Le surinvestissement dans l’IA pourrait passer d’une « explosion » à un « effondrement »
La Banque des règlements internationaux (BRI), souvent surnommée la « banque des banques centrales », a publié début juillet 2026 un rapport de 56 pages consacré aux risques financiers liés à la course aux investissements dans l'intelligence artificielle. Rédigé par l'économiste Phurichai Rungcharoenkitkul, ce document fait suite au rapport annuel de l'institution publié fin juin, lors duquel sa directrice adjointe Andrea Mahler avait déjà cité la course à l'IA parmi quatre grands risques pour l'économie mondiale, aux côtés de l'inflation liée au conflit au Moyen-Orient, de l'appétit pour le risque sur les marchés financiers et de l'endettement élevé des États. Le rapport chiffre précisément l'ampleur du phénomène : en s'appuyant sur les bilans des entreprises du secteur et les données publiques de transactions, l'économiste estime que les investissements réalisés dans l'IA représentent environ 1,5 fois « l'optimum social », c'est-à-dire la répartition la plus efficace possible du capital, un ratio qui grimpe jusqu'à trois fois dans certains cas. Comparé à son niveau le plus bas avant le boom, le développement de l'IA est en passe de dépasser tous les épisodes d'investissement technologique précédents en seulement trois ans.
Ce constat inquiète la BRI car il expose le secteur à un risque de correction brutale en cas de baisse des recettes, ce qui pourrait transformer le boom actuel en effondrement. L'institution pointe en particulier le rôle aggravant de l'endettement et du « financement circulaire », ces montages où les mêmes acteurs se financent et se fournissent mutuellement, qui augmentent selon elle le risque d'un basculement rapide. Le danger dépasse le seul cercle des entreprises d'IA : la BRI redoute que les difficultés d'un acteur isolé se propagent à d'autres par le biais de chaînes d'expositions financières, un scénario de contagion qui rappellerait les mécanismes observés lors de crises financières passées et qui concernerait potentiellement banques, investisseurs et marchés dans leur ensemble.
Pour étayer son analyse, la BRI convoque plusieurs précédents historiques, de la construction du chemin de fer au XIXe siècle au développement des canaux financés par les États-Unis, en passant par la bulle internet du début des années 2000, autant d'épisodes d'euphorie technologique suivis de corrections de marché plus ou moins sévères. Ce constat économique rejoint des inquiétudes formulées sous un angle environnemental : début juillet, l'analyste Ketan Joshi calculait que Google avait multiplié par 1,5 ses dépenses énergétiques en quelques années pour générer le même volume de chiffre d'affaires, illustrant le coût croissant des infrastructures nécessaires à l'IA. Entre NVIDIA, OpenAI et leurs partenaires, la multiplication de contrats croisés continue par ailleurs d'alimenter les craintes d'une bulle spéculative aux ramifications de plus en plus étendues.
Un effondrement du secteur de l'IA exposerait les banques et marchés financiers europeens a un risque de contagion via les chaines d'exposition mondiales, sans impact direct nommement identifie sur la France ou une entreprise europeenne.
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