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SociétéLe Big Data · 2 min de lecture

Ne supprimez pas vos réunions ! Elles sont votre meilleure protection face à l’IA

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Alors que l'intelligence artificielle compresse le temps de production des tâches intellectuelles, réduisant des projets de plusieurs mois à quelques heures, une constante résiste : les réunions. Dan Sirk, directeur marketing travaillant simultanément pour deux entreprises grâce à ChatGPT, Gemini et Claude, produit plus vite, seul, à moindre coût. Pourtant, il identifie les réunions comme la limite concrète à son expansion : déjà une dizaine par semaine, son agenda serait saturé au-delà de trois entreprises. Cette observation illustre un phénomène documenté par le New York Times : l'IA ne réduit pas la charge globale de travail, elle la déplace vers la coordination humaine.

La raison est structurelle. Plus l'IA génère d'options, de stratégies et de prototypes, plus les équipes doivent arbitrer, prioriser et s'aligner. Ces décisions ne peuvent pas être déléguées à des systèmes automatisés : présenter une idée, convaincre des collègues, rassurer un client, négocier un compromis, ces dimensions restent irréductiblement humaines. Les réunions deviennent ainsi le lieu où la production brute se transforme en décisions concrètes. Chez Salesforce, des employés cherchent à renforcer leurs liens clients au-delà des échanges automatisés, par l'écoute active et l'accompagnement émotionnel. Chez PolicyFly, l'IA a divisé par deux le temps d'intégration client, mais les réunions demeurent : les clients veulent être rassurés, poser des questions, valider leurs choix en direct.

Ce phénomène prolonge une tendance identifiée dès 2017 par le National Bureau of Economic Research : l'automatisation augmente la valeur des compétences sociales. Plus les machines absorbent les tâches techniques, plus les postes exigeant de fortes interactions humaines se multiplient. L'IA de 2024-2026 amplifie cette dynamique à grande échelle. Dans les processus de recrutement des entreprises technologiques, les compétences techniques cèdent du terrain face à la capacité à proposer des idées pertinentes et à convaincre. Dans le conseil, les présentations sont en partie générées par l'IA, mais les consultants performants sont ceux qui comprennent les modes de décision de leurs clients, une connaissance qui s'acquiert en réunion. Loin d'être des espaces d'inefficacité à éliminer, les réunions deviennent le terrain où se joue la valeur ajoutée humaine dans un monde où la production est largement automatisée.

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En mai 2026, plusieurs cérémonies de remise de diplômes aux États-Unis ont été le théâtre de protestations inattendues contre l'intelligence artificielle. Gloria Caulfield, vice-présidente des alliances stratégiques du groupe Tavistock, a été huée par des étudiants en sciences humaines de l'Université du Centre de la Floride (UCF) dès qu'elle a qualifié l'IA de « prochaine révolution industrielle ». Des cris comme « AI sucks » ont parcouru la salle, avant que les mêmes étudiants l'applaudissent lorsqu'elle a reconnu que l'IA était absente de leurs vies il y a encore quelques années. Peu après, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a subi le même accueil à l'Université d'Arizona, où il avait pourtant été invité pour son « leadership extraordinaire dans les avancées technologiques ». En France, le cofondateur de Loopsider Johan Jufnagel, relayé par le journaliste David Carzon dans la newsletter Hupster, a témoigné ce 19 mai du refus d'étudiants en journalisme de recourir à l'IA dans leur formation. Un sondage Gallup d'avril 2026 confirme l'ampleur du phénomène : près d'un tiers des Américains de 14 à 29 ans déclarent que l'IA les « énerve », soit 9 points de plus qu'en 2025, tandis que l'enthousiasme pour la technologie a chuté de 36 % à 22 % en un an. Ce rejet traduit une fracture générationnelle concrète autour de l'IA. La génération Z, qui entre aujourd'hui sur le marché du travail, est directement exposée à la menace de substitution dans des secteurs comme le journalisme, la communication ou les métiers créatifs. Cette défiance ne se limite pas aux symboles : une enquête de Workplace Intelligence menée auprès de 2 400 employés et dirigeants en Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis révèle que 29 % des salariés admettent saboter activement les systèmes d'IA de leur entreprise, en injectant des données propriétaires dans des modèles grand public, en utilisant des outils non autorisés, ou en laissant délibérément des résultats de mauvaise qualité sans les corriger. L'acceptabilité sociale du déploiement accéléré de l'IA devient un enjeu opérationnel réel pour les entreprises, au-delà de la communication. Ces protestations s'inscrivent dans un contexte de déploiement massif de l'IA générative depuis 2023, sans que les sociétés aient eu le temps d'en négocier collectivement les termes. Schmidt lui-même a admis devant ses auditeurs que leur génération « hérite d'un bazar qu'elle n'a pas créé », entre emplois menacés, dérèglement climatique et fractures politiques. Si les dirigeants tech continuent de présenter l'IA comme une opportunité incontournable, le fossé avec une partie croissante de la population se creuse. Le phénomène, parfois comparé à un « véganisme de l'IA », dessine une résistance structurée qui pourrait peser sur les politiques d'adoption en entreprise, les régulations à venir, et la façon dont les institutions, universités en tête, intégreront ces outils dans les prochaines années.

