☕️ Google Earth permet maintenant d’ajouter ce qui n’existe pas
Google a discrètement ajouté Nano Banana 2, son modèle de génération d'images par intelligence artificielle, à Google Earth, permettant aux utilisateurs d'insérer dans les vues satellites des éléments qui n'existent pas dans la réalité. Concrètement, il suffit de saisir une requête textuelle pour faire apparaître de nouveaux bâtiments, « améliorer » des infrastructures existantes ou intégrer des objets totalement fictifs sur une image satellite, avec un rendu photoréaliste. Le journaliste Henk van Ess a testé les limites de l'outil en générant plusieurs scénarios sensibles : une centrale nucléaire en Iran, des réfugiés à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, un hôpital placé à côté d'un cratère de bombe dans la bande de Gaza, ainsi qu'un accident de voiture dans une rue d'Amsterdam. Ces générations ont abouti malgré les garde-fous que Google affirme avoir mis en place pour bloquer les requêtes jugées dangereuses. Face aux questions de van Ess, Google a répondu prendre la désinformation « très au sérieux », en rappelant que chaque image générée par Nano Banana intègre un filigrane numérique SynthID, et qu'il est possible de vérifier l'origine d'une image via Gemini ou Google Lens.
L'enjeu dépasse largement la simple plaisanterie visuelle, du type Godzilla posé à côté de la Tour Eiffel. En rendant crédibles des scènes géopolitiquement sensibles à l'échelle d'une carte du monde utilisée par des centaines de millions de personnes, Google Earth ouvre une porte à la désinformation : de fausses « preuves » d'infrastructures militaires, de mouvements de population ou de destructions pourraient circuler et alimenter des rumeurs ou des campagnes de manipulation, avec d'autant plus de poids qu'elles s'appuient sur un service perçu comme une source factuelle et cartographique. L'ANSSI, l'agence française de cybersécurité, a déjà qualifié la détection des deepfakes d'« enfer » tant les outils de vérification peinent à suivre le rythme de la génération. Le filigrane SynthID et les vérifications via Gemini ou Lens existent, mais restent des procédures peu connues du grand public, ce qui limite leur efficacité réelle face à la diffusion virale d'images trafiquées.
Cette annonce intervient alors que Google célèbre les 20 ans de Google Earth, dont une autre nouveauté permet de se promener dans des captures historiques du globe, soulignant le contraste entre la vocation originelle du service, documenter fidèlement la planète, et cette nouvelle capacité à la réinventer à volonté. Elle s'inscrit aussi dans une tendance plus large de l'industrie de l'IA générative, où des entreprises comme Google, OpenAI ou Midjourney améliorent sans cesse le photoréalisme de leurs modèles tout en peinant à contenir les usages détournés, malgré des mécanismes de filigrane et de blocage de requêtes. La réaction de Google, qui se veut rassurante sans pour autant empêcher la reproduction des prompts problématiques signalés par van Ess, laisse présager un débat croissant sur la responsabilité des plateformes cartographiques et sur la nécessité de rendre les outils de détection d'images générées par IA aussi accessibles et connus que les outils de création eux-mêmes.
L'ANSSI, l'agence française de cybersécurité, est directement citée sur la difficulté à détecter les deepfakes, un risque accru par la diffusion massive via Google Earth en Europe.
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