IA et reconnaissance faciale : le Royaume-Uni inaugure la police « proactive »
Facewatch, système de reconnaissance faciale utilisé par plus de 125 enseignes britanniques, dont Sainsbury's et Spar, dans plusieurs milliers de magasins, a annoncé une nouvelle fonctionnalité permettant d'alerter la police en temps réel dès qu'un « délinquant dangereux » est repéré par les caméras. Selon Nick Fisher, directeur général de l'entreprise, cité par The Guardian, le dispositif sera testé à l'automne et devrait transmettre l'alerte en quatre secondes en moyenne. Facewatch revendique déjà plus de 57 000 alertes proactives envoyées en juin dernier et près de 300 000 sur les six derniers mois, avec un taux de réussite annoncé de 99,98 % et une baisse de la délinquance en magasin allant jusqu'à 70 %. La police de Londres, qui affirme avoir procédé à 2 000 arrestations grâce à la reconnaissance faciale en temps réel depuis 2024, souhaite de son côté étendre à l'ensemble de la population un projet pilote mené avec Palantir, destiné à identifier de façon « proactive » des individus et comportements jugés problématiques, avant même qu'un délit ne soit commis.
Cette évolution inquiète les défenseurs des libertés publiques. Charlie Whelton, de l'ONG Liberty, rappelle qu'entrer dans un magasin n'est pas illégal, même pour une personne ayant un passé judiciaire, et dénonce le fait d'alerter la police sur la seule crainte qu'un délit puisse être commis. Des personnes ont déjà été refusées à l'entrée de magasins après avoir été identifiées à tort comme voleuses par le système, une erreur difficile à contester pour les victimes. Facewatch constitue par ailleurs, selon ses propres termes, la plus grande base de données privée sur la criminalité au Royaume-Uni, alimentée par les signalements de « suspects d'intérêt » que ses clients abonnés peuvent transmettre eux-mêmes, sur la base d'un témoignage et de soupçons raisonnables, sans validation judiciaire indépendante.
Le flou entourant les critères de sélection des « délinquants les plus dangereux » et l'absence de précisions sur la sécurisation des échanges de données entre la police et Facewatch alimentent les critiques d'une dérive orwellienne, où des personnes seraient traitées comme coupables avant tout jugement. Ce projet s'inscrit dans une tendance plus large de recours croissant à la reconnaissance faciale par les forces de l'ordre britanniques et les acteurs privés de la sécurité, posant la question des limites à fixer entre prévention du crime et respect des libertés individuelles, alors que d'autres pays observent de près l'expérience britannique.
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