Nvidia et la ruée vers l'or des neoclouds
Jeudi, SoftBank a annoncé la création d'une coentreprise neocloud aux États-Unis, rejoignant les centaines d'entreprises qui se pressent déjà dans ce secteur. Un neocloud désigne une société spécialisée dans la location de serveurs équipés de puces d'intelligence artificielle à des clients tiers, un modèle économique en plein essor depuis l'explosion de la demande en calcul pour l'IA générative. Le financement reste abondant dans ce secteur : plusieurs neoclouds plus jeunes ont levé des fonds ces derniers jours, dont Together AI, qui a annoncé mercredi une levée de 800 millions de dollars. Mercredi soir également, il a été révélé que Nvidia, le fabricant de la puce IA dominante sur le marché, s'engageait à soutenir financièrement ces jeunes entreprises de cloud en échange d'une part de leurs revenus.
Cette annonce de Nvidia est significative parce qu'elle soulève une question centrale sur la solidité économique du secteur : si la demande en capacité de calcul pour l'IA est aussi intense que le prétendent les acteurs du marché, pourquoi les neoclouds auraient-ils besoin d'un filet de sécurité financier de la part de leur principal fournisseur de puces ? Pour Nvidia, ce mécanisme lui permet de sécuriser des débouchés pour ses processeurs tout en s'assurant un flux de revenus récurrent via les commissions perçues sur l'activité de ses partenaires, renforçant encore sa position dominante dans la chaîne de valeur de l'IA.
Ce mouvement s'inscrit dans une ruée générale vers la construction d'infrastructures dédiées à l'IA, portée par des géants technologiques comme SoftBank mais aussi par une multitude de start-ups spécialisées. Les investisseurs continuent d'injecter des sommes considérables dans ce secteur malgré les interrogations croissantes sur la rentabilité réelle de ces centres de données et sur la capacité du marché à absorber une offre de calcul en expansion rapide. Le rôle croissant de Nvidia comme bailleur de fonds indirect de ses propres clients illustre à quel point l'écosystème de l'IA repose désormais sur des mécanismes de financement circulaires, un sujet que les régulateurs et les analystes financiers surveillent de plus en plus attentivement.
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