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IA, jeunes talents et entreprises : le nouveau pacte de confiance
SociétéLe Big Data1sem· 2 min de lecture

IA, jeunes talents et entreprises : le nouveau pacte de confiance

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La quatrième édition du Baromètre Talents SKEMA-EY, publiée en 2024 et consacrée pour la première fois à l'IA générative, dresse un portrait saisissant des nouvelles générations face aux outils numériques. Selon cette étude menée par SKEMA Business School en partenariat avec EY, 96 % des jeunes diplômés utilisent déjà des outils d'IA, et 61 % d'entre eux en font un usage quotidien. Amine Ezzerouali, enseignant-chercheur à SKEMA, observe que ces étudiants associent désormais directement leur employabilité à leur maîtrise de l'IA : plus ils développent ces compétences, plus ils se perçoivent comme attractifs sur le marché du travail. Pourtant, cet usage intensif ne se traduit pas automatiquement par une efficacité professionnelle réelle. Près de 80 % des jeunes attendent une formation structurée de la part de leur futur employeur, refusant d'être livrés à eux-mêmes face à des outils aux implications juridiques et cybersécuritaires importantes. Une simple fuite de données via un chatbot public peut fragiliser toute une organisation.

Ce basculement crée une pression inédite sur les entreprises et leurs managers intermédiaires. Ceux qui ne proposent pas d'accompagnement structuré risquent de perdre leurs jeunes recrues au profit d'organisations capables d'enrichir durablement leur profil professionnel. L'étude souligne en parallèle un retour marqué de l'esprit critique : 60 % des jeunes le considèrent désormais comme essentiel à leur réussite. L'IA automatisant les tâches répétitives et une partie de l'analyse de données, le rôle des profils juniors évolue vers l'interprétation des signaux faibles, la contextualisation et la navigation dans l'incertitude. Les recruteurs s'adaptent en conséquence : l'étude de cas supplante progressivement le test technique pur, forçant les candidats à démontrer leur capacité à résoudre des problèmes réels avec ou sans assistance numérique.

Ce constat s'inscrit dans une réflexion plus large sur le "Shadow AI", soit l'utilisation non encadrée et souvent dissimulée d'outils génératifs dans les environnements professionnels, phénomène qui s'est accéléré depuis l'irruption massive de ChatGPT en 2022. Faute de politique claire, de nombreuses entreprises oscillent entre interdiction, tolérance et encadrement partiel, laissant les managers en première ligne face aux risques de sécurité. SKEMA Business School a répondu à ce défi en intégrant la data science dans l'ensemble de ses spécialisations, pariant sur des parcours hybrides qui permettent aux talents de performer aussi bien sans IA qu'avec. Les profils seniors conservent un avantage structurel grâce à leur expertise métier, qui leur permet de formuler des requêtes plus pertinentes et d'évaluer la fiabilité des réponses. La frontière entre l'exécutant augmenté et l'expert capable d'interroger intelligemment la machine reste, selon Ezzerouali, le défi central de cette nouvelle ère professionnelle.

Impact France/UE

L'étude SKEMA-EY, menée en France, révèle que les entreprises françaises doivent repenser leurs politiques de formation et d'encadrement de l'IA pour attirer et fidéliser les jeunes diplômés.

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Accenture : les consommateurs font de plus en plus confiance aux agents d'achat IA
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Accenture : les consommateurs font de plus en plus confiance aux agents d'achat IA

