Le portail d’actualités MSN de Microsoft rémunère une quarantaine de médias générés par IA
Le portail d'actualités MSN de Microsoft, intégré par défaut dans le widget Actualités de tous les PC sous Windows, rémunère une quarantaine de médias dont le contenu est entièrement ou majoritairement généré par intelligence artificielle, selon une enquête récente. Cette pratique contrevient aux propres lignes directrices de Microsoft, qui affirme pourtant travailler avec plus de 1 300 éditeurs de presse représentant plus de 4 500 marques à l'échelle mondiale pour offrir « le meilleur des informations en ligne ». Le portail revendique combiner algorithmes et modération humaine pour garantir des contenus conformes à ses valeurs, mais la page de présentation de sa direction éditoriale liste quatre responsables dont aucun ne travaille plus pour l'entreprise depuis 2022, 2023 ou 2024. Par ailleurs, MSN diffuse massivement des vidéos à caractère conspirationniste et favorise de manière disproportionnée les contenus de CNews, la chaîne du groupe Bolloré reconvertie en média d'opinion.
Le problème dépasse la simple incohérence éditoriale : en finançant des sites automatisés via des accords de partenariat, Microsoft contribue directement à monétiser la désinformation industrielle et à fragiliser les médias traditionnels qui investissent dans des journalistes humains. Le widget Actualités de Windows étant préinstallé sur des centaines de millions de machines, la portée de ces recommandations est considérable. Des millions d'utilisateurs reçoivent ainsi, sans le savoir, un flux mêlant sources vérifiées et contenus produits à la chaîne par des IA, sans distinction apparente de fiabilité.
Cette situation s'inscrit dans une trajectoire entamée en 2020, lorsque Microsoft avait licencié près de 80 journalistes constituant ses équipes éditoriales américaine et britannique, confiant intégralement la curation à des algorithmes. Ce virage vers l'automatisation, présenté à l'époque comme une modernisation, a ouvert la porte à des dérives que la plateforme ne semble ni surveiller ni corriger. La question de la responsabilité des agrégateurs technologiques dans la qualité de l'information distribuée est au coeur de débats réglementaires en Europe, notamment autour du Digital Services Act. Le cas MSN illustre la tension entre la logique économique des plateformes, qui profitent du trafic généré par tout contenu engageant quelle qu'en soit la source, et les engagements de qualité qu'elles affichent publiquement. Aucune réaction officielle de Microsoft n'avait été communiquée au moment de la publication de l'enquête.
Le financement de contenus générés par IA fragilise les médias européens investissant dans le journalisme humain et soulève une question directe de conformité avec le Digital Services Act, notamment concernant la recommandation disproportionnée de CNews en France.
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.



