La Table du Futur Devrait Ressembler à un Data Center
Lila Sciences, une entreprise américaine spécialisée dans l'automatisation scientifique par intelligence artificielle, a détaillé son projet de laboratoire entièrement piloté par IA lors d'un entretien avec son directeur technique Andy Beam et sa directrice scientifique pour les sciences physiques Rafa Gómez-Bombarelli. L'installation ressemble à un centre de données sombre rempli de robots et d'instruments de laboratoire fonctionnant en continu, avec des plateaux flottant sur des rails à sustentation magnétique et des modèles de vision-langage pilotant même d'anciens ordinateurs sous Windows 95. Ce système a déjà généré plus de 10 000 milliards de tokens de raisonnement scientifique, tous validés expérimentalement, couvrant simultanément la biologie, la chimie, la découverte de médicaments et la science des matériaux. L'équipe affirme aussi avoir reconstruit une mesure de sorption gazeuse pour la rendre environ 2 500 fois plus rapide qu'auparavant.
L'enjeu dépasse la simple automatisation de laboratoire. Selon Beam et Gómez-Bombarelli, Internet représente déjà une source de données épuisée pour l'entraînement des modèles, tandis que la méthode scientifique constituerait le dernier gisement de données à l'échelle d'Internet encore inexploité. Leur approche traite chaque expérience comme un mécanisme de génération de données, avec la nature elle-même comme validateur des résultats produits par apprentissage par renforcement. Fait notable, les dirigeants insistent sur le fait que Lila Sciences n'est pas une entreprise d'automatisation à proprement parler : elle privilégie la flexibilité et la capacité de généralisation plutôt que le simple débit de production, laissant les humains intervenir tant que l'automatisation complète n'est pas rentable. Un exemple marquant illustre cette philosophie : des suggestions de catalyseurs par IA pour des électrocatalyseurs sans métaux du groupe du platine, d'abord jugées "stupides" par un expert fort de quarante publications, se sont révélées être les meilleures performances jamais obtenues par l'équipe.
Ce pari s'inscrit dans une réflexion plus large sur la sérendipité en science. Les chercheurs citent le cas d'Emily Whitehead, première enfant guérie par thérapie CAR-T, dont la survie tenait à la connaissance fortuite d'un médecin ayant traité l'arthrite pédiatrique sur l'anticorps capable de limiter sa réponse inflammatoire à l'interleukine-6. L'objectif de Lila Sciences est de systématiser ce type de découverte en misant sur la largeur du savoir plutôt que sur la chance. L'entreprise revendique aussi avoir obtenu des données in vivo sur des primates non humains pour une thérapie CAR-T en seulement six mois, selon un modèle commercial qu'elle qualifie de "start-up virtuelle à zéro employé équivalent temps plein".
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