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Botsitting, botshitting : quand l’IA au travail crée plus de travail qu’elle n’en supprime
SociétéNext INpact · 2 min de lecture

Botsitting, botshitting : quand l’IA au travail crée plus de travail qu’elle n’en supprime

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Une étude du Work AI Institute, regroupant plusieurs universitaires américains spécialisés dans l'organisation du travail, révèle un paradoxe saisissant à l'ère de l'IA professionnelle. Menée auprès de 6 000 professionnels du numérique aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, elle montre que 87 % d'entre eux utilisent l'IA au travail, et 77 % jonglent avec plusieurs outils simultanément, un tiers en utilise au moins quatre. Ces outils permettent d'automatiser 27 % de leur production et font gagner en moyenne 11 heures par semaine, soit près d'un tiers du temps de travail. Pourtant, 6,4 heures de ces mêmes 11 heures sont consacrées à ce que les chercheurs appellent le « botsitting » : fournir le contexte manquant à l'IA, vérifier ses sorties, et corriger les réponses erronées qu'elle formule avec aplomb. Résultat : le gain net réel se réduit à moins de cinq heures hebdomadaires.

Le fossé entre bénéfices individuels et valeur organisationnelle est l'enjeu central de cette étude. Si 75 % des travailleurs se disent plus productifs à titre personnel, seulement 13 % estiment que leur entreprise en profite réellement. Ce découplage s'explique par une dérive documentée par les chercheurs sous le terme de « botshitting » : 69 % des utilisateurs admettent livrer du travail généré par l'IA sans l'avoir relu, sans le comprendre entièrement, et sans être capables de le défendre si on les interrogeait. 41 % soumettent des résultats IA en production qu'ils sont incapables d'expliquer à leurs collègues ou supérieurs, générant ainsi de la charge cognitive chez les autres. 28 % vont jusqu'à attribuer leurs propres erreurs à l'IA qu'ils ont utilisée.

Ces chiffres révèlent une transformation profonde des rapports au travail et à la compétence. 48 % des professionnels interrogés se tournent vers l'IA avant même de tenter de résoudre un problème par eux-mêmes, et 52 % trouvent plus facile de collaborer avec un bot qu'avec un collègue humain. 61 % estiment que l'IA les aide davantage que leur propre responsable hiérarchique. Le Work AI Institute pointe une incapacité structurelle des organisations à transformer ces gains individuels en valeur collective : les entreprises n'ont ni budgété, ni supervisé, ni même reconnu le temps invisible consacré à encadrer les IA. À mesure que la dépendance aux outils s'intensifie et que la vérification humaine s'érode, le risque n'est plus seulement une perte d'efficacité, c'est une dégradation silencieuse de la qualité et de la responsabilité professionnelle à l'échelle des organisations.

Impact France/UE

Les organisations françaises et européennes font face au même risque structurel : sans gouvernance de l'IA, les gains individuels de productivité ne se convertissent pas en valeur collective et la qualité du travail se dégrade silencieusement.

💬 L'analyse de Mathieu

11 heures économisées par semaine sur le papier, 6,4 parties à vérifier et corriger ce que l'IA a sorti : le gain réel, c'est moins de 5 heures. La vraie leçon de cette étude, c'est que les organisations ont déployé des outils IA sans jamais budgéter le coût invisible de les surveiller, et le résultat c'est une dégradation silencieuse de la qualité que personne ne voit parce que personne n'en est formellement responsable. C'est ça, le vrai risque.

