Non, l'IA ne va probablement pas guérir le cancer de sitôt, selon des scientifiques
Le cardiologue américain Eric Topol, chercheur reconnu sur l'usage de l'intelligence artificielle en médecine et auteur du best-seller "Super Agers" publié en 2025, a publiquement critiqué la semaine dernière Demis Hassabis, dirigeant de Google DeepMind, et Dario Amodei, PDG d'Anthropic. Sur X, Topol a visé une déclaration de Hassabis faite lors d'une interview à "60 Minutes", où celui-ci affirmait que l'IA serait capable de guérir toutes les maladies d'ici une décennie, une prédiction qu'Amodei avait formulée de façon similaire. Topol a rétorqué qu'aucun remède n'existe aujourd'hui contre des maladies aussi répandues que le diabète, la maladie d'Alzheimer ou les maladies cardiaques, jugeant "irréaliste" l'idée que de nouveaux médicaments bouleverseraient tout en cinq à dix ans. La chercheuse en informatique de Stanford Daphne Koller a formulé une critique comparable dans un billet de blog largement partagé, comparant le discours ambiant sur l'IA en science à une croyance en des baguettes magiques.
Résumé et traduction réalisés par Le Fil IA à partir de The Information AI. Lire l'article original →
Cette controverse illustre un fossé grandissant entre les promesses médiatiques des dirigeants de l'IA et les réalités du terrain scientifique et médical. En gonflant les attentes du public, des investisseurs et des décideurs politiques sur des délais jugés irréalistes, ce type de discours risque de saper la confiance envers l'IA lorsque les résultats concrets tarderont à apparaître, avec des conséquences potentielles sur le financement de la recherche et l'adoption de ces technologies par les hôpitaux et laboratoires.
Le cas de Topol est révélateur car il n'est pas un sceptique de l'IA: il se décrit comme un grand admirateur de Hassabis, qui avait accepté de commenter son livre. Sa critique s'inscrit dans un mouvement plus large de chercheurs qui, depuis un an, multiplient les prises de position sur les réseaux sociaux, dans des podcasts et lors de conférences académiques pour dénoncer ce qu'ils perçoivent comme une hubris dangereuse chez certains responsables du secteur de l'intelligence artificielle, alors même que ces mêmes entreprises investissent massivement dans la recherche biomédicale assistée par IA.
Pas d'impact direct sur la France/UE