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SociétéNext INpact57min· 2 min de lecture

Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

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Une nouvelle étude menée conjointement par la fintech Ramp et le cabinet de recherche Revelio Labs vient nuancer le récit dominant sur les destructions d'emplois liées à l'intelligence artificielle. En croisant les données de dépenses en IA de Ramp avec les données d'effectifs de Revelio Labs sur 22 000 entreprises américaines, les auteurs constatent que les sociétés ayant le plus investi dans l'IA affichent une croissance de leurs effectifs nettement supérieure à celle des autres, y compris sur les postes juniors. Cette tendance concerne surtout les entreprises dites « adopteuses de haute intensité », qui dépensent en moyenne 30 dollars par employé et par mois en IA dès leurs trois premiers mois d'usage. Sur deux ans, ces entreprises enregistrent une croissance de 10,2 % de leur effectif global et de 12 % de leurs effectifs juniors, avec des effets qui se manifestent typiquement six à douze mois après l'adoption, le temps que les équipes intègrent les outils dans leurs pratiques et que l'entreprise dégage les moyens de recruter davantage.

Ce résultat vient complexifier un débat jusqu'ici dominé par les craintes de suppressions massives de postes. Les auteurs relèvent que la hausse des effectifs touche des métiers pourtant considérés comme très exposés à l'automatisation par l'IA, comme l'ingénierie, la vente, le service client ou la finance, alors que les entreprises investissant peu dans ces technologies ne montrent aucune variation notable de leurs effectifs. Le secteur de l'information (médias, éditeurs de logiciels) ressort comme celui affichant le lien le plus fort entre adoption de l'IA et croissance des embauches, un signal potentiellement rassurant pour une industrie qui redoutait particulièrement les effets de l'IA générative sur ses emplois éditoriaux et techniques.

Les auteurs de l'étude appellent toutefois à la prudence sur l'interprétation causale de ces chiffres. Le profil des entreprises classées comme « adopteuses de haute intensité » est en effet particulier avant même leur recours à l'IA : elles sont généralement plus grandes, plus techniques, en croissance plus rapide, mieux financées par du capital-risque et proposent des salaires plus élevés que la moyenne du panel étudié. Ce type de structure est aussi beaucoup plus rare dans des secteurs comme la construction, la santé, l'art et le divertissement ou l'hôtellerie-restauration. Difficile, dans ces conditions, de trancher si c'est bien l'adoption de l'IA qui stimule l'embauche, ou si cette adoption n'est qu'un symptôme parmi d'autres d'une dynamique de croissance déjà engagée, portée par le financement en capital-risque et la présence d'équipes d'ingénierie, elle-même identifiée par l'étude comme un facteur déterminant dans la probabilité d'adopter ces outils.

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Ce que cache vraiment la panique autour de l'IA et de l'emploi
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Malgré la panique croissante autour de l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi des cols blancs, les données américaines du marché du travail racontent une histoire plus nuancée. Selon une analyse publiée par le MIT Technology Review et signée par David Rotman, le taux de chômage dans les professions les plus exposées à l'IA est en réalité inférieur à celui des métiers peu exposés. Par ailleurs, aucun signe ne laisse apparaître un flux massif de travailleurs quittant les emplois menacés pour se réorienter vers des métiers manuels supposément plus sûrs. Le marché de l'emploi traverse certes une période difficile, mais les causes en sont complexes et ne pointent pas directement vers l'automatisation par l'IA. Le tableau n'est pourtant pas sans ombres. Une étude récente de Stanford révèle que les jeunes travailleurs dans les secteurs fortement exposés à l'IA ont subi une nette baisse d'emploi depuis la généralisation des outils d'IA générative, une tendance absente dans les secteurs peu exposés. Ce phénomène suggère que l'IA n'élimine pas encore des emplois de cadres confirmés, mais qu'elle ronge silencieusement les tâches juniors, celles qui constituaient historiquement le premier échelon de la carrière. Georgios Petropoulos, professeur assistant à la USC Marshall School of Business, estime qu'il est urgent de repenser la manière dont on forme, prépare et accompagne les jeunes entrant sur le marché du travail, à la fois du côté des entreprises et des politiques publiques. L'hystérie autour de l'IA et de l'emploi masque donc le vrai problème : non pas une destruction massive et immédiate de postes, mais une fragilisation progressive des points d'entrée dans les métiers qualifiés. Les générations précédentes apprenaient leur métier en faisant des tâches répétitives ou de faible valeur ajoutée que les outils d'IA commencent aujourd'hui à absorber. Si cette dynamique se confirme, c'est la trajectoire professionnelle des 20-30 ans qui se retrouve menacée, bien avant que les emplois seniors ne soient touchés. La question posée n'est plus seulement "l'IA va-t-elle prendre nos emplois ?" mais "comment former une génération à des métiers dont les premières marches ont disparu ?" La réponse implique des réformes profondes de la formation initiale, une adaptation des pratiques de recrutement et, probablement, un débat politique que la plupart des gouvernements n'ont pas encore vraiment engagé.

