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France Travail veut confier à l’IA le tri des demandeurs d’emploi, et les tests sont déjà en cours
ÉthiqueLe Big Data · 2 min de lecture

France Travail veut confier à l’IA le tri des demandeurs d’emploi, et les tests sont déjà en cours

Résumé IASources croisées · 2Impact UE
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Après la Caisse d'allocations familiales, c'est au tour de France Travail de s'appuyer sur l'intelligence artificielle pour cibler ses contrôles. Selon des documents révélés par La Quadrature du Net en partenariat avec Radio France, l'opérateur public de l'emploi expérimente depuis fin 2025 un projet baptisé « Ciblage du contrôle de la recherche d'emploi », présenté à cette date devant son comité d'éthique dédié à l'IA. Le système repose sur un modèle statistique entraîné à partir de 60 000 contrôles réalisés par le passé. Il croise 26 variables issues des dossiers des demandeurs d'emploi : ancienneté d'inscription, visibilité du CV, métier recherché, niveau de formation, entretiens récents ou activités déclarées. L'algorithme classe ensuite les profils selon leur probabilité d'être contrôlés et transmet une liste priorisée aux agents, qui restent seuls décisionnaires sur la suite à donner. Une première campagne a déjà porté sur 7 000 contrôles visant des personnes inscrites après une rupture conventionnelle : elle a débouché sur une sanction ou un accompagnement renforcé dans 50,4 % des cas, contre 33,2 % avec les méthodes traditionnelles. Une seconde expérimentation de même ampleur était en cours au moment de la présentation du projet.

Cette évolution change concrètement la manière dont les demandeurs d'emploi peuvent être surveillés au quotidien. L'IA ne prononce aucune sanction elle-même, mais elle détermine qui sera examiné en priorité, ce qui revient à orienter fortement le sort administratif de milliers de personnes sans qu'elles en aient toujours conscience. Pour France Travail, l'intérêt est clair : selon ses propres chiffres, cibler via l'algorithme rend les contrôles nettement plus « rentables » que le tirage traditionnel. Mais pour les associations et observateurs qui suivent le dossier, ce gain d'efficacité repose sur un raisonnement fragile, puisqu'aucune des 26 variables utilisées ne prouve en elle-même qu'une personne ne cherche pas activement du travail. Un CV peu visible en ligne, par exemple, peut simplement traduire des difficultés d'usage du numérique plutôt qu'un manque d'implication dans la recherche d'emploi.

Ce type d'outil s'inscrit dans une tendance plus large de numérisation des contrôles sociaux en France, après les algorithmes de notation déjà utilisés par la CAF pour détecter des fraudes présumées, qui avaient eux-mêmes suscité de vives critiques sur les biais qu'ils pouvaient introduire contre certaines catégories d'allocataires. Avec France Travail, le débat se déplace vers le monde du chômage, où plusieurs acteurs redoutent qu'un système entraîné sur des données historiques ne reproduise, voire n'amplifie, des inégalités déjà présentes dans les pratiques de contrôle passées, sans offrir de garanties claires de transparence ou de recours pour les personnes concernées.

Impact France/UE

Ce dispositif algorithmique deploye par France Travail, operateur public francais, etend la notation automatisee des demandeurs d'emploi et souleve des risques de biais et d'absence de recours pour les personnes concernees.

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UECe projet implique directement une institution publique française (France Travail) et une entreprise française (Mistral), et soulève des questions de conformité avec l'AI Act, qui classe ce type de systèmes de notation des demandeurs d'emploi parmi les usages à haut risque, avec une possible saisine de la CNIL.

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