Des deepfakes pro-Kremlin font dire aux parlementaires ukrainiens qu'ils appellent à la reddition
Des chaînes Telegram pro-Kremlin diffusent depuis deux semaines des vidéos deepfake générées par intelligence artificielle mettant en scène deux parlementaires ukrainiens qui semblent appeler à des négociations de paix avec la Russie. Selon l'organisme de surveillance NewsGuard, ces clips truqués ont cumulé environ 130 000 vues en l'espace de deux semaines. Les vidéos font dire aux deux élus des propos favorables à une capitulation ou à un cessez-le-feu qu'ils n'ont jamais tenus, en reprenant leur visage et leur voix grâce à des outils de synthèse audiovisuelle. Bien que ces contenus aient depuis été identifiés comme faux par des vérificateurs et des observateurs, leur diffusion initiale a suffi à leur assurer une large circulation sur les réseaux sociaux.
Résumé et traduction réalisés par Le Fil IA à partir de The Decoder. Lire l'article original →
L'enjeu dépasse la simple désinformation ponctuelle: même démasqués, ces deepfakes remplissent leur fonction en semant le doute sur la parole publique et en érodant la confiance dans les responsables politiques ukrainiens en pleine guerre. Pour les citoyens et les alliés de l'Ukraine, ce type de manipulation complique la capacité à distinguer le vrai discours politique de la propagande, au moment où la question d'éventuelles négociations avec Moscou reste hautement sensible. Ce cas illustre aussi un risque plus large pour les démocraties: des vidéos truquées suffisamment crédibles peuvent influencer le débat public avant même qu'un correctif ne soit diffusé, un délai pendant lequel le mal est déjà fait.
Cet épisode s'inscrit dans une tendance documentée depuis plusieurs années où des acteurs proches du Kremlin utilisent des outils d'IA générative pour mener des opérations d'influence visant l'Ukraine et ses soutiens occidentaux. NewsGuard, qui traque régulièrement ce type de campagnes de désinformation, a déjà identifié par le passé des réseaux similaires exploitant Telegram comme plateforme de diffusion rapide et peu modérée. La multiplication de ces deepfakes politiques pose la question de la responsabilité des plateformes et de la vitesse de réaction des dispositifs de vérification face à des outils de fabrication de faux toujours plus accessibles et convaincants.
Cette campagne de désinformation par IA illustre une menace hybride russe qui pourrait aussi cibler l'opinion publique et les processus démocratiques en France et en Europe.