UEL'érosion silencieuse des postes juniors dans les secteurs exposés à l'IA interroge directement les systèmes de formation professionnelle et d'apprentissage en France et en Europe, appelant à des réformes des cursus et des pratiques de recrutement.

💬 C'est pas les cadres qui vont perdre leur job, c'est les juniors qui ne l'auront jamais vraiment. La vraie casse, c'est que l'IA absorbe exactement les tâches répétitives sur lesquelles les générations précédentes ont appris leur métier, ces premières marches qui n'existent plus. Reste à voir si les boîtes et les écoles vont réagir avant qu'une génération entière se retrouve bloquée au bas de l'échelle.

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Ce que les données révèlent vraiment sur l'IA et votre emploi
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Au sein de la Silicon Valley, l'idée d'une apocalypse de l'emploi causée par l'IA est désormais traitée comme une certitude. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a décrit l'IA comme "un substitut général de la main-d'oeuvre humaine" capable de réaliser tous les emplois en moins de cinq ans. Une chercheuse en impacts sociétaux chez Anthropic a quant à elle évoqué une possible récession à court terme et "l'effondrement de l'échelle des débuts de carrière". Ces déclarations alimentent une anxiété croissante chez les travailleurs, au point de renforcer les mouvements réclamant un moratoire sur la construction de centres de données. Alex Imas, économiste à l'Université de Chicago, a accepté de faire le point sur ce que l'on sait réellement, et surtout sur ce que l'on ignore. Son constat est sévère : les outils actuels pour prédire l'impact de l'IA sur l'emploi sont "lamentables". La mesure la plus utilisée, le taux d'"exposition" d'un métier à l'IA, consiste à comptabiliser combien de tâches qui le composent pourraient être automatisées. C'est la méthode qu'OpenAI a appliquée en décembre dernier à un catalogue gouvernemental américain de milliers de tâches professionnelles, datant de 1998, constatant par exemple qu'un agent immobilier est exposé à 28 %. Anthropic a utilisé ce même référentiel en février pour analyser des millions de conversations avec Claude. Mais pour Imas, "l'exposition seule est un outil totalement inutile pour prédire les suppressions de postes" : savoir qu'une tâche peut être automatisée ne dit rien sur ce que fera concrètement l'employeur de ce gain de productivité. L'enjeu central est en réalité une question d'économie industrielle que personne ne sait encore trancher : si un développeur peut produire en un jour ce qui lui prenait trois jours grâce à l'IA, l'entreprise va-t-elle embaucher moins de développeurs ou au contraire en recruter davantage pour aller plus vite ? La réponse dépend du secteur, de la structure des marchés et de la concurrence. Dans un marché compétitif, les gains de productivité se répercutent souvent en baisse de prix, ce qui stimule la demande et donc l'emploi. Mais ce mécanisme ne s'applique pas uniformément. Imas plaide pour que les économistes collectent d'urgence des données granulaires sur la façon dont les entreprises réallouent réellement leur main-d'oeuvre après l'adoption de l'IA, car sans ces données, toute politique publique sur l'emploi reste aveugle. Le débat dépasse donc largement les prédictions catastrophistes : il appelle à une observation rigoureuse de terrain, que personne n'a encore vraiment commencée.

UELe manque de données empiriques rigoureuses sur la réallocation réelle de la main-d'oeuvre après adoption de l'IA fragilise également les politiques publiques européennes sur l'emploi et les débats autour de l'AI Act.