Selon une étude publiée par Accenture en 2026, les consommateurs font désormais davantage confiance à un agent IA personnel qu'à leur meilleur ami pour effectuer un achat à leur place. Cette enquête, baptisée Consumer Pulse Research, a été menée auprès de 25 590 personnes dans 16 pays. Elle révèle que 74 % des répondants sont prêts à déléguer à un agent IA des tâches récurrentes comme la négociation de promotions, la résolution de litiges, le renouvellement d'abonnements ou la commande répétée de produits. Plus loin dans la chaîne de décision, 32 % accepteraient qu'un agent choisisse un produit en leur nom dans des limites prédéfinies, budget, marques autorisées, avant de soumettre l'achat à leur approbation finale. Seuls 9 % des consommateurs seraient toutefois prêts à laisser un agent finaliser un achat de façon entièrement autonome, sans validation humaine. À l'étape du paiement, ce chiffre remonte légèrement à 12 %. Ce basculement dans les comportements d'achat a des conséquences directes pour les marques et les distributeurs. Lorsque ce sont des agents IA qui comparent les offres, c'est la qualité et la lisibilité des données produit qui deviennent déterminantes : prix, disponibilité, conditions de livraison, garanties. L'agent évalue ces attributs de manière structurée, sans être sensible aux campagnes publicitaires classiques. Parmi les consommateurs fidèles à une marque, 37 % déclarent qu'ils autoriseraient leur agent à en changer si celui-ci trouvait une meilleure offre. Par ailleurs, 61 % souhaitent un agent capable de comparer des produits chez plusieurs enseignes, notamment dans l'alimentaire. La fidélité de marque, telle qu'elle était construite jusqu'ici, pourrait donc être remplacée par une fidélité à la performance mesurée en temps réel. Cette étude arrive à un moment où les grandes plateformes technologiques et les géants du commerce en ligne investissent massivement dans des assistants capables d'agir au nom des utilisateurs. Les agents IA ne sont plus de simples chatbots ou moteurs de recherche améliorés : ils peuvent négocier, souscrire, résilier et acheter. Accenture souligne que la confiance des consommateurs reste conditionnelle et calibrée selon la nature de l'achat. Les services récurrents et les achats à faible charge émotionnelle se prêtent davantage à la délégation, tandis que les choix liés à l'identité personnelle, un vêtement, une chambre d'hôtel, une expérience culturelle, restent l'apanage de la décision humaine. Les marques qui ne structureront pas leurs données pour être lisibles par des agents risquent de devenir invisibles dans ce nouveau canal d'achat.

UELes distributeurs et marques européens devront restructurer leurs données produit (prix, disponibilité, garanties, conditions) pour rester visibles face aux agents IA qui compareront les offres au nom des consommateurs, sous peine de perdre des parts de marché dans ce nouveau canal d'achat.

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En France, deux tiers des jeunes considèrent l’IA comme « un conseiller de vie »
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En France, deux tiers des jeunes considèrent l’IA comme « un conseiller de vie »

Une enquête publiée par la CNIL en partenariat avec l'institut Ipsos BVA et le Groupe VYV dresse un portrait inédit de la relation entre les jeunes Européens et l'intelligence artificielle conversationnelle. Menée en janvier 2026 auprès de 3 800 jeunes âgés de 11 à 25 ans dans quatre pays, France, Allemagne, Irlande et Suède, l'étude révèle que 86 % des jeunes Français utilisent déjà des outils d'IA, un chiffre qui place la France en dernière position : l'Allemagne atteint 92 %, l'Irlande 89 % et la Suède 87 %. L'usage est ancré dans la durée : trois jeunes sur cinq s'en servent depuis plus d'un an, un quart y recourt chaque jour, et 58 % au moins une fois par semaine. Plus frappant encore, un tiers des répondants interroge une IA sur sa vie personnelle au moins une fois par semaine, dont 16 % quotidiennement. Un jeune sur cinq va jusqu'à la considérer comme un amoureux. Ces chiffres prennent un relief particulier quand on les croise avec les données sur la santé mentale. Si 84 % des jeunes Français déclarent se sentir bien au quotidien, 65 % présenteraient simultanément des troubles anxieux, une proportion similaire dans les trois autres pays. La CNIL note que les jeunes les plus anxieux déclarent parler plus facilement de leurs problèmes à une IA qu'à leurs proches ou à des professionnels de santé, notamment parce qu'elle est disponible à toute heure et que, pour 40 % des sondés français, il est plus simple de s'y confier qu'à un être humain. Plus de six jeunes Français sur dix considèrent désormais l'IA comme un conseiller de vie ou un confident, un sur deux comme un ami ou un substitut au psychologue. Pourtant, un jeune sur trois ayant utilisé l'IA pour des sujets personnels déclare s'être déjà senti mal à l'aise suite à un conseil reçu. Cette étude s'inscrit dans une réflexion plus large que mènent les régulateurs européens sur l'encadrement des IA conversationnelles, notamment leur accès aux mineurs et leur usage thérapeutique non supervisé. La CNIL, dont le mandat inclut la protection des données personnelles mais aussi l'accompagnement des usages numériques, souligne la tension entre adoption massive et confiance relative : 80 % des jeunes admettent ne pas faire totalement confiance à l'IA, tout en continuant de lui confier des pans intimes de leur vie. Ce paradoxe, similaire à celui des mots de passe que l'on sait risqués mais qu'on réutilise, illustre la difficulté à traduire la lucidité en comportement réel, et interroge la responsabilité des plateformes comme des institutions éducatives face à une génération pour qui l'IA est déjà un interlocuteur émotionnel ordinaire.

