
« Tôt ou tard », les 700 000 livreurs de JD.com seront remplacés par des robots
Richard Liu, fondateur et président de JD.com, l'un des plus grands groupes de commerce en ligne en Chine, a déclaré lors du forum des PDG de l'APEC à Shenzhen que ses 700 000 livreurs seraient "tôt ou tard" remplacés par des robots. Sans fixer de calendrier précis, Liu a été catégorique : "Ce seront assurément des robots qui livreront les colis." Des projets pilotes sont déjà en cours sur le territoire chinois, livraison de repas directement aux portes d'embarquement de l'aéroport de Shenzhen, réapprovisionnement de supérettes via les trains de banlieue, posant les jalons d'une transition qui s'annonce massive. Pour accompagner cette mutation, JD.com prévoit d'activer un réseau de 120 établissements de formation afin de reconvertir ses livreurs vers les métiers de maintenance robotique.
L'enjeu social est colossal. En Chine, l'économie des petits boulots, la "gig economy", mobilise 320 millions de travailleurs, soit environ 40 % de l'emploi urbain du pays, selon le centre de recherche chinois sur les nouvelles formes de travail. Les livreurs constituent une part significative de cette population précaire. Liu assure vouloir éviter que ses employés se retrouvent "sans revenus, sans emploi", en misisant sur la demande en techniciens chargés d'entretenir les flottes de robots. Mais la promesse de reconversion reste fragile : la maintenance robotique requiert des compétences techniques éloignées du profil des livreurs actuels, et le nombre de postes créés sera mécaniquement inférieur à celui des emplois supprimés.
Ce mouvement dépasse largement les frontières chinoises. Amazon travaille depuis des années sur la livraison autonome : en 2019, le groupe américain testait déjà ses robots Scout dans un quartier de Seattle, et en mars dernier il a acquis Rivr, une startup suisse issue du laboratoire de robotique de l'ETH de Zurich, spécialisée dans le "dernier kilomètre" entre camion et client. Selon une enquête du New York Times publiée en octobre, Amazon vise à automatiser 75 % de ses opérations en entrepôt, ce qui lui permettrait d'éviter 600 000 nouvelles embauches d'ici 2033. La convergence entre les ambitions de JD.com et celles d'Amazon dessine une recomposition profonde de la logistique mondiale, où la question n'est plus de savoir si les robots remplaceront les livreurs humains, mais à quelle vitesse les régulations sociales et les dispositifs de reconversion parviendront, ou échoueront, à absorber le choc.
La tendance à l'automatisation de la logistique du dernier kilomètre menace également les travailleurs européens, d'autant qu'Amazon a récemment acquis Rivr, une startup suisse issue de l'ETH Zurich, accélérant son déploiement robotique en Europe.
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