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InfrastructureLatent Space5h· 2 min de lecture

L'infrastructure IA doit évoluer pour l'expérience des agents (Akshat Bubna, CTO de Modal)

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Modal, la plateforme cloud spécialisée dans l'infrastructure pour l'intelligence artificielle, vient de boucler une levée de série C de 355 millions de dollars, un signal fort de la traction prise par l'entreprise depuis sa série A de seulement 17 millions de dollars il y a deux ans. Dans un épisode du podcast Latent Space, le directeur technique de Modal, Akshat Bubna, est revenu avec les animateurs swyx et Vibhu sur l'évolution de la plateforme, née comme un simple runtime plus performant avant de devenir un cloud entièrement pensé pour les charges de travail liées à l'IA. Bubna y détaille l'arsenal technique déployé par Modal: fonctions serverless, infrastructure pilotée par décorateurs, inférence élastique pour des modèles personnalisés en audio, vidéo, robotique et biologie computationnelle, snapshotting de GPU, décodage spéculatif via une technologie maison baptisée DeFlash, ainsi que des sandboxes réseau avec adressage IPv6 privé et support RDMA pour l'entraînement multi-nœuds. Modal s'appuie désormais sur un pool de capacité réparti chez 17 fournisseurs cloud différents, une stratégie de "supercloud" censée absorber les pics de demande propres aux workloads d'IA.

L'argument central de Bubna est que l'infrastructure cloud historique, conçue pour des développeurs humains capables de lire une documentation, de raisonner sur du YAML et d'interpréter un tableau de bord, ne convient plus à l'ère des agents autonomes. Contrairement à un humain qui peut combler les zones d'ombre d'un système avec son propre jugement, un agent a besoin d'un environnement beaucoup plus resserré: un espace pour écrire du code, l'exécuter, inspecter les résultats, modifier la configuration, déboguer et recommencer, avec des boucles de rétroaction rapides et un contexte complet. Ce changement de paradigme, que Modal résume par le passage d'une "expérience développeur" à une "expérience agent", a des conséquences concrètes pour l'industrie: les entraînements par renforcement peuvent nécessiter jusqu'à 100 000 sandboxes simultanées, et les agents en production exigent des garde-fous stricts ainsi qu'une observabilité renforcée, potentiellement plus importante que la simple lecture du code qu'ils génèrent.

Ce virage s'inscrit dans un constat plus large partagé par Bubna: Kubernetes, l'outil d'orchestration dominant depuis une décennie, n'a jamais été conçu pour des charges de travail aussi explosives et gourmandes en calcul que celles générées par l'IA moderne, qu'il s'agisse d'inférence élastique, de sursauts GPU, de post-entraînement ou d'agents fonctionnant en arrière-plan. Modal a d'ailleurs intégré le support GPU avant même le lancement de ChatGPT, anticipant ce basculement. L'entreprise mise désormais sur des concepts comme les Auto Endpoints pour simplifier le déploiement d'inférences optimisées, sur des sandboxes accompagnées de sidecars réseau, et sur une approche dite d'"auto-recherche" où des agents peuvent eux-mêmes lancer des expériences guidées par des modèles sur des GPU. Cette levée de fonds massive doit permettre à Modal de renforcer sa capacité de calcul et de consolider sa position face à des concurrents comme Databricks, Daytona, Railway ou E2B sur ce marché émergent du cloud pour agents.

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L'IA a besoin d'une infrastructure de données solide pour créer de la valeur
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L'IA a besoin d'une infrastructure de données solide pour créer de la valeur

