
Meta : les données du projet de surveillance des employés étaient accessibles en interne
Meta a suspendu son programme interne de surveillance des employés, baptisé Model Capability Initiative (MCI), après la découverte d'une faille de sécurité majeure. Lancé en avril 2026, cet outil enregistrait les mouvements de curseur, les clics, les frappes clavier et réalisait des captures d'écran périodiques sur les machines des salariés de l'entreprise. L'objectif affiché était de collecter des données comportementales pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle de Meta, notamment pour améliorer les fonctionnalités d'agents IA. Le problème : les données ainsi récoltées se sont révélées accessibles à l'ensemble du personnel de l'entreprise. Business Insider a consulté des captures d'écran confirmant qu'il était possible d'accéder à des discussions privées, des données de performance et des transcriptions. Selon un avis de sécurité interne obtenu par Wired, les données de 45 000 tables Hive étaient exposées. Meta a classé l'incident au niveau 2 de son échelle de sévérité interne, dont le degré 0 représente la criticité maximale.
L'exposition concerne des informations hautement sensibles. Des employés indiquent avoir eu accès depuis leur poste de travail à des données fiscales et médicales personnelles de leurs collègues, en violation directe des garanties formulées par l'entreprise lors du déploiement du programme. La réaction en interne a été vive : sur les canaux de messagerie interne, certains salariés ont exprimé leur colère ouvertement, l'un d'eux partageant un mème de la série The Office avec la pancarte « 0 jour depuis notre dernière bêtise ». Le CTO de Meta, Andrew Bosworth, a reconnu dans un message interne une mauvaise configuration des listes de contrôle d'accès (ACL) et annoncé une analyse complète des causes, incluant la traçabilité de chaque accès aux données compromises. Des employés réclament désormais qu'une réunion post-mortem soit organisée avec toutes les personnes concernées.
Cette faille intervient dans un contexte déjà tendu autour du programme MCI. Dès son lancement, le projet avait suscité une fronde interne, contraignant Meta à introduire une fonctionnalité de pause de 30 minutes, insuffisante aux yeux de nombreux salariés qui réclamaient un bouton de désactivation complet. La suspension actuelle du programme, présentée comme temporaire le temps de l'enquête, ravive des questions plus larges sur les pratiques de collecte de données des grandes entreprises technologiques sur leurs propres employés au nom de l'entraînement de l'IA. Si Meta affirme ne pas avoir de preuve d'accès malveillant, l'incident illustre les risques concrets que font peser ces dispositifs massifs de collecte interne, et la difficulté à concilier ambitions en IA et respect élémentaire de la vie privée des travailleurs.
Les employés de Meta en France et dans l'UE sont potentiellement concernés par ce dispositif de surveillance ; l'incident pourrait déclencher une enquête de la CNIL et met en lumière les tensions entre le RGPD, le droit du travail européen et les pratiques de collecte massive de données internes au nom de l'IA.
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