attirer et fidéliser les jeunes diplômés.

SociétéOpinion
1 source
3Ars Technica AI 

Les Américains consultent l'IA pour leur santé : les hôpitaux misent sur encore plus de chatbots

De plus en plus d'Américains se tournent vers les grands modèles de langage comme ChatGPT pour obtenir des conseils médicaux, et les systèmes de santé du pays commencent à réagir en déployant leurs propres chatbots estampillés à leur marque. Des établissements hospitaliers à travers les États-Unis expérimentent ou lancent déjà ces outils, dans le but de capter une demande existante et de rediriger les patients vers leurs propres services. Allon Bloch, PDG de la société d'IA clinique K Health, résume la situation ainsi : "Nous sommes à un point d'inflexion dans les soins de santé. La demande s'accélère, et les patients utilisent déjà l'IA pour naviguer dans leur vie." Pour les dirigeants de ces établissements, les chatbots maison représentent à la fois un service de commodité et une réponse à l'équité numérique, en rejoignant les patients là où ils se trouvent déjà. Ils avancent également que leurs outils seront plus sûrs que les versions commerciales grand public auxquelles les patients ont spontanément recours. L'enjeu est considérable : si les gens consultent de toute façon une IA avant d'appeler leur médecin, autant que ce soit une IA encadrée par des professionnels de santé plutôt qu'un outil généraliste sans garde-fous médicaux. Cette tendance émerge dans un contexte où le système de santé américain est déjà sous pression, jugé coûteux et sous-performant par de nombreux observateurs. L'arrivée des chatbots hospitaliers soulève des questions immédiates sur la responsabilité médicale, la confidentialité des données de santé et le risque de mauvais diagnostics. Le mouvement s'inscrit dans une vague plus large d'adoption de l'IA dans le secteur médical, qui voit des acteurs comme Google, Microsoft et des startups spécialisées se positionner sur ce marché stratégique. La capacité des hôpitaux à proposer des alternatives crédibles aux outils grand public dépendra largement de la qualité des données cliniques sur lesquelles ces systèmes seront formés et des protocoles de supervision médicale mis en place.

UECette tendance américaine pourrait se propager aux systèmes de santé européens, soulevant des enjeux réglementaires autour du RGPD et de la responsabilité médicale des chatbots déployés par des établissements de soins.

SociétéOutil
1 source
4The Verge AI 

Les attaques contre Sam Altman sont un avertissement pour le monde de l'IA

Un homme de 20 ans a été accusé d'avoir lancé un cocktail Molotov au domicile de Sam Altman, PDG d'OpenAI, à San Francisco. Selon le San Francisco Chronicle, l'auteur présumé avait exprimé par écrit sa crainte que la course à l'IA ne conduise à l'extinction de l'humanité. Deux jours après cette première attaque, la résidence d'Altman aurait été ciblée une seconde fois, d'après le San Francisco Standard. Une semaine auparavant, un conseiller municipal d'Indianapolis avait signalé treize coups de feu tirés à sa porte, accompagnés d'un message "No Data Centers", après avoir soutenu un projet de rezonage en faveur d'un opérateur de centres de données. Ces incidents ont déclenché une vive inquiétude au sein et autour de l'industrie de l'IA. Ils signalent que l'hostilité envers le secteur technologique ne reste plus confinée aux pétitions ou aux protestations en ligne, mais peut déboucher sur des actes de violence physique ciblant directement des dirigeants et des élus locaux. Pour une industrie déjà sous pression réglementaire et médiatique, ce glissement vers la menace concrète représente un changement de nature dans le rapport avec l'opinion publique. La résistance aux grandes infrastructures numériques, notamment aux centres de données énergivores, et aux avancées rapides de l'IA existe depuis plusieurs années dans diverses communautés. Des groupes s'inquiètent des risques existentiels liés à l'IA générale, tandis que d'autres dénoncent l'impact environnemental et foncier des data centers. Ces attaques surviennent dans un contexte de débat intense sur la régulation de l'IA aux États-Unis et en Europe, et posent la question de la sécurité des figures publiques du secteur technologique dans les mois à venir.

UECes actes de violence aux États-Unis pourraient amplifier les appels à une meilleure régulation de l'IA en Europe, sans impact direct immédiat sur la France ou l'UE.

SociétéOpinion
1 source

Recevez l'essentiel de l'IA chaque jour

Une sélection éditoriale quotidienne, sans bruit. Directement dans votre boîte mail.

Recevez l'essentiel de l'IA chaque jour