Le Sénat appelle l’Europe à « ne pas trembler » sur l’encadrement de l’IA et du numérique
Le Sénat français a adopté le vendredi 19 juin 2026 une résolution qui prend le contre-pied du compromis trouvé entre la Commission européenne et le Parlement européen sur l'omnibus numérique. Ce texte, proposé par la Commission en novembre 2025, vise à simplifier le cadre réglementaire applicable aux entreprises, notamment les PME et les petites entreprises à moyenne capitalisation. Si la chambre haute du Parlement français, à majorité droite, dit accueillir favorablement l'objectif affiché de réduction de la charge administrative et des coûts de conformité, elle dénonce vigoureusement la manière dont ce paquet est construit, estimant qu'il « dépasse pour partie le seul objectif de simplification » au point de rendre le cadre encore plus opaque. Elle appelle en conséquence l'Union européenne à « ne pas trembler ni transiger » dans l'application des législations déjà adoptées, en premier lieu l'AI Act.
Les critiques du Sénat portent sur plusieurs fronts concrets. D'abord, la précipitation : les sénateurs soulignent l'absence totale d'étude d'impact et alertent sur le risque que cette accélération ne soit « dictée par l'industrie numérique » plutôt que par l'intérêt général. Ensuite, le report de six mois du marquage obligatoire des contenus générés par l'IA, entériné par le compromis Commission-Parlement, est regretté comme symptomatique à la fois de la difficulté à réguler un secteur technique en évolution rapide et des limites du processus décisionnel européen. Sur le droit d'auteur, le texte déplore l'absence de clarification du régime applicable à l'IA, alors même que les tribunaux commencent à trancher des cas concrets et que des solutions juridiques existent pour garantir la rémunération des créateurs. La résolution regrette également que l'empreinte environnementale de l'IA ait été ignorée dans ce paquet de mesures. Point positif notable : le Sénat soutient la proposition d'interdiction des systèmes d'IA de « nudification », tout en déplorant que l'interdiction des outils capables de générer des contenus pédopornographiques n'ait pas abouti.
Cet épisode illustre une tension croissante au sein même des institutions européennes et nationales entre deux impératifs : la compétitivité face aux géants américains et chinois d'un côté, la solidité et la cohérence du cadre réglementaire construit depuis plusieurs années de l'autre. L'AI Act, le DSA, le DMA et maintenant l'omnibus numérique forment un édifice législatif inédit dans le monde, que Bruxelles est tentée d'assouplir au nom de la simplification, sous pression des lobbies industriels. La résolution du Sénat, même non contraignante, envoie un signal politique à la délégation française lors des négociations finales : la France ne veut pas brader ses ambitions régulatrices pour des gains de court terme en matière de compétitivité. La prochaine étape sera l'adoption formelle de l'omnibus par le Parlement européen, dont l'issue déterminera concrètement le niveau d'exigence que l'Europe s'imposera à elle-même sur l'IA dans les années à venir.
Le Sénat français envoie un signal politique direct aux négociateurs européens pour préserver l'intégrité de l'AI Act face aux assouplissements de l'omnibus numérique, avec des enjeux concrets sur le marquage des contenus IA, le droit d'auteur des créateurs européens et l'empreinte environnementale des systèmes d'IA.
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