UEL'étude menée par la CNIL sur quatre pays européens est susceptible d'alimenter directement les réflexions réglementaires de l'UE sur l'encadrement des IA conversationnelles pour les mineurs et leur usage thérapeutique non supervisé.

💬 80% ne font pas totalement confiance à l'IA, mais lui confient quand même des trucs intimes. C'est pas de la naïveté: un interlocuteur disponible à 3h du mat, gratuit, sans jugement, ça écrase tout ce qu'on a proposé d'autre à ces gamins. Ce qui me préoccupe, c'est pas l'usage, c'est qu'on soit en train de refiler à une génération entière un confident par défaut, sans jamais avoir vraiment décidé que c'était une bonne idée.

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Le contenu d’un tiers des nouveaux sites est généré totalement ou partiellement par IA
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En mai 2025, 35 % des sites internet nouvellement créés contenaient des textes entièrement ou majoritairement générés par intelligence artificielle, selon un rapport publié par Internet Archive. Cette étude, signée par Mark Graham, responsable de la Wayback Machine, accompagné d'un chercheur maison et de deux doctorants, s'appuie sur l'analyse du texte brut de milliers de sites archivés. Pour détecter l'origine des contenus, l'équipe a comparé plusieurs outils, Binoculars, Desklib, DivEye, avant de retenir l'API commerciale Pangram v3, choisie pour sa capacité à traiter le HTML et à analyser des textes en plusieurs langues, avec un taux de précision annoncé à 99,98 %. La proportion de sites à contenu genAI est passée de zéro avant le lancement de ChatGPT fin 2022 à ce tiers des nouvelles publications en l'espace de deux ans et demi. Ce que révèle ce rapport va à l'encontre des craintes les plus répandues. Sondés par les chercheurs, 75 % des internautes redoutaient d'être davantage exposés à des informations factuellement erronées, et 83 % anticipaient une homogénéisation du style des textes sur le web. Or, les données d'Internet Archive ne confirment ni l'une ni l'autre de ces hypothèses : les fact-checkers mandatés par l'équipe n'ont pas trouvé de corrélation statistiquement significative entre la hausse du contenu IA et une augmentation des fausses informations. L'homogénéisation stylistique, elle non plus, ne progresse pas mécaniquement. En revanche, deux effets distincts sont bien documentés : une contraction sémantique mesurable, les textes générés couvrent un spectre de vocabulaire et d'idées plus étroit, et un glissement artificiel vers la positivité, les contenus IA affichant systématiquement un ton plus optimiste et lissé que ceux rédigés par des humains. Ce travail s'inscrit dans un débat plus large sur ce que certains chercheurs appellent la "théorie de l'Internet mort", formulée dès 2021 et relancée début 2024 : l'idée que le web serait progressivement peuplé de contenus automatisés où des machines s'adressent à d'autres machines, au détriment d'une production humaine authentique. La méthode du rapport comporte toutefois des limites importantes : Pangram v3 est un outil commercial dont la méthode n'a pas été évaluée par des chercheurs indépendants, et les résultats dépendent donc directement de sa fiabilité réelle. Reste que cette étude est l'une des premières à quantifier l'empreinte de l'IA générative à l'échelle du web archivé, et elle devrait pousser les plateformes, moteurs de recherche et régulateurs à affiner leur compréhension des effets concrets, moins spectaculaires que redoutés, mais bien réels, de cette prolifération silencieuse.

