Nouveau ransomware vise les poids des modèles d'IA, sans même pouvoir encaisser la rançon
Le même attaquant a pénétré deux fois le même serveur Langflow exposé sur internet, mais avec un objectif radicalement différent la seconde fois. L'équipe de recherche sur les menaces de Sysdig a documenté une première campagne le 1er juillet 2026, puis une seconde le 20 juillet. Dans les deux cas, l'intrusion exploite CVE-2025-3248, une faille d'authentification manquante dans le point de terminaison de validation de code de Langflow, qui permet à quiconque atteint le serveur d'y exécuter du code Python. Lors du premier passage, l'attaquant a improvisé en chiffrant 1 342 éléments de configuration Alibaba Nacos avec la fonction de chiffrement intégrée de MySQL, avant de supprimer les tables. Trois semaines plus tard, il est revenu avec un outil bien plus abouti : ENCFORGE, un binaire Go compilé capable de balayer environ 180 extensions de fichiers. Sysdig y a retrouvé des points de contrôle PyTorch et TensorFlow, des poids au format SafeTensors de Hugging Face, le format GGUF utilisé par la plupart des déploiements de LLM en local, des index vectoriels FAISS ainsi que des données d'entraînement en Parquet et NumPy. Michael Clark, qui dirige l'équipe de recherche de Sysdig, résume l'objectif du logiciel : détruire "la seule chose qu'une organisation ne peut pas simplement restaurer".
Ce ciblage précis change la nature de la menace pour les entreprises qui déploient des modèles d'IA en interne. Un rançongiciel classique chiffre tout sans distinction ; ENCFORGE, lui, nomme explicitement les formats de modèles et d'adaptateurs LoRA, preuve que ses auteurs savent exactement quelles machines ils visent. Sysdig estime le coût de reconstruction d'un modèle affiné prêt pour la production entre 75 000 et 500 000 dollars, en tenant compte des heures de calcul GPU et du travail d'ingénierie nécessaires, et ce pour chaque modèle perdu, sachant que les équipes conservent souvent plusieurs variantes sur un même espace de stockage. Pire encore, payer ne sert à rien : lors de la première campagne, la clé de chiffrement générée aléatoirement n'a été affichée qu'une seule fois dans la console puis jamais sauvegardée, transformant de fait le rançongiciel en simple destructeur de données. ENCFORGE ne contient d'ailleurs aucun code réseau, ni exfiltration, ni site de paiement, seule une adresse Proton Mail identique dans les deux notes de rançon relie les deux attaques au groupe que Sysdig suit sous le nom JADEPUFFER.
Cette affaire illustre un angle mort dans la sécurité de l'IA en entreprise : les sauvegardes classiques protègent les bases de données, pas des poids de modèles qui ne se restaurent pas comme des lignes de transactions. En mai 2025, la NSA, la CISA et le FBI, avec leurs homologues britanniques, australiens et néo-zélandais, avaient publié "AI Data Security", le document de référence sur le sujet, mais centré sur la fiabilité des données plutôt que sur leur destruction pure et simple. Kayne McGladrey, expert senior à l'IEEE, souligne que les équipes de sécurité doivent présenter ce risque en termes financiers pour obtenir des budgets, un modèle détruit ayant un coût de remplacement chiffrable que les directions financières peuvent enfin arbitrer.
Les entreprises europeennes qui deploient des modeles d'IA en interne via des outils comme Langflow sont exposees au meme risque, sans qu'aucun cas francais ou europeen ne soit confirme dans cet incident.
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