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Une nouvelle étude menée conjointement par la fintech Ramp et le cabinet de recherche Revelio Labs vient nuancer le récit dominant sur les destructions d'emplois liées à l'intelligence artificielle. En croisant les données de dépenses en IA de Ramp avec les données d'effectifs de Revelio Labs sur 22 000 entreprises américaines, les auteurs constatent que les sociétés ayant le plus investi dans l'IA affichent une croissance de leurs effectifs nettement supérieure à celle des autres, y compris sur les postes juniors. Cette tendance concerne surtout les entreprises dites « adopteuses de haute intensité », qui dépensent en moyenne 30 dollars par employé et par mois en IA dès leurs trois premiers mois d'usage. Sur deux ans, ces entreprises enregistrent une croissance de 10,2 % de leur effectif global et de 12 % de leurs effectifs juniors, avec des effets qui se manifestent typiquement six à douze mois après l'adoption, le temps que les équipes intègrent les outils dans leurs pratiques et que l'entreprise dégage les moyens de recruter davantage. Ce résultat vient complexifier un débat jusqu'ici dominé par les craintes de suppressions massives de postes. Les auteurs relèvent que la hausse des effectifs touche des métiers pourtant considérés comme très exposés à l'automatisation par l'IA, comme l'ingénierie, la vente, le service client ou la finance, alors que les entreprises investissant peu dans ces technologies ne montrent aucune variation notable de leurs effectifs. Le secteur de l'information (médias, éditeurs de logiciels) ressort comme celui affichant le lien le plus fort entre adoption de l'IA et croissance des embauches, un signal potentiellement rassurant pour une industrie qui redoutait particulièrement les effets de l'IA générative sur ses emplois éditoriaux et techniques. Les auteurs de l'étude appellent toutefois à la prudence sur l'interprétation causale de ces chiffres. Le profil des entreprises classées comme « adopteuses de haute intensité » est en effet particulier avant même leur recours à l'IA : elles sont généralement plus grandes, plus techniques, en croissance plus rapide, mieux financées par du capital-risque et proposent des salaires plus élevés que la moyenne du panel étudié. Ce type de structure est aussi beaucoup plus rare dans des secteurs comme la construction, la santé, l'art et le divertissement ou l'hôtellerie-restauration. Difficile, dans ces conditions, de trancher si c'est bien l'adoption de l'IA qui stimule l'embauche, ou si cette adoption n'est qu'un symptôme parmi d'autres d'une dynamique de croissance déjà engagée, portée par le financement en capital-risque et la présence d'équipes d'ingénierie, elle-même identifiée par l'étude comme un facteur déterminant dans la probabilité d'adopter ces outils.

💬 Cette étude, faut la lire à l'envers : ce ne sont pas les boîtes qui embauchent parce qu'elles adoptent l'IA, ce sont les boîtes qui embauchaient déjà (bien financées, techniques, en croissance) qui adoptent l'IA en premier. Les auteurs le disent eux-mêmes, et c'est le point qu'on va oublier dans les résumés qui vont circuler. Selon Le Fil IA, cette étude ne prouve pas que l'IA crée des emplois, elle prouve surtout qui a les moyens de l'adopter tôt.

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Plus besoin de s’inquiéter ? Le Parti travailliste va mettre l’IA au service des salariés
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Liz Kendall, secrétaire d'État britannique à la Technologie dans le gouvernement travailliste, a annoncé une série de mesures concrètes pour préparer les travailleurs aux bouleversements provoqués par l'intelligence artificielle. Parmi les dispositifs dévoilés, le programme TechFirst, doté de 187 millions de livres sterling et lancé l'an dernier, a été réorienté pour que 40 % des un million de jeunes visés proviennent d'établissements scolaires défavorisés. Deux projets pilotes ont également été lancés dans le nord-est et le nord-ouest de l'Angleterre, proposant des stages de formation professionnelle estivaux à des jeunes sans emploi, sans études et sans formation, les fameux NEET. Ces initiatives, développées avec des entreprises partenaires, couvrent pour l'instant 60 places dans le nord-ouest et 20 dans le nord-est, avec une extension nationale envisagée. Dans le nord-est, le dispositif s'intègre à un projet de zone de croissance dédiée à l'IA, financé en partie par la Garantie jeunesse travailliste, réservée aux jeunes éloignés de l'emploi depuis au moins dix-huit mois. L'enjeu dépasse largement la formation professionnelle : il s'agit de décider qui, des gouvernements ou des grandes entreprises technologiques, orientera la transformation numérique. Kendall est explicite sur ce point : laisser les travailleurs affronter seuls les conséquences de l'automatisation n'est pas une option. Son ambition est de s'assurer que les gains de productivité générés par l'IA bénéficient à l'ensemble de la société britannique, et non aux seuls acteurs puissants du secteur. Pour les millions de jeunes Britanniques dont les perspectives d'emploi sont incertaines, ces programmes représentent une première réponse tangible à une anxiété bien documentée. Le contexte international donne la mesure du défi. Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, a qualifié l'IA de véritable « tsunami » susceptible de remodeler profondément le marché du travail mondial, en soulignant que les jeunes générations seraient les plus exposées. Le gouvernement travailliste, arrivé au pouvoir en juillet 2024, essaie de tracer une troisième voie entre rejet technologique et acceptation passive. Kendall reconnaît que certains métiers disparaîtront, mais insiste sur le fait que d'autres émergeront et que la plupart des professions évolueront, un schéma historiquement associé aux grandes ruptures technologiques. La vraie question politique n'est donc pas de savoir si l'IA doit être adoptée, mais comment la réguler pour qu'elle serve l'intérêt collectif. Les prochains mois, notamment avec la possible extension des pilotes régionaux à l'échelle nationale, diront si cette vision reste un discours ou se traduit en politique publique durable.