UEEn France, des étudiants en journalisme refusent déjà d'utiliser l'IA dans leur formation, et une enquête menée en Europe révèle que 29 % des salariés sabotent activement les outils IA de leur entreprise, posant un risque opérationnel concret pour les déploiements en cours.

💬 Les 29% de salariés qui sabotent activement les outils IA dans leur boîte, c'est le chiffre à retenir, pas les huées en amphi. Ce rejet n'est pas irrationnel : la Gen Z subit de plein fouet la substitution dans les métiers créatifs, personne ne leur a demandé leur avis, et on leur vend la chose comme une "prochaine révolution industrielle" par des executives bien à l'abri de la substitution. Reste à voir comment les équipes tech vont déployer leurs outils quand un tiers des utilisateurs travaillent activement contre eux.

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Au sein de la Silicon Valley, l'idée d'une apocalypse de l'emploi causée par l'IA est désormais traitée comme une certitude. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a décrit l'IA comme "un substitut général de la main-d'oeuvre humaine" capable de réaliser tous les emplois en moins de cinq ans. Une chercheuse en impacts sociétaux chez Anthropic a quant à elle évoqué une possible récession à court terme et "l'effondrement de l'échelle des débuts de carrière". Ces déclarations alimentent une anxiété croissante chez les travailleurs, au point de renforcer les mouvements réclamant un moratoire sur la construction de centres de données. Alex Imas, économiste à l'Université de Chicago, a accepté de faire le point sur ce que l'on sait réellement, et surtout sur ce que l'on ignore. Son constat est sévère : les outils actuels pour prédire l'impact de l'IA sur l'emploi sont "lamentables". La mesure la plus utilisée, le taux d'"exposition" d'un métier à l'IA, consiste à comptabiliser combien de tâches qui le composent pourraient être automatisées. C'est la méthode qu'OpenAI a appliquée en décembre dernier à un catalogue gouvernemental américain de milliers de tâches professionnelles, datant de 1998, constatant par exemple qu'un agent immobilier est exposé à 28 %. Anthropic a utilisé ce même référentiel en février pour analyser des millions de conversations avec Claude. Mais pour Imas, "l'exposition seule est un outil totalement inutile pour prédire les suppressions de postes" : savoir qu'une tâche peut être automatisée ne dit rien sur ce que fera concrètement l'employeur de ce gain de productivité. L'enjeu central est en réalité une question d'économie industrielle que personne ne sait encore trancher : si un développeur peut produire en un jour ce qui lui prenait trois jours grâce à l'IA, l'entreprise va-t-elle embaucher moins de développeurs ou au contraire en recruter davantage pour aller plus vite ? La réponse dépend du secteur, de la structure des marchés et de la concurrence. Dans un marché compétitif, les gains de productivité se répercutent souvent en baisse de prix, ce qui stimule la demande et donc l'emploi. Mais ce mécanisme ne s'applique pas uniformément. Imas plaide pour que les économistes collectent d'urgence des données granulaires sur la façon dont les entreprises réallouent réellement leur main-d'oeuvre après l'adoption de l'IA, car sans ces données, toute politique publique sur l'emploi reste aveugle. Le débat dépasse donc largement les prédictions catastrophistes : il appelle à une observation rigoureuse de terrain, que personne n'a encore vraiment commencée.