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Un bilan objectif sur la panique autour de l'IA et l'emploi
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Malgré les manchettes alarmistes et les licenciements récents chez Coinbase, Meta et Cisco présentés comme le signe avant-coureur d'une destruction massive de l'emploi, les données économiques américaines racontent une autre histoire. Selon les analyses du Bureau of Labor Statistics (BLS), le taux de chômage dans les professions les plus exposées à l'intelligence artificielle est en réalité inférieur à celui des métiers peu concernés par la technologie. Plus révélateur encore : aucun mouvement massif de travailleurs des secteurs menacés vers des emplois réputés plus sûrs, comme les métiers manuels, n'est observable dans les statistiques. Erika McEntarfer, ancienne directrice du BLS limogée par l'administration Trump à l'automne 2025 après un rapport sur l'emploi jugé déplaisant, et désormais chercheuse au Stanford Institute for Economic Policy Research, résume la situation ainsi : "Toutes les preuves disponibles suggèrent que l'impact de l'IA sur le marché du travail actuel reste probablement faible. La disruption n'est pas encore là, et nous avons le temps de nous préparer." Ce constat ne signifie pas que tout va bien pour les travailleurs américains, mais il invite à dissocier les difficultés réelles de la cause qu'on leur attribue. Le taux de chômage des jeunes diplômés tourne autour de 5,6 %, un niveau inédit depuis la pandémie et la période post-2008. Les taux d'embauche restent particulièrement bas dans l'économie post-Covid, pénalisant surtout les 22-25 ans qui cherchent à intégrer le marché du travail, notamment en développement logiciel. Des signes indiquent que l'IA contribue à cette pression sur certains profils, mais ces professions ne représentent qu'une fraction de l'emploi total. Le recensement américain révèle par ailleurs que seulement une entreprise sur cinq utilise l'IA dans une quelconque fonction opérationnelle, ce qui relativise considérablement l'ampleur de la transformation en cours. La prudence des économistes repose sur une leçon historique bien documentée : les innovations technologiques mettent du temps à remodeler les marchés du travail, car elles doivent d'abord transformer les entreprises elles-mêmes. McEntarfer rappelle que "l'IA ne bouleversera probablement pas les marchés du travail avant d'avoir d'abord bouleversé les modèles d'affaires." Ce décalage entre le discours catastrophiste, alimenté par des figures influentes du secteur tech, et la réalité mesurable des données n'écarte pas un choc futur, potentiellement brutal lorsque l'adoption s'accélérera. Mais il plaide pour remplacer l'hystérie par une planification lucide, en s'appuyant sur ce que les chiffres montrent aujourd'hui plutôt que sur des projections anxiogènes dont aucune ne s'est encore concrétisée à grande échelle.

UECette analyse américaine offre un éclairage méthodologique pertinent pour les décideurs et syndicats européens qui débattent de l'impact de l'IA sur l'emploi, même si les données citées (BLS, Census américain) ne reflètent pas directement le marché du travail européen.

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21 000 emplois supprimés en un an : Oracle vire ses équipes pour l’IA
4Le Big Data 

21 000 emplois supprimés en un an : Oracle vire ses équipes pour l’IA

Oracle a supprimé environ 21 000 postes au cours des douze derniers mois, selon son rapport annuel publié le 22 juin 2026. Le groupe, spécialisé dans les bases de données, les logiciels d'entreprise et le cloud, comptait 141 000 salariés à temps plein au 31 mai 2026, contre 162 000 un an auparavant, soit une réduction de 13 % de ses effectifs. Fait rare, l'entreprise ne présente pas cette vague comme une simple mesure d'économie : elle établit un lien direct avec l'intégration croissante de l'IA dans ses opérations, et prévient explicitement que de nouvelles suppressions de postes pourraient suivre. Oracle reconnaît néanmoins les risques associés à cette stratégie : perte de savoir-faire interne, difficulté à recruter certains profils spécialisés, et risque de désengagement des employés restants. Ces suppressions massives illustrent une tendance de fond qui traverse l'ensemble du secteur technologique. Oracle s'inscrit dans une liste qui s'allonge chaque mois : GitLab a licencié 350 personnes début juin 2026 pour financer ses infrastructures IA, Meta a supprimé près de 8 000 postes dans le cadre de sa stratégie centrée sur l'intelligence artificielle, et Google, Amazon, Cisco, Cloudflare, Dropbox, Block ou Salesforce ont engagé des restructurations comparables. Le schéma est identique pour tous : réduire les coûts opérationnels sur certaines fonctions tout en réorientant les ressources vers les outils et infrastructures jugés stratégiques. Pour les travailleurs concernés, le message est clair : l'IA ne se contente plus d'automatiser des tâches périphériques, elle remplace désormais des postes à plein temps à grande échelle dans des entreprises parmi les plus profitables au monde. Oracle est un cas emblématique car il symbolise l'ancienne garde du logiciel d'entreprise en pleine mutation forcée. Fondé en 1977, le groupe a longtemps dominé le marché des bases de données relationnelles avant de pivoter tardivement vers le cloud. L'essor des modèles de langage et des agents autonomes accélère aujourd'hui cette transformation, en rendant obsolètes des fonctions entières dans le support, l'administration système ou le développement standard. La transparence inhabituelle d'Oracle dans son rapport annuel, assumant publiquement le lien entre suppressions d'emplois et adoption de l'IA, pourrait marquer un tournant dans la façon dont les grandes entreprises communiquent sur ces restructurations. Si d'autres suivent cette logique de divulgation, les prochains rapports annuels des géants technologiques risquent de dresser un tableau bien plus sombre de l'impact réel de l'IA sur l'emploi qualifié que ce que les discours officiels laissent généralement entendre.

UELa vague de suppressions de postes liés à l'IA chez Oracle et ses pairs menace directement les salariés de leurs filiales européennes et renforce la pression sur les législateurs français et européens pour encadrer les restructurations induites par l'automatisation.

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