UELe Royaume-Uni n'étant plus membre de l'UE, ces programmes ne s'appliquent pas directement à la France, mais ils constituent un modèle de politique publique susceptible d'inspirer des initiatives similaires dans les États membres face à l'automatisation de l'emploi.

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L'intelligence artificielle commence à laisser des traces mesurables sur le marché du travail des jeunes, et les chiffres sont préoccupants. Une analyse de l'Insee révèle que l'emploi des moins de 30 ans recule dans les secteurs de l'informatique et des services d'information, et ce phénomène n'est pas isolé : on l'observe simultanément en France et aux États-Unis. Ce qui rend ce signal particulièrement inquiétant, c'est le paradoxe qu'il met en lumière. Les secteurs concernés ne sont pas en déclin, au contraire, ils affichent une activité dynamique. La production et les revenus continuent de croître, mais cette croissance ne se traduit plus par des embauches de jeunes profils. C'est précisément ce découplage entre croissance sectorielle et emploi junior qui pointe vers l'automatisation comme facteur explicatif principal. L'analyse de l'Insee est significative car elle porte sur des économies de structures différentes, la France avec son marché du travail très réglementé, et les États-Unis avec leur flexibilité contractuelle, et conclut pourtant à une tendance commune. Les jeunes diplômés en informatique, traditionnellement absorbés en masse par le secteur tech pour des postes d'entrée de gamme (développeurs juniors, analystes, support technique), semblent les premiers exposés aux substitutions permises par les outils d'IA générative et d'automatisation du code. Si la tendance se confirme sur la durée, elle pose une question structurelle pour les politiques de formation et d'insertion professionnelle : comment préparer une génération à intégrer un secteur qui redéfinit en temps réel les compétences qu'il juge indispensables ?

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Un sondage Odoxa réalisé en mai 2026 pour l'Observatoire des nouveaux usages de Saegus révèle que 61 % des cadres français craignent d'être remplacés par l'intelligence artificielle, y compris chez les professionnels du numérique. L'enquête a été menée auprès de 1 005 Français représentatifs de la population adulte et de 101 spécialistes de l'industrie numérique. Si 88 % de ces derniers reconnaissent que l'IA constitue le moteur d'une révolution technologique majeure, 17 % jugent l'accompagnement proposé par leur entreprise insuffisant. Par ailleurs, si la moitié des salariés se déclarent à l'aise avec les outils d'IA, ce chiffre monte à 63 % chez les cadres et à 73 % chez les spécialistes du numérique, ce qui n'empêche pas l'anxiété de persister. La crainte d'une destruction nette d'emplois est massive et traverse toutes les générations : plus des deux tiers de chaque tranche d'âge estiment que l'IA détruira davantage de postes qu'elle n'en créera, avec un pic à 86 % chez les 65 ans et plus. Même chez les 18-25 ans qui entrent sur le marché du travail, cette conviction dépasse les deux tiers des répondants. Les professionnels du numérique sont légèrement plus nuancés, 30 % envisagent une création nette d'emplois à terme, mais restent minoritaires. Sur la question des tâches, 67 % des spécialistes tech estiment que l'IA remplacera une partie de leur travail quotidien et 5 % la totalité de leur métier, contre 35 % et 10 % respectivement dans la population générale. La dépendance à l'IA est perçue comme inévitable par 85 % des professionnels du numérique et 72 % des salariés en général, bien que la moitié y voient une opportunité de réduction du temps de travail. Ces résultats s'inscrivent dans un contexte où le déploiement de l'IA générative s'accélère dans les entreprises françaises depuis trois ans, sans que la formation suive le rythme. Seuls 34 % des employés du secteur numérique et 42 % des salariés au sens large estiment que les entreprises hexagonales s'adaptent suffisamment vite, et 82 % des professionnels tech jugent la formation interne à l'IA largement insuffisante. Ce sentiment de retard et d'abandon nourrit une demande forte d'accompagnement, qui contraste avec l'optimisme relatif affiché sur les usages concrets, 49 % des travailleurs tech anticipent que l'IA leur permettra de consacrer plus de temps aux relations avec leurs collègues, et 49 % qu'elle rendra leur travail plus intéressant. Le décalage entre perception collective et expérience individuelle dessine un pays qui regarde l'IA avec méfiance tout en commençant à l'apprivoiser au quotidien.

UELa France accuse un retard significatif en matière de formation à l'IA, avec 82 % des professionnels du numérique jugeant l'accompagnement interne insuffisant, ce qui interpelle directement les entreprises françaises et les politiques publiques d'accompagnement au changement.

SociétéOpinion
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