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Steve Wozniak, cofondateur d'Apple et figure emblématique de la Silicon Valley, a exprimé dans une interview accordée à Fox Business une franche désillusion vis-à-vis de l'intelligence artificielle générative. Il affirme être « déçu souvent » par les outils actuels et admet les utiliser rarement. Ses deux critiques principales : l'incapacité des IA à reproduire l'émotion humaine, et un problème de fiabilité persistant. Quand il interroge un système comme ChatGPT, il obtient des réponses longues, structurées et factuelles — là où un humain raconterait, contextualiserait, partagerait une expérience subjective. Cette dimension émotionnelle et intentionnelle lui semble fondamentalement absente des modèles actuels. Sur la fiabilité, il est tout aussi catégorique : « Je veux un contenu fiable à chaque fois », une exigence que les LLM actuels ne remplissent pas, capables de produire des réponses convaincantes mais parfois fausses, sans signaler leurs propres limites. Ces critiques ont un poids particulier dans le contexte actuel, où l'IA s'immisce dans des domaines à fort enjeu — éducation, santé, information — et où la confiance des utilisateurs est un enjeu central. Si les modèles de langage sont conçus pour optimiser pertinence et clarté, ils ne garantissent pas une authenticité ni une constance qui permettraient de les ériger en sources d'autorité. Pour Wozniak, tant que cette fiabilité n'est pas acquise, l'IA reste un outil d'assistance, pas un substitut au jugement humain. C'est une préoccupation partagée par de nombreux acteurs du secteur, notamment sur les risques de désinformation ou de décisions automatisées mal fondées dans des contextes critiques. Cette prise de position intervient dans un moment de tension stratégique pour Apple elle-même. L'entreprise a lancé en 2024 Apple Intelligence avec l'ambition affichée de rattraper OpenAI, Google et Microsoft sur le terrain de l'IA, mais plusieurs fonctionnalités annoncées tardent à être déployées, signe d'une progression prudente. Tim Cook, lui, décrit l'IA comme « profondément enrichissante et potentiellement très positive » pour l'expérience utilisateur — un contraste saisissant avec le scepticisme de son cofondateur historique, qui n'a plus de rôle opérationnel dans l'entreprise. Wozniak s'inscrit ainsi dans une tradition de voix critiques venues de l'intérieur même de la tech — des figures comme Geoffrey Hinton ou Yann LeCun qui, chacun à leur manière, ont formulé des réserves profondes sur la trajectoire actuelle de l'IA. Son discours rappelle que l'enthousiasme industriel autour de ces technologies ne fait pas l'unanimité, y compris parmi ceux qui ont bâti le monde numérique d'aujourd'hui.

