L'Oréal, Mondelez et Nestlé utilisent l'IA pour accélérer le développement de produits
L'Oréal utilise l'intelligence artificielle depuis quatre ans dans ses laboratoires pour accélérer le développement de ses produits cosmétiques, selon les déclarations de Fabrice Megarbane, président de la division produits grand public du groupe, rapportées par Reuters. La technologie permet aux équipes de prédire comment certaines molécules vont se comporter sur la peau et les cheveux avant même leur intégration dans de nouvelles formules, réduisant ainsi le nombre d'essais nécessaires en laboratoire. Un exemple marquant illustre cette approche: des molécules auparavant utilisées dans des soins pour la peau ont été réaffectées pour créer un shampoing à base de collagène destiné à donner du volume et de la tenue aux cheveux. Selon L'Oréal, cette méthode de formulation prédictive a permis de multiplier par quatre la vitesse de développement des produits. Le groupe traverse par ailleurs sa croissance des ventes la plus faible depuis plusieurs années, ce qui a poussé son directeur général Nicolas Hieronimus à lancer l'an dernier un "plan de relance beauté" pour dynamiser les lancements de nouveaux produits.
Cette accélération via l'IA répond à un enjeu commercial direct: pouvoir suivre l'évolution rapide des goûts des consommateurs dans un secteur où les tendances beauté changent vite. En réduisant le nombre de variables à tester physiquement, L'Oréal peut multiplier les combinaisons de molécules explorées et donc les chances de trouver des formules performantes, tout en maîtrisant les coûts de recherche et développement. Cette approche n'est pas isolée: plusieurs géants de l'agroalimentaire suivent une logique similaire. Chez Mondelez, propriétaire de marques comme Cadbury, Toblerone, Oreo et Chips Ahoy, un outil d'IA génère des idées de recettes, y compris des combinaisons inhabituelles, avant leur validation par des experts humains. Selon Filippo Catalano, directeur informatique et numérique du groupe, 60% des recettes de biscuits produites grâce à cet outil affichent de meilleures performances en matière de nutrition, de durabilité et de coût. L'outil a notamment contribué au développement des biscuits Oreo dorés sans gluten et à une nouvelle version des Chips Ahoy, tout en aidant l'entreprise à limiter sa dépendance à des fournisseurs uniques en identifiant des alternatives d'ingrédients.
Cette vague d'adoption de l'IA dans l'industrie des biens de consommation s'inscrit aussi dans un contexte réglementaire mouvant, notamment sur la reformulation des produits alimentaires. Nestlé prévoit ainsi de supprimer les colorants artificiels de l'ensemble de ses produits dans le monde d'ici fin 2026, après l'avoir déjà fait pour son portefeuille américain. Selon Stefan Palzer, directeur technique du groupe, ce travail nécessite de cribler des alternatives naturelles, de les tester en conditions de production réelles et d'évaluer leur durée de conservation. Cette démarche fait écho aux objectifs de la Food and Drug Administration américaine, qui collabore avec fabricants, distributeurs et associations professionnelles pour éliminer six colorants certifiés d'ici fin 2027, dans le sillage des engagements pris par l'industrie pour bannir les colorants alimentaires à base de pétrole. D'autres acteurs comme Haleon explorent également l'IA pour leurs formulations, tandis que Barry Callebaut s'est associé à la start-up NotCo pour développer des recettes de chocolat à base d'alternatives végétales, confirmant que l'IA générative s'impose désormais comme un outil central de recherche et développement dans l'industrie des biens de consommation.
L'Oréal, groupe français, illustre l'adoption industrielle de l'IA en R&D, un enjeu de compétitivité pour les entreprises françaises du secteur des biens de consommation.
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