
Le Baromètre Phygital Workplace : l’urgence IA en entreprise
Le Baromètre Phygital Workplace 2026, publié par le cabinet Julhiet Sterwen en partenariat avec l'Ifop, dresse un état des lieux sans ambiguïté de la transformation numérique dans les entreprises françaises. En deux ans, l'usage de l'intelligence artificielle au bureau a quasiment doublé : 62 % des salariés y recourent désormais pour rédiger des documents, traduire ou effectuer des recherches. Mais ce chiffre global masque une fracture interne profonde. Les managers sont 85 % à avoir adopté ces outils, contre seulement la moitié des collaborateurs non-cadres. L'explication tient en grande partie à l'accès à la formation : trois quarts des cadres ont bénéficié d'une formation dédiée à l'IA, contre à peine plus d'un tiers des équipes de terrain. Plus préoccupant encore, une infime minorité de salariés dispose de consignes claires ou d'un cadre de sécurité formalisé pour encadrer ces usages.
Ce déséquilibre n'est pas anodin. Lorsque les collaborateurs s'approprient des outils puissants sans cadre collectif, l'entreprise s'expose à des risques de cohérence, de confidentialité et d'équité interne. Axelle de la Tousche, responsable chez Julhiet Sterwen, appelle à transformer ces initiatives individuelles en stratégie collective maîtrisée, seule voie selon elle pour garantir la pérennité des organisations. Le sujet dépasse la simple adoption technologique : il touche à la gouvernance, à la culture d'entreprise et à la confiance entre directions et équipes. Parallèlement, la généralisation du télétravail amplifie les tensions. Plus de la moitié des managers admettent avoir du mal à évaluer la charge réelle de leurs collaborateurs à distance, et près de 60 % des professionnels perçoivent un effritement de l'esprit d'équipe, les échanges informels se raréfiant au fil des mois de travail hybride.
Ce baromètre s'inscrit dans un contexte de recomposition profonde du rapport au travail en France. Le bureau perd sa fonction de lieu de production individuelle pour devenir un espace de lien social, tandis que le domicile s'impose comme le refuge de la concentration. Cette nouvelle géographie crée des frictions avec les tentatives de certaines directions de restreindre les jours de télétravail. À horizon 2030, neuf salariés sur dix jugent la formation continue indispensable pour rester dans la course, et les attentes envers les managers se déplacent vers des compétences humaines : écoute, empathie, capacité à fédérer. David Gautron, expert en expérience collaborateur, résume l'enjeu : il ne s'agit plus de tester des gadgets, mais de bâtir une culture d'entreprise capable d'intégrer ces mutations sans épuiser ses forces vives ni perdre sa cohésion.
En France, 62 % des salariés utilisent déjà l'IA au travail mais les non-cadres sont deux fois moins formés que les managers, ce qui pose des enjeux urgents de gouvernance, d'équité interne et de confidentialité pour les entreprises françaises.




