
Le concept de "Magnifica Humanitas" du pape, un modèle pour faire face à l'IA
Le pape Léon XIV a publié une encyclique intitulée Magnifica Humanitas ("Magnificence de l'humanité"), consacrée entièrement à l'intelligence artificielle. Le texte affirme dès l'ouverture que "la technologie n'est jamais neutre" et place l'IA dans une perspective historique comparable à la révolution industrielle. S'appuyant sur deux récits bibliques, l'encyclique oppose la tour de Babel, symbole d'une croissance effrénée coupée de toute considération humaine et divine, au livre de Néhémie, où la reconstruction de Jérusalem devient un acte collectif et solidaire. Léon XIV y voit l'image de deux chemins possibles pour notre époque : une course technologique atomisante, ou un projet partagé remettant l'humain au centre. Le document insiste sur un point précis : l'IA n'est pas une force naturelle ni une entité abstraite et omnisciente, mais un produit commercial, né à un moment où des pouvoirs économiques considérables se concentrent entre un nombre infime de mains.
Cette prise de position pontificale arrive alors que les mécanismes de régulation de l'IA restent profondément lacunaires. Il n'existe aucune autorité de sécurité dédiée à l'échelle mondiale. Aux États-Unis, la Federal Trade Commission dispose de compétences limitées sur la conception algorithmique, et les recommandations du NIST sont largement ignorées par l'industrie. L'AI Act européen, partiellement entré en vigueur, ne couvre qu'une fraction des usages réels. Dans ce vide institutionnel, ce sont les investisseurs qui ont pris le relais. Des coalitions regroupées autour de l'Interfaith Center on Corporate Responsibility, représentant plus de 400 milliards de dollars d'actifs sous gestion, ont multiplié les résolutions d'actionnaires lors des dernières assemblées générales pour exiger transparence, évaluation des risques et responsabilité dans le déploiement de l'IA. Des géants comme Alphabet, Amazon, Nvidia, Palantir et Uber ont été directement interpellés, avec des demandes formelles d'interdire toute utilisation de leurs systèmes à des fins de violence ou de violation des droits humains.
L'encyclique survient dans un contexte d'escalade des usages militaires de l'IA, illustré de façon tragique lors des premières heures de la guerre contre l'Iran, où des systèmes d'IA ont servi à identifier des cibles pour des milliers de frappes de missiles, causant des centaines de morts. Cette réalité confère une résonance particulière au message de Léon XIV, premier pape de l'ère de l'IA de masse. Son texte ne prétend pas innover sur le terrain de la gouvernance : il entérine et légitime un mouvement déjà en marche, porté non par les États ni par les institutions internationales, mais par des actionnaires citoyens qui ont choisi d'exercer leur responsabilité là où les gouvernements ont jusqu'ici échoué.
L'encyclique renforce les appels à une meilleure gouvernance de l'IA en Europe, alors que l'AI Act n'est que partiellement entré en vigueur et ne couvre qu'une fraction des usages réels.
C'est quand même le Vatican qui dit ce que les gouvernements n'arrivent pas à formuler clairement. L'encyclique ne prétend pas réinventer la gouvernance, mais elle pointe un truc précis : l'IA n'est pas une force naturelle, c'est un produit commercial concentré dans quelques mains. Que ce soit le pape ou des coalitions d'actionnaires qui comblent le vide laissé par les États, c'est un aveu d'échec institutionnel assez glaçant.
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