« The Download » : la Maison Blanche divisée sur l'IA chinoise, et un versement record pour des droits d'auteur

Des tensions inédites secouent l'entourage de Donald Trump autour de l'intelligence artificielle chinoise. Le week-end dernier, plusieurs conseillers actuels et anciens du président américain se sont publiquement écharpés au sujet de la stratégie IA à adopter face à la Chine. David Sacks a qualifié les modèles d'Anthropic de "lobotomisés" et "woke", tandis qu'Emil Michael, haut responsable du Pentagone, a traité le nouveau responsable des perspectives stratégiques d'OpenAI d'"idiot du village suprême". L'origine de la dispute : Kimi, un modèle gratuit et open source lancé la semaine dernière par l'entreprise chinoise Moonshot, dont les performances semblent rivaliser avec celles d'OpenAI et d'Anthropic, pourtant payants. Par ailleurs, le règlement record de 1,5 milliard de dollars conclu par Anthropic dans une action collective pour violation de droits d'auteur, liée à l'utilisation d'œuvres piratées pour entraîner Claude, vient d'être validé par la justice, constituant le plus important versement de ce type jamais enregistré.
Cette convergence d'événements révèle à quel point la concurrence chinoise en IA bouscule l'équilibre politique et économique américain. Chaque nouveau modèle chinois performant et gratuit réduit l'incitation des entreprises américaines à payer pour les services d'OpenAI ou d'Anthropic, ce qui fragilise leur modèle économique et complique la position de Washington. L'administration Trump envisagerait désormais une interdiction des modèles d'IA chinois, une option qui divise ses propres experts, certains, comme l'investisseur Chamath Palihapitiya, jugeant qu'une telle intervention serait "profondément contre-productive". De son côté, Pékin réfléchirait à durcir ses contrôles à l'export sur les modèles et les puces d'IA, afin d'empêcher l'Occident de s'approprier sa technologie et ses start-ups, et aurait déjà entamé des discussions avec les entreprises technologiques chinoises à ce sujet.
Ce climat de rivalité stratégique s'accompagne d'autres remous dans l'écosystème IA américain. Chris Fall, qui dirigeait depuis avril l'institut fédéral de sécurité de l'IA (CAISI), a démissionné après seulement trois mois, sans que les raisons de son départ soient précisées. Sur le plan matériel, Google développerait une nouvelle puce baptisée "Frozen V2" destinée à faire tourner ses modèles Gemini plus efficacement, avec un déploiement prévu pour 2028, une annonce qui a fait bondir l'action Alphabet en bourse. En Europe, l'Union européenne a par ailleurs infligé à AliExpress une amende record de 550 millions d'euros pour la vente de produits dangereux, la sanction la plus lourde jamais prononcée au titre du Digital Services Act ; Alibaba a annoncé faire appel de cette décision. L'ensemble de ces développements illustre combien la course à l'IA redessine simultanément les rapports de force géopolitiques, juridiques et industriels.
L'UE inflige à AliExpress une amende record de 550 millions d'euros au titre du DSA, confirmant la fermeté de la régulation européenne face aux plateformes numériques.
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