L'intelligence artificielle s'installe durablement dans les entreprises : selon une enquête récente, la moitié des organisations utilisaient déjà l'IA dans au moins trois fonctions métier d'ici fin 2025, que ce soit en finance, dans les chaînes d'approvisionnement, les ressources humaines ou le service client. Mais à mesure que ces systèmes deviennent centraux dans les opérations quotidiennes, un obstacle inattendu émerge. Ce n'est ni la puissance de calcul ni les performances des modèles qui freinent le déploiement, mais la qualité et surtout le contexte des données sur lesquelles reposent ces systèmes. Irfan Khan, président et directeur produit de SAP Data & Analytics, résume le problème : "L'IA produit des résultats très rapidement, mais sans contexte elle ne peut pas exercer un bon jugement -- et c'est le jugement qui crée de la valeur pour l'entreprise. La vitesse sans jugement ne sert à rien, elle peut même nuire." L'enjeu est concret et mesurable. Deux entreprises qui utilisent l'IA pour gérer des ruptures dans leur chaîne d'approvisionnement peuvent traiter les mêmes données -- niveaux de stock, délais, scores fournisseurs -- mais arriver à des décisions radicalement différentes. Celle qui enrichit ses données avec du contexte métier (quels clients sont stratégiques, quels compromis sont acceptables en cas de pénurie, quelles obligations contractuelles s'appliquent) prendra des décisions alignées sur ses priorités réelles. L'autre produira des réponses techniquement correctes mais opérationnellement défaillantes. Les systèmes d'IA n'affichent pas seulement de l'information, ils agissent dessus -- ce qui rend toute erreur de contexte potentiellement coûteuse. Historiquement, des experts humains compensaient ce manque de contexte en interprétant les données brutes. Avec l'automatisation croissante, ce filet de sécurité disparaît. La réponse architecturale qui s'impose est celle du "data fabric", une couche d'infrastructure qui ne se contente pas d'intégrer les données mais préserve leur signification à travers les systèmes, les applications et les environnements cloud. Pendant deux décennies, les entreprises ont massivement investi dans des entrepôts de données centralisés -- utiles pour les rapports et les tableaux de bord, mais appauvrissants pour le sens métier des données. Le mouvement actuel est inverse : il s'agit de connecter les informations là où elles se trouvent tout en conservant les métadonnées, les politiques et les relations qui décrivent comment l'entreprise fonctionne réellement. SAP, qui positionne ses solutions d'analytique autour de cette vision, n'est pas seul sur ce terrain : toute l'industrie des données se repositionne pour répondre à une exigence nouvelle -- celle d'une IA qui ne se contente pas d'aller vite, mais qui va dans la bonne direction.

UESAP étant une entreprise allemande leader du logiciel d'entreprise, son positionnement sur le 'data fabric' influence directement les choix d'infrastructure des grandes organisations européennes qui déploient l'IA.

InfrastructureActu
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NVIDIA Blackwell domine le premier benchmark d'infrastructure pour agents autonomes d'IA
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Artificial Analysis a publié AgentPerf, le premier benchmark sectoriel conçu spécifiquement pour évaluer les infrastructures d'IA agentique. Dans ce premier tour de résultats, la plateforme NVIDIA GB300 NVL72, basée sur l'architecture Blackwell Ultra, s'impose comme le système le plus performant : elle peut faire tourner jusqu'à 20 fois plus d'agents par mégawatt que l'ancienne génération HGX H200 (Hopper), quel que soit le seuil de qualité de service retenu (20 ou 60 tokens par seconde par agent). Le modèle de référence utilisé pour ce test est DeepSeek V4 Pro, un grand modèle de type mixture-of-experts représentatif des LLM qui propulsent aujourd'hui les agents les plus capables. La distinction entre IA conversationnelle et IA agentique est au coeur de cette initiative. Un chatbot classique réalise un seul appel LLM par échange : c'est un sprint. Un agent, lui, enchaîne des dizaines voire des centaines d'appels LLM entrelacés d'appels à des outils externes, compilation de code, recherche en base de données, navigation web, en transmettant à chaque étape un contexte de plus en plus long. La complexité n'est pas additive, elle est multiplicative. Les benchmarks d'inférence existants ne mesuraient qu'un seul appel LLM isolé et n'avaient pas été conçus pour capturer cette réalité. Pour une entreprise qui déploie des agents à grande échelle, les métriques pertinentes sont la réactivité des agents, le nombre d'instances simultanées supportées, et surtout le volume de travail utile produit par dollar et par watt investis. La performance du GB300 NVL72 repose sur une co-conception poussée de l'ensemble de la pile logicielle et matérielle. Le système interconnecte 72 GPU en une seule unité rack, ce qui permet aux grands modèles MoE comme DeepSeek V4 Pro de distribuer leur exécution efficacement. Les noyaux CUDA chevauchent communication et calcul pour absorber la latence de coordination entre experts. TensorRT-LLM sépare le traitement des entrées de la génération des sorties afin d'optimiser chaque phase indépendamment. AgentPerf lui-même est construit à partir de trajectoires réelles d'agents de codage opérant sur des dépôts publics couvrant plus de 12 langages de programmation, avec des longueurs de séquences, des délais d'appels d'outils et des patterns représentatifs de la production. Ce benchmark arrive à un moment où l'industrie bascule massivement vers des architectures agentiques, et où le choix d'infrastructure devient un avantage concurrentiel direct pour quiconque déploie ces systèmes à l'échelle.