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Le patron de Nvidia, Jensen Huang, a livré une déclaration remarquée sur le podcast All-In, à l'issue de la conférence GTC 2026. Selon lui, si un ingénieur payé 500 000 dollars par an ne consomme pas au moins 250 000 dollars de jetons d'intelligence artificielle, soit la moitié de son salaire, cela devrait être considéré comme alarmant. Nvidia viserait ainsi une facture annuelle de deux milliards de dollars de jetons pour ses seuls ingénieurs. Cette formule illustre un basculement budgétaire déjà bien engagé chez les géants technologiques. Les quatre plus grands fournisseurs d'infrastructure cloud prévoient environ 700 milliards de dollars de dépenses d'investissement combinées pour 2026, soit près du double de l'année précédente, tandis que le cabinet Gartner anticipe 207 milliards de dollars de dépenses en logiciels d'agents IA, en hausse de 139 %. Dans le même temps, le cabinet Challenger, Gray & Christmas signale que l'intelligence artificielle est devenue, pour le quatrième mois consécutif, la raison la plus citée des suppressions d'emplois aux États-Unis, le secteur technologique représentant 31 % des licenciements du premier semestre. Un mémo interne de Meta, obtenu par Reuters, décrit les 8 000 suppressions de postes de mai comme un moyen de compenser les investissements massifs de l'entreprise, alors même que son chiffre d'affaires progressait de 33 % ce trimestre-là. Chez Oracle, les effectifs ont chuté de 21 000 personnes pour financer la construction de centres de données. Ce déplacement de budget des salaires vers les jetons pose une question centrale : produit-il réellement les gains escomptés ? Les premiers retours chiffrés sont loin d'être concluants. Une enquête de Gartner auprès de 350 dirigeants d'entreprises générant plus d'un milliard de dollars de revenus, toutes utilisatrices d'agents IA ou d'automatisation, révèle qu'environ 80 % d'entre elles ont réduit leurs effectifs, sans qu'aucune corrélation ne soit observée avec une amélioration du retour sur investissement. Selon l'analyste Helen Poitevin, les suppressions de postes libèrent du budget mais ne créent pas de valeur : ce sont les entreprises qui utilisent l'IA pour renforcer leurs équipes, plutôt que pour les remplacer, qui progressent réellement. Le constat se vérifie aussi côté consommation de jetons : Uber, qui avait équipé 5 000 ingénieurs d'outils de codage IA en décembre, a épuisé tout son budget IA annuel dès avril. Son directeur des opérations, Andrew Macdonald, a reconnu que malgré 70 % de code généré par l'IA, le lien avec l'expérience concrète des clients reste introuvable. L'entreprise plafonne désormais les dépenses de ses ingénieurs à 1 500 dollars par mois. Walmart a imposé un rationnement similaire sur son assistant interne, la demande ayant largement dépassé les prévisions, selon Bloomberg. Un contraste frappant émerge : quand les jetons dépassent le budget, on les plafonne ; quand ce sont les employés qui coûtent trop cher, on les licencie. Klarna incarne le mieux ce retour de bâton. La fintech avait remplacé environ 700 postes du service client par un assistant propulsé par OpenAI, gelé ses embauches humaines pendant plus d'un an, et vanté ce modèle « IA d'abord » auprès des investisseurs. Mais la satisfaction client s'est dégradée et les réclamations ont augmenté, poussant son directeur général, Sebastian Siemiatkowski, à admettre publiquement sur Bloomberg que l'entreprise s'était trop concentrée sur l'efficacité et les coûts, au détriment de la qualité, une stratégie jugée non durable. Klarna recrute désormais de nouveau des humains, son patron défendant l'investissement dans la qualité du support humain comme un axe d'avenir. Gartner s'attend à ce que ce schéma se généralise, prédisant que d'ici 2027, la moitié des entreprises ayant supprimé des postes de service client au profit de l'IA referont marche arrière, souvent dans des conditions moins favorables qu'avant. Cette séquence, portée par des entreprises très rentables et non en difficulté, révèle que les coupes d'effectifs relèvent moins d'une nécessité de survie que d'un choix de financement, dont le bilan réel commence tout juste à être évalué.

UEKlarna, fintech suédoise ayant réduit ses effectifs au profit de l'IA, doit recruter de nouveau des humains, illustrant les limites de ce modèle pour les entreprises européennes.

💬 Le vrai tell de cette histoire, c'est ce contraste : quand les jetons dépassent le budget, on plafonne la dépense, mais quand c'est un employé qui coûte cher, on le vire direct. Klarna vient de payer cash cette logique, obligée de réembaucher des humains après avoir vendu son "IA d'abord" aux investisseurs pendant plus d'un an. Et le détail qui tue, c'est que 80% des boîtes qui ont supprimé des postes n'ont vu aucun gain de ROI, donc ce basculement des salaires vers les tokens ressemble moins à une stratégie qu'à un pari comptable mal calculé.

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