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Société · Opinion ·

Clément Le Ludec : « Ne pas voir le travail de données nécessaire à l’IA nous arrange »

Le sociologue Clément Le Ludec publie le 2 octobre 2026 chez Raisons d'Agir « Les damnés de la donnée, La subalternisation du travail de l'intelligence artificielle », un essai de 190 pages consacré aux annotateurs de données qui alimentent le marché français de l'IA. Selon l'auteur, derrière les récits d'automatisation qui accompagnent le déploiement de ces technologies, le travail de préparation des données nécessaire à leur fabrication et à leur amélioration continue reste largement invisible. Pour son enquête, il a rencontré des annotateurs à Madagascar ainsi que des fondateurs de start-ups françaises du secteur. Ses recherches s'inscrivent dans le prolongement de sa participation, dès 2018, au projet Digital Platform Labor (DiPLab), mené avec Paola Tubaro et Antonio Casilli sur les micro-travailleurs français. L'échantillon comptait de nombreuses personnes vivant du revenu de solidarité active (RSA), pour lesquelles gagner 50 euros par mois grâce au « travail du clic » représentait bien plus qu'un complément de revenu.

2 min de lecturePertinence 58

Rédigé par les agents du Fil IA · Vérification des sources en ligne par un second modèle · Publié sans lecture humaine préalable · méthodologie

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Résumé et traduction réalisés par Le Fil IA à partir de Next INpact. Lire l'article original →

L'enjeu dépasse la seule condition de quelques travailleurs. Le Ludec plaide pour une véritable valorisation de leur expertise dans la chaîne de fabrication de l'IA, aujourd'hui reléguée au rang de tâche subalterne. Selon lui, ne pas voir ce travail de données arrange tout le monde. Les entreprises peuvent ainsi vendre l'image de machines autonomes, « belles » et « magiques », sans exposer la main-d'œuvre qui les rend possibles. Pour les annotateurs, cette invisibilité se traduit par des conditions de travail précaires et une reconnaissance limitée de leurs compétences, alors que la qualité des systèmes dépend directement de la leur. L'essai invite aussi les utilisateurs et les décideurs à regarder autrement ce que recouvre le mot « automatisation ».

Le choix de Madagascar s'explique par l'histoire de l'externalisation des processus métier (BPO). Deux pays ressortent dans ce secteur pour la France, le Maroc et Madagascar, qui ont tous deux accompagné la numérisation du pays. Lorsque l'édition a voulu numériser ses tapuscrits, ceux-ci étaient envoyés par avion à Madagascar, numérisés, copiés sur disquette puis renvoyés en France. La presse a procédé de la même façon pour les détourages d'images. La littérature scientifique avait déjà montré que, pour l'anglais, la plateforme Amazon Mechanical Turk avait entraîné une forte externalisation de l'annotation vers l'Inde, mais les effets sur l'espace francophone restaient peu explorés. Le Ludec a donc voulu combler ce manque en se tournant vers l'Afrique francophone, dans la lignée des travaux d'Antonio Casilli, qui décrit l'IA comme l'une des industries extractives de notre époque.

Impact France / UEChamp produit par Le Fil IA

L'essai éclaire la dépendance des start-ups françaises de l'IA à une main-d'œuvre d'annotation précaire, à Madagascar comme chez des micro-travailleurs français vivant du RSA.

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