UELes entreprises et cloud providers européens déployant des agents IA à grande échelle peuvent utiliser ce benchmark pour orienter leurs décisions d'achat de matériel.

💬 Vingt fois plus d'agents par mégawatt, c'est pas anodin. Ce qui m'intéresse surtout dans ce benchmark, c'est qu'il mesure enfin ce qui compte vraiment : pas un seul appel LLM en isolation, mais des chaînes complètes avec des dizaines d'appels et du contexte qui s'accumule à chaque étape. Reste à voir si ça se confirme sur des tâches moins lisses que du code sur des dépôts publics.

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De nouvelles licornes dans l'infrastructure IA : Exa, Modal, TurboPuffer
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De nouvelles licornes dans l'infrastructure IA : Exa, Modal, TurboPuffer

Trois entreprises spécialisées dans l'infrastructure pour l'intelligence artificielle ont atteint simultanément des jalons majeurs cette semaine, signalant une consolidation rapide du secteur. TurboPuffer, moteur de recherche vectorielle, annonce 100 millions de dollars de revenus récurrents annuels tout en étant rentable. Exa, moteur de recherche sémantique pour les agents IA, lève 250 millions de dollars dans un tour de Série C qui valorise l'entreprise à 2,2 milliards de dollars. Modal, plateforme cloud de calcul GPU à la demande, annonce quant à elle 355 millions de dollars levés à une valorisation de 4,7 milliards de dollars en Série C. Ces trois annonces tombent dans la même fenêtre de 48 heures, les 20 et 21 mai 2026. Ces chiffres illustrent une dynamique structurelle : l'explosion de la demande en infrastructure IA n'est plus portée uniquement par les grands hyperscalers comme AWS ou Google Cloud, mais de plus en plus par des acteurs spécialisés capables de répondre précisément aux besoins des développeurs d'agents et de pipelines LLM. Modal permet d'exécuter du code Python avec des GPU en quelques secondes sans gérer de serveurs ; Exa fournit une API de recherche conçue pour les LLM plutôt que pour les humains ; TurboPuffer offre une base de données vectorielle haute performance. Que les trois atteignent ces valorisations en même temps indique que le marché des outils pour construire des applications IA génère désormais des revenus réels et prévisibles, pas seulement des promesses. Ces succès s'inscrivent dans un contexte où l'ingénierie IA est devenue une discipline à part entière, distincte de la recherche fondamentale en machine learning. L'émergence d'une couche d'infrastructure spécialisée, entre les modèles de fondation des grands labs et les applications finales, crée un espace économique autonome. Latent Space, le podcast et newsletter qui suit ces entreprises depuis leurs débuts, note avoir interviewé les fondateurs des trois sociétés bien avant ces valorisations, soulignant à quel point la communauté des praticiens IA identifie tôt les acteurs structurants. La question désormais est de savoir si ces entreprises resteront indépendantes ou deviendront des cibles d'acquisition pour les grandes plateformes cloud, qui cherchent à intégrer verticalement la chaîne de valeur du développement IA.

