IA : Le propriétaire de Peppa Pig veut cloner la voix des enfants acteurs
Hasbro, le géant américain du jouet et du divertissement qui détient les droits de Peppa Pig, aurait intégré dans les contrats des jeunes comédiens de la série une clause autorisant le clonage de leur voix par intelligence artificielle. L'information, révélée par Deadline, a provoqué une levée de boucliers immédiate : l'Association des agents de jeunes artistes (AYPA) a publié une lettre ouverte cosignée par plus de 1 000 professionnels du secteur, exigeant que « tout accord concernant la voix d'un enfant soit totalement exempté de toute utilisation de l'IA ». Hasbro n'est pas nommé explicitement dans ce document, qui évoque « un grand studio détenant les droits d'une franchise internationale pour enfants », mais Deadline ne laisse guère de doute sur l'identité visée. Face à la polémique, un porte-parole de la société a affirmé que « la protection des enfants artistes est au cœur de l'identité d'Hasbro », tout en refusant de commenter les négociations contractuelles en cours.
L'enjeu dépasse largement un simple désaccord contractuel. La cession de droits vocaux à une IA permettrait à un studio de reproduire la voix d'un enfant à volonté, pendant des années, sans rémunération supplémentaire ni contrôle de l'artiste. Or, comme le souligne la lettre de l'AYPA, un enfant ne peut pas donner un consentement éclairé et légal, et l'accord d'un parent ne saurait constituer un blanc-seing absolu pour cloner et réutiliser indéfiniment sa voix. Cette affaire marque un tournant : jusqu'ici, les débats sur l'IA vocale dans le doublage concernaient principalement les adultes. Désormais, les mineurs sont directement dans le viseur des studios, ce qui soulève des questions éthiques et juridiques d'une tout autre gravité.
Cette controverse s'inscrit dans un mouvement plus large de résistance aux usages de l'IA dans l'industrie du divertissement. Depuis la grève historique de la SAG-AFTRA en 2023, les acteurs américains se battent pour encadrer le recours à leurs données biométriques. La pression s'étend désormais à l'animation : le scénariste et réalisateur Jorge Gutierrez, primé aux Emmy Awards, a dû renoncer à un projet de série développée avec MGM Studios (Amazon) après une tempête de critiques sur les réseaux sociaux, accusé de trahir les artistes en intégrant l'IA dans le processus créatif. Ces épisodes successifs montrent que ni les grandes franchises, ni les créateurs réputés ne sont à l'abri d'une réaction publique violente dès lors que l'IA semble menacer l'emploi ou l'intégrité des artistes, et que la question du consentement des enfants pourrait devenir le prochain front législatif du secteur.
Cette affaire pourrait accélérer l'encadrement réglementaire européen sur le clonage vocal de mineurs, notamment via l'AI Act et le RGPD qui imposent déjà des protections renforcées pour les données biométriques des enfants.
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