
Google réorganise DeepMind pour accélérer sur Gemini
Google DeepMind a annoncé une réorganisation majeure de ses équipes d'intelligence artificielle, touchant à la fois sa direction et son organisation scientifique. Demis Hassabis, cofondateur du laboratoire, devient président de DeepMind et chef scientifique d'Alphabet, un rôle stratégique qui l'éloigne de la gestion quotidienne des opérations. Il conserve toutefois la direction d'Isomorphic Labs, la filiale dédiée à la découverte de médicaments par IA qu'il a fondée en 2021 et qui compte Novartis et Eli Lilly parmi ses partenaires pharmaceutiques. Koray Kavukcuoglu, actuel directeur technologique de DeepMind et collaborateur de Hassabis depuis treize ans, prend le poste de vice-président senior : il pilotera désormais le développement des modèles Gemini, dont la version 4 est en préparation, ainsi que la recherche en IA de frontière et les outils pour développeurs. Jeff Dean, chef scientifique de DeepMind et trentième employé de Google, quitte quant à lui l'entreprise pour fonder Discovery Loop avec le Google Fellow Sanjay Ghemawat, une société à mission soutenue par Google et destinée à automatiser la résolution de problèmes en apprentissage automatique, en science et en ingénierie. En parallèle, l'équipe AlphaFold, selon le Financial Times, a été démantelée : environ un quart des auteurs des publications scientifiques associées ont quitté Google, les autres ayant été réaffectés vers les modèles Gemini ou vers des projets de conception d'enzymes, de fusion nucléaire et de génomique, certains rejoignant Isomorphic Labs.
Ce remaniement traduit un changement de priorité assumé chez Alphabet : concentrer les ressources humaines et techniques sur Gemini plutôt que sur les projets scientifiques historiques qui ont pourtant valu à DeepMind sa notoriété, notamment le prix Nobel de chimie 2024 obtenu grâce à AlphaFold, système développé depuis 2018 pour prédire la structure tridimensionnelle des protéines. Pour les chercheurs concernés, cela signifie une bascule vers des applications plus commerciales ou vers des filiales séparées comme Isomorphic Labs, où la recherche devra désormais faire ses preuves sur le terrain économique, en partenariat avec l'industrie pharmaceutique. Pour Google, l'enjeu est de renforcer sa compétitivité face à OpenAI et Anthropic sur le développement d'agents IA avancés, un terrain où la pression concurrentielle s'est nettement intensifiée ces derniers mois. Cette réorganisation illustre aussi une tension plus large dans l'industrie entre recherche fondamentale et course aux produits commerciaux.
Cette évolution s'inscrit dans une compétition de plus en plus vive autour de l'IA appliquée aux sciences. Anthropic a par exemple lancé cette année Claude Science, une déclinaison de sa technologie pensée pour accompagner la recherche en biologie et la découverte de médicaments, signe que les grands acteurs de l'IA générative cherchent tous à s'imposer sur ce segment. Pushmeet Kohli, vice-président de la recherche chez Google DeepMind et fondateur de l'équipe IA pour les sciences, résume ce basculement stratégique en expliquant que l'organisation, après neuf ans centrés sur de grands défis scientifiques indépendants, se réoriente désormais vers la construction de systèmes fondés sur Gemini capables d'épauler directement les scientifiques. Les changements annoncés par Alphabet viseraient également à faciliter le recrutement de nouveaux talents, dans un contexte où la guerre des compétences entre laboratoires d'IA reste l'un des principaux facteurs déterminant qui prendra l'avantage dans la course à l'intelligence artificielle générale.
Aucun impact réglementaire direct sur la France ou l'UE, mais ce recentrage de Google sur les produits commerciaux accentue la pression concurrentielle pesant sur les laboratoires de recherche en IA européens.
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