
La Chine approuve la première puce cérébrale invasive au monde : quelle est la suite ?
Dong Hui, 39 ans, paralysé du cou jusqu'aux pieds depuis un accident de voiture il y a six ans, a réussi en octobre 2025 à tenir un stylo et à écrire son nom pour la première fois depuis l'accident. Cette prouesse est le résultat d'onze mois de rééducation rendus possibles par un implant cérébral appelé NEO, un dispositif de la taille d'une pièce de monnaie développé par la startup shanghaïenne Neuracle Technology en partenariat avec l'université Tsinghua de Pékin. En novembre 2024, Dong est devenu l'un des premiers Chinois à recevoir une interface cerveau-ordinateur (BCI) invasive via une opération chirurgicale. Ce mars 2026, le régulateur chinois des produits médicaux a accordé à NEO la première homologation mondiale pour un BCI invasif hors essais cliniques, le rendant accessible aux patients entre 18 et 60 ans souffrant de paralysie des quatre membres due à une lésion médullaire, sous réserve d'une fonction résiduelle dans les bras. Depuis octobre 2023, Neuracle a conduit 36 essais cliniques avec NEO, dont 32 concentrés sur quelques mois en 2025.
Cette approbation marque un tournant historique pour la médecine et pour l'industrie des neurotechnologies. NEO permet à des patients lourdement handicapés de retrouver une motricité partielle grâce à un gant robotique souple piloté par leurs signaux cérébraux, via des séances d'entraînement quotidiennes de deux heures et demie. Le dispositif n'implante pas d'électrodes directement dans le cortex, mais place huit capteurs sur la dure-mère, la membrane protectrice du cerveau. Cette conception moins invasive réduit les risques d'hémorragie, de cicatrices gliales et de dégradation du signal à long terme, selon Avinash Singh, chercheur en BCI à l'université de technologie de Sydney. Pour les patients comme Dong, dont l'objectif est de s'habiller et de manger seul sans solliciter ses parents vieillissants, l'enjeu est concret et immédiat.
NEO devance ainsi des concurrents de poids, dont le N1 de Neuralink, la société californienne d'Elon Musk, dont la puce perfore directement le cortex et reste cantonnée aux essais cliniques. L'approbation express en Chine s'explique en partie par un cadre réglementaire volontairement accéléré pour soutenir l'industrie nationale des BCI, un secteur que Pékin considère comme stratégique. La course mondiale aux interfaces cerveau-machine est désormais ouverte sur plusieurs fronts: performances cliniques, sécurité à long terme, et vitesse d'accès au marché. Avec NEO commercialisé en premier, la Chine prend une longueur d'avance significative, tandis que les acteurs américains et européens devront répondre à la question de savoir si une conception plus invasive peut justifier ses risques supplémentaires par de meilleures performances fonctionnelles pour les patients.
L'approbation commerciale de NEO devance les régulateurs européens et pourrait contraindre l'EMA et les États membres à accélérer leurs cadres d'évaluation des dispositifs neuro-implantables invasifs.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




