Pour Bruno Retailleau, l’IA « n’attend pas notre consentement »
Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à l'élection présidentielle de 2027, a publié en juillet un document de 56 pages consacré à l'intelligence artificielle. Le sénateur de Vendée y affirme que l'IA « n'attend pas notre consentement » et qu'elle déterminera « dans les dix années qui viennent » le rang des nations. Il propose d'investir 23 milliards d'euros sur le prochain quinquennat, puisés dans le budget de l'État, pour développer le secteur en France. Point central du projet : la création d'un assistant administratif numérique baptisé « Marianne », destiné à remplacer une large part des services numériques publics et à devenir, selon ses termes, « l'aboutissement de France Connect ». Un milliard d'euros serait consacré à ce chatbot, censé accomplir les tâches équivalentes à 250 000 emplois à temps plein dans la fonction publique. Concrètement, Bruno Retailleau prévoit de ne pas remplacer 125 000 fonctionnaires partant à la retraite et de « redéployer » 125 000 autres agents vers des missions de soin, d'enquête et d'accompagnement.
Cette proposition illustre une tentative de positionner l'IA comme un enjeu central de la présidentielle de 2027, alors que les questions de souveraineté numérique et les tensions géopolitiques poussent les candidats à s'emparer davantage du sujet qu'auparavant. Pour le candidat LR, l'intelligence artificielle et la robotisation ne sont pas de simples outils de productivité mais une réponse structurelle au déclin démographique du pays, présentée comme « la condition du maintien de notre niveau de vie, de nos services publics et de notre modèle social ». L'ampleur de la bascule budgétaire vers l'IA, couplée à une réduction significative des effectifs de la fonction publique, aurait des conséquences directes sur l'organisation de l'État et sur des dizaines de milliers d'agents publics, dans un secteur, l'administration, où l'automatisation reste jusqu'ici limitée.
Le document intervient alors que Bruno Retailleau cherche à définir une ligne singulière sur l'IA, qu'il décrit comme une « troisième voie » entre « fascination naïve » et « peur stérile » vis-à-vis de la technologie. Bien que le terme d'« IA générative » n'apparaisse qu'une seule fois dans les 56 pages, le texte semble en réalité largement construit autour des promesses de gains de productivité mises en avant par les grandes entreprises du secteur, sans toujours préciser les modalités techniques ou institutionnelles de mise en œuvre, notamment l'organisme chargé de piloter le projet Marianne. Ce type d'initiative n'est pas isolé à l'échelle internationale : d'autres pays expérimentent déjà des formes d'IA appliquées à l'administration, à l'image de l'Albanie, qui a récemment nommé une ministre entièrement pilotée par l'intelligence artificielle. Reste à savoir comment ces annonces de campagne se traduiront, ou non, en politique publique effective d'ici 2027.
Cette proposition concerne directement l'organisation de l'administration publique française et l'emploi de dizaines de milliers de fonctionnaires en France.
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