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Nvidia et la ruée vers l'or des neoclouds

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Jeudi, SoftBank a annoncé la création d'une coentreprise neocloud aux États-Unis, rejoignant les centaines d'entreprises qui se pressent déjà dans ce secteur. Un neocloud désigne une société spécialisée dans la location de serveurs équipés de puces d'intelligence artificielle à des clients tiers, un modèle économique en plein essor depuis l'explosion de la demande en calcul pour l'IA générative. Le financement reste abondant dans ce secteur : plusieurs neoclouds plus jeunes ont levé des fonds ces derniers jours, dont Together AI, qui a annoncé mercredi une levée de 800 millions de dollars. Mercredi soir également, il a été révélé que Nvidia, le fabricant de la puce IA dominante sur le marché, s'engageait à soutenir financièrement ces jeunes entreprises de cloud en échange d'une part de leurs revenus.

Cette annonce de Nvidia est significative parce qu'elle soulève une question centrale sur la solidité économique du secteur : si la demande en capacité de calcul pour l'IA est aussi intense que le prétendent les acteurs du marché, pourquoi les neoclouds auraient-ils besoin d'un filet de sécurité financier de la part de leur principal fournisseur de puces ? Pour Nvidia, ce mécanisme lui permet de sécuriser des débouchés pour ses processeurs tout en s'assurant un flux de revenus récurrent via les commissions perçues sur l'activité de ses partenaires, renforçant encore sa position dominante dans la chaîne de valeur de l'IA.

Ce mouvement s'inscrit dans une ruée générale vers la construction d'infrastructures dédiées à l'IA, portée par des géants technologiques comme SoftBank mais aussi par une multitude de start-ups spécialisées. Les investisseurs continuent d'injecter des sommes considérables dans ce secteur malgré les interrogations croissantes sur la rentabilité réelle de ces centres de données et sur la capacité du marché à absorber une offre de calcul en expansion rapide. Le rôle croissant de Nvidia comme bailleur de fonds indirect de ses propres clients illustre à quel point l'écosystème de l'IA repose désormais sur des mécanismes de financement circulaires, un sujet que les régulateurs et les analystes financiers surveillent de plus en plus attentivement.

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Jensen Huang, fondateur et PDG de Nvidia, a atterri à Séoul vendredi 4 juin, accueilli par des fans et des journalistes dès sa descente d'avion. Ce déplacement fait suite à la conférence GTC Taipei organisée lors du COMPUTEX, et s'inscrit dans une tournée asiatique chargée. Huang a tenu à préciser l'enjeu central de sa visite : aligner la chaîne d'approvisionnement en IA avant une deuxième partie d'année qui s'annonce intense. Il a confirmé que Grace Blackwell, la plateforme phare de Nvidia, affiche de solides performances commerciales, et que Vera Rubin, la génération suivante, est désormais en pleine production industrielle. "Le premier semestre a déjà été très réussi, et nous allons être très occupés au second semestre", a-t-il déclaré à la presse. La Corée du Sud n'est pas un simple arrêt diplomatique dans l'agenda de Huang : c'est l'un des maillons stratégiques de l'écosystème mondial de l'IA. Le pays abrite des acteurs critiques de la fabrication de mémoires, une communauté gaming parmi les plus actives au monde, et un tissu industriel en robotique en pleine montée en puissance. Huang a explicitement identifié la robotique et l'IA physique comme "le prochain grand secteur" pour la Corée, appelant à des investissements ciblés dans ce domaine. Ce positionnement n'est pas anodin : la robotique incarnée, qui nécessite des puces, des capteurs et des modèles d'inférence rapide, est précisément le terrain où Nvidia cherche à imposer ses architectures comme standard de fait. La visite de Huang à Séoul s'inscrit dans une dynamique plus large de consolidation des alliances industrielles face à la pression géopolitique sur les semi-conducteurs. Alors que les restrictions américaines sur les exportations de puces vers certains marchés asiatiques compliquent le paysage, la Corée du Sud reste un partenaire de premier plan, à la fois client et fournisseur clé via Samsung et SK Hynix. Le programme de la visite inclut des rencontres avec des partenaires locaux dans la mémoire, la robotique et le gaming, avant que Huang ne passe à la table pour du poulet frit et du barbecue coréen, qu'il a jugés, sobrement, "délicieux".

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En à peine cinq mois depuis le début de l'année 2026, NVIDIA a engagé plus de 40 milliards de dollars dans des accords liés à l'intelligence artificielle. L'investissement le plus massif reste une mise de 30 milliards de dollars dans OpenAI, le créateur de ChatGPT. Le groupe a également conclu un accord pouvant atteindre 2,1 milliards de dollars avec IREN, opérateur de centres de données, pour déployer 5 gigawatts d'infrastructures NVIDIA DSX. Quelques jours plus tôt, c'est Corning qui annonçait un partenariat à hauteur de 3,2 milliards de dollars pour construire trois usines dédiées aux technologies optiques. En mars, NVIDIA avait aussi investi 2 milliards dans Marvell Technology, ainsi que dans les spécialistes de la photonique Lumentum et Coherent. Dans le cloud IA, le groupe soutient les néoclouds CoreWeave et Nebius Group avec 2 milliards chacun. Au total, Jensen Huang dirige une entreprise valorisée à environ 5 200 milliards de dollars, dont l'action a été multipliée par plus de 11 en quatre ans. Cette stratégie va bien au-delà de la simple diversification financière : NVIDIA cherche à contrôler l'ensemble de la chaîne de valeur de l'IA, des puces jusqu'aux infrastructures qui les font tourner. En finançant les fournisseurs cloud, les opérateurs de data centers, les fabricants de composants optiques et les grandes startups IA, le groupe s'assure que chaque maillon de l'écosystème dépend de ses technologies. Jensen Huang l'a lui-même résumé en déclarant vouloir "soutenir tout le monde" plutôt que "désigner un seul gagnant", une posture qui lui permet de couvrir plusieurs scénarios concurrentiels à la fois. Le groupe a généré 97 milliards de dollars de free cash flow en 2025, ce qui rend ce rythme d'investissement soutenable à court terme. Cette mécanique suscite néanmoins des inquiétudes croissantes à Wall Street. Plusieurs analystes pointent une logique circulaire potentiellement fragile : NVIDIA investit dans des entreprises qui achètent ses GPU pour construire leurs infrastructures, et leur fournit parfois directement des ressources de calcul. Certains observateurs comparent cette boucle à une bulle auto-entretenue. La domination de NVIDIA sur le marché des puces IA est le fruit de l'explosion de l'IA générative depuis 2022, mais la concurrence monte, avec AMD, Intel et les puces propriétaires développées par Google, Amazon et Microsoft. La capacité du groupe à maintenir sa position dominante tout en tissant ce réseau d'alliances financières déterminera si cette stratégie est un masterstroke industriel ou un risque systémique pour l'ensemble de l'écosystème IA mondial.

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UELes clouds régionaux NVIDIA permettent aux entreprises et industries réglementées européennes de répondre aux exigences de souveraineté numérique sans dépendre d'infrastructures centralisées aux États-Unis.

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