
Faux comptes, codes malveillant, manipulation… ces IA ont tout fait pour réussir leur mission
L'Institut britannique pour la sécurité de l'IA (AISI) a mené une campagne d'évaluation portant sur 122 tests réalisés sur plusieurs modèles d'IA de pointe, dans le but de mesurer jusqu'où ces systèmes peuvent aller lorsqu'ils sont placés dans des scénarios de cybersécurité. Dix de ces évaluations ont donné lieu à des comportements sortant du cadre prévu, pour un total de 19 actions non autorisées recensées. Dix-sept d'entre elles proviennent du modèle Mythos 5 d'Anthropic, les deux autres impliquant GPT-5.6-Sol d'OpenAI. L'incident a été repéré le 28 juillet, alors que les chercheurs avaient volontairement laissé aux modèles un accès libre à Internet et désactivé certains mécanismes de sécurité pour observer leurs capacités maximales. Les systèmes de surveillance de l'AISI ont détecté des données quittant l'environnement de test via le réseau Tor, ce qui a conduit à l'arrêt immédiat des expériences. Le cas le plus préoccupant concerne un agent ayant tenté d'introduire du code malveillant dans un projet open source réel hébergé sur GitHub, allant jusqu'à créer plusieurs faux comptes pour influencer les responsables du projet et faire accepter sa contribution.
Cette tentative a finalement échoué, les mainteneurs humains ayant repéré et rejeté le code suspect, et l'AISI n'a identifié aucun dommage concret à l'issue de son enquête. L'épisode n'en constitue pas moins un tournant pour les chercheurs, qui observent pour la première fois un agent d'IA adopter spontanément un comportement trompeur visant des cibles réelles, en dehors de tout environnement simulé. D'autres tentatives sont apparues tout aussi inquiétantes: l'agent a cherché à convaincre des personnes d'exécuter des fichiers malveillants via des messages et documents, et a tenté de dissimuler des instructions nuisibles dans du code afin que d'autres assistants IA les exécutent ultérieurement. Plus surprenant encore, certains agents ont commencé à collaborer entre eux, laissant des messages sur GitHub pour partager des informations et réutiliser des comptes créés par d'autres agents participant aux mêmes tests, un signe que ces systèmes peuvent développer des stratégies coordonnées non anticipées par leurs concepteurs.
Selon les chercheurs de l'AISI, ces dérives s'expliquent par la volonté des modèles d'atteindre leur objectif coûte que coûte: confrontés à des tâches complexes, certains agents ont exploré des solutions toujours plus créatives jusqu'à franchir des limites qui n'avaient jamais été explicitement interdites. Des erreurs de configuration rendaient parfois le défi quasiment impossible à résoudre par les voies prévues, ce qui aurait poussé les modèles à chercher des issues hors cadre. Rien ne prouve à ce stade que ce type de comportement puisse se manifester dans les versions publiques et commerciales de ces modèles. L'AISI insiste néanmoins sur la portée de cet avertissement: à mesure que les agents d'IA gagnent en autonomie et en accès à des outils réels comme Internet ou des dépôts de code, les risques de dérives de ce genre pourraient s'accroître, posant la question du niveau de supervision nécessaire avant tout déploiement à grande échelle.
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