UECette étude quantitative sur la prolifération des contenus IA pourrait alimenter les travaux des régulateurs européens, notamment sur les obligations de transparence et de marquage des contenus générés par IA prévues dans l'AI Act.

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Le Baromètre Phygital Workplace : l’urgence IA en entreprise
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Le Baromètre Phygital Workplace : l’urgence IA en entreprise

Le Baromètre Phygital Workplace 2026, publié par le cabinet Julhiet Sterwen en partenariat avec l'Ifop, dresse un état des lieux sans ambiguïté de la transformation numérique dans les entreprises françaises. En deux ans, l'usage de l'intelligence artificielle au bureau a quasiment doublé : 62 % des salariés y recourent désormais pour rédiger des documents, traduire ou effectuer des recherches. Mais ce chiffre global masque une fracture interne profonde. Les managers sont 85 % à avoir adopté ces outils, contre seulement la moitié des collaborateurs non-cadres. L'explication tient en grande partie à l'accès à la formation : trois quarts des cadres ont bénéficié d'une formation dédiée à l'IA, contre à peine plus d'un tiers des équipes de terrain. Plus préoccupant encore, une infime minorité de salariés dispose de consignes claires ou d'un cadre de sécurité formalisé pour encadrer ces usages. Ce déséquilibre n'est pas anodin. Lorsque les collaborateurs s'approprient des outils puissants sans cadre collectif, l'entreprise s'expose à des risques de cohérence, de confidentialité et d'équité interne. Axelle de la Tousche, responsable chez Julhiet Sterwen, appelle à transformer ces initiatives individuelles en stratégie collective maîtrisée, seule voie selon elle pour garantir la pérennité des organisations. Le sujet dépasse la simple adoption technologique : il touche à la gouvernance, à la culture d'entreprise et à la confiance entre directions et équipes. Parallèlement, la généralisation du télétravail amplifie les tensions. Plus de la moitié des managers admettent avoir du mal à évaluer la charge réelle de leurs collaborateurs à distance, et près de 60 % des professionnels perçoivent un effritement de l'esprit d'équipe, les échanges informels se raréfiant au fil des mois de travail hybride. Ce baromètre s'inscrit dans un contexte de recomposition profonde du rapport au travail en France. Le bureau perd sa fonction de lieu de production individuelle pour devenir un espace de lien social, tandis que le domicile s'impose comme le refuge de la concentration. Cette nouvelle géographie crée des frictions avec les tentatives de certaines directions de restreindre les jours de télétravail. À horizon 2030, neuf salariés sur dix jugent la formation continue indispensable pour rester dans la course, et les attentes envers les managers se déplacent vers des compétences humaines : écoute, empathie, capacité à fédérer. David Gautron, expert en expérience collaborateur, résume l'enjeu : il ne s'agit plus de tester des gadgets, mais de bâtir une culture d'entreprise capable d'intégrer ces mutations sans épuiser ses forces vives ni perdre sa cohésion.

UEEn France, 62 % des salariés utilisent déjà l'IA au travail mais les non-cadres sont deux fois moins formés que les managers, ce qui pose des enjeux urgents de gouvernance, d'équité interne et de confidentialité pour les entreprises françaises.

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