UELes développeurs français et européens d'applications IA disposent désormais d'une couche d'infrastructure spécialisée (compute GPU à la demande, recherche vectorielle, recherche sémantique pour LLMs) comme alternative aux grands hyperscalers pour leurs pipelines d'agents.

💬 TurboPuffer rentable à 100M ARR, Modal à 4,7 milliards, Exa à 2,2, tout ça en 48h, c'est pas du hasard. J'attendais ce signal pour confirmer que la couche infra entre les grands modèles et les applis génère vraiment de l'argent, pas juste du cashburn déguisé en croissance. Si tu construis des trucs avec des LLMs, ces outils sont soit déjà dans ta stack, soit tu vas y venir.

InfrastructureOpinion
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Meta lance KernelEvolve, un agent IA pour optimiser les infrastructures d'entraînement
4Meta Engineering ML 

Meta lance KernelEvolve, un agent IA pour optimiser les infrastructures d'entraînement

Meta a présenté KernelEvolve, un système d'optimisation de kernels piloté par intelligence artificielle, développé en interne pour accélérer ses modèles de publicité et d'IA générative. Intégré à l'agent Ranking Engineer Agent, KernelEvolve automatise la création et l'optimisation de kernels — ces programmes bas niveau qui traduisent les opérations de haut niveau d'un modèle en instructions spécifiques à chaque puce. Le système cible une infrastructure hétérogène composée de GPU NVIDIA, de GPU AMD, de CPU classiques et des puces MTIA, les accélérateurs personnalisés de Meta. Les résultats publiés sont substantiels : plus de 60 % d'amélioration du débit d'inférence pour le modèle publicitaire Andromeda sur GPU NVIDIA, et plus de 25 % de gain en débit d'entraînement sur les puces MTIA. Des travaux qui auraient normalement demandé plusieurs semaines à des ingénieurs spécialisés ont été accomplis en quelques heures. L'article associé sera présenté au 53e International Symposium on Computer Architecture (ISCA) 2026. L'enjeu est direct et massif : Meta sert chaque jour des milliards d'expériences alimentées par l'IA, des recommandations personnalisées aux assistants génératifs. Chaque requête d'entraînement ou d'inférence repose sur une couche de kernels hautement optimisés, et à mesure que les modèles gagnent en complexité et que le parc matériel se diversifie, le nombre de configurations possibles explose — atteignant des milliers de combinaisons selon le hardware, l'architecture du modèle et le type d'opérateur. L'optimisation manuelle par des experts ne peut plus suivre ce rythme, créant un goulot d'étranglement critique qui freine l'adoption de nouveaux matériels et ralentit les cycles d'itération des modèles. KernelEvolve résout ce problème en traitant l'optimisation comme une recherche automatisée : un environnement d'évaluation dédié teste chaque kernel candidat, renvoie les diagnostics au LLM, et pilote une exploration continue sur des centaines d'alternatives — dépassant les performances des kernels écrits à la main par des experts humains. Cette initiative s'inscrit dans une tendance de fond chez les grandes plateformes technologiques : déléguer des tâches d'ingénierie de bas niveau à des agents IA pour absorber la complexité croissante des infrastructures de calcul. Meta fait face à la même contrainte que Google, Microsoft ou Amazon — accélérer sans cesse les modèles tout en maîtrisant les coûts de calcul sur un parc matériel qui ne cesse de se diversifier. KernelEvolve génère des kernels dans des langages aussi bien de haut niveau comme Triton ou CuteDSL que de bas niveau comme CUDA, HIP ou MTIA C++, ce qui lui confère une portabilité rare. À terme, ce type d'agent pourrait devenir standard dans l'industrie, réduisant drastiquement le besoin d'ingénieurs spécialisés en optimisation matérielle et accélérant la mise en production de nouvelles architectures de modèles sur des puces encore inconnues.

InfrastructureActu
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