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SociétéAI News3h· 3 min de lecture

Les entreprises ont remplacé des employés par des tokens : les retours ne sont pas au rendez-vous

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Le patron de Nvidia, Jensen Huang, a livré une déclaration remarquée sur le podcast All-In, à l'issue de la conférence GTC 2026. Selon lui, si un ingénieur payé 500 000 dollars par an ne consomme pas au moins 250 000 dollars de jetons d'intelligence artificielle, soit la moitié de son salaire, cela devrait être considéré comme alarmant. Nvidia viserait ainsi une facture annuelle de deux milliards de dollars de jetons pour ses seuls ingénieurs. Cette formule illustre un basculement budgétaire déjà bien engagé chez les géants technologiques. Les quatre plus grands fournisseurs d'infrastructure cloud prévoient environ 700 milliards de dollars de dépenses d'investissement combinées pour 2026, soit près du double de l'année précédente, tandis que le cabinet Gartner anticipe 207 milliards de dollars de dépenses en logiciels d'agents IA, en hausse de 139 %. Dans le même temps, le cabinet Challenger, Gray & Christmas signale que l'intelligence artificielle est devenue, pour le quatrième mois consécutif, la raison la plus citée des suppressions d'emplois aux États-Unis, le secteur technologique représentant 31 % des licenciements du premier semestre. Un mémo interne de Meta, obtenu par Reuters, décrit les 8 000 suppressions de postes de mai comme un moyen de compenser les investissements massifs de l'entreprise, alors même que son chiffre d'affaires progressait de 33 % ce trimestre-là. Chez Oracle, les effectifs ont chuté de 21 000 personnes pour financer la construction de centres de données.

Ce déplacement de budget des salaires vers les jetons pose une question centrale : produit-il réellement les gains escomptés ? Les premiers retours chiffrés sont loin d'être concluants. Une enquête de Gartner auprès de 350 dirigeants d'entreprises générant plus d'un milliard de dollars de revenus, toutes utilisatrices d'agents IA ou d'automatisation, révèle qu'environ 80 % d'entre elles ont réduit leurs effectifs, sans qu'aucune corrélation ne soit observée avec une amélioration du retour sur investissement. Selon l'analyste Helen Poitevin, les suppressions de postes libèrent du budget mais ne créent pas de valeur : ce sont les entreprises qui utilisent l'IA pour renforcer leurs équipes, plutôt que pour les remplacer, qui progressent réellement. Le constat se vérifie aussi côté consommation de jetons : Uber, qui avait équipé 5 000 ingénieurs d'outils de codage IA en décembre, a épuisé tout son budget IA annuel dès avril. Son directeur des opérations, Andrew Macdonald, a reconnu que malgré 70 % de code généré par l'IA, le lien avec l'expérience concrète des clients reste introuvable. L'entreprise plafonne désormais les dépenses de ses ingénieurs à 1 500 dollars par mois. Walmart a imposé un rationnement similaire sur son assistant interne, la demande ayant largement dépassé les prévisions, selon Bloomberg. Un contraste frappant émerge : quand les jetons dépassent le budget, on les plafonne ; quand ce sont les employés qui coûtent trop cher, on les licencie.

Klarna incarne le mieux ce retour de bâton. La fintech avait remplacé environ 700 postes du service client par un assistant propulsé par OpenAI, gelé ses embauches humaines pendant plus d'un an, et vanté ce modèle « IA d'abord » auprès des investisseurs. Mais la satisfaction client s'est dégradée et les réclamations ont augmenté, poussant son directeur général, Sebastian Siemiatkowski, à admettre publiquement sur Bloomberg que l'entreprise s'était trop concentrée sur l'efficacité et les coûts, au détriment de la qualité, une stratégie jugée non durable. Klarna recrute désormais de nouveau des humains, son patron défendant l'investissement dans la qualité du support humain comme un axe d'avenir. Gartner s'attend à ce que ce schéma se généralise, prédisant que d'ici 2027, la moitié des entreprises ayant supprimé des postes de service client au profit de l'IA referont marche arrière, souvent dans des conditions moins favorables qu'avant. Cette séquence, portée par des entreprises très rentables et non en difficulté, révèle que les coupes d'effectifs relèvent moins d'une nécessité de survie que d'un choix de financement, dont le bilan réel commence tout juste à être évalué.

Impact France/UE

Klarna, fintech suédoise ayant réduit ses effectifs au profit de l'IA, doit recruter de nouveau des humains, illustrant les limites de ce modèle pour les entreprises européennes.

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Remplacés par l’IA ? Pas du tout, vous devriez « sauter de joie » selon Jeff Bezos
1Le Big Data 

Remplacés par l’IA ? Pas du tout, vous devriez « sauter de joie » selon Jeff Bezos

Jeff Bezos, fondateur d'Amazon et de Blue Origin, a accordé un long entretien à CNBC dans lequel il a défendu une vision résolument optimiste de l'intelligence artificielle face aux craintes de remplacement des travailleurs. Loin de partager l'inquiétude généralisée, il estime que les salariés devraient « sauter de joie » à l'arrivée de l'IA dans leur quotidien professionnel. Pour illustrer sa position, Bezos a comparé cette technologie à un bulldozer offert à quelqu'un qui creuse encore les fondations de sa maison à la pelle : selon lui, l'IA ferait exploser la productivité et « valoriserait » les travailleurs plutôt que de les éliminer. Il pousse le raisonnement jusqu'à imaginer un futur où la baisse des prix des biens essentiels, nourriture, logement, construction, permettrait à l'un des deux conjoints dans un foyer à double revenu de quitter volontairement le marché du travail. Tout cela, à condition de ne pas brider la technologie par une régulation excessive. Ce discours se heurte pourtant à une réalité bien différente. Des milliers de postes disparaissent déjà dans plusieurs secteurs sous prétexte d'efficacité technologique, y compris chez Amazon et ses concurrents, tandis que les prix continuent d'augmenter sur de nombreuses plateformes. Les outils d'IA peinent encore, pour beaucoup d'entre eux, à démontrer des gains de productivité mesurables à grande échelle. La métaphore du bulldozer résonne autrement pour les travailleurs qui vivent la pression de l'automatisation : non pas comme un outil qui les aide, mais comme une machine qui les écrase. Même l'hypothèse d'une bulle financière autour de l'IA ne semble pas troubler Bezos, qui juge que l'afflux massif d'investissements dans le secteur reste bénéfique quoi qu'il arrive, car il alimente l'innovation. Il est difficile de dissocier ce discours des intérêts personnels de son auteur. Project Prometheus, la société de robotique et d'intelligence artificielle de Bezos, aurait levé près de 10 milliards de dollars en quelques mois seulement, sur la vague de l'enthousiasme actuel pour l'IA. Par ailleurs, sur la question fiscale, Bezos a affirmé qu'augmenter massivement les impôts des milliardaires ne résoudrait pas les difficultés économiques des classes moyennes, une position qui rappelle les révélations de ProPublica en 2021, selon lesquelles son taux d'imposition réel était inférieur à 1 % sur une partie de sa fortune, grâce à des mécanismes de prêts adossés à ses actions. L'alignement entre son discours pro-IA, son hostilité à la régulation et ses investissements massifs dans le secteur dessine un tableau où l'optimisme affiché est indissociable d'intérêts financiers considérables.

UELe plaidoyer de Bezos contre la régulation excessive de l'IA s'inscrit en opposition directe avec l'AI Act européen, alimentant le débat sur l'équilibre entre innovation et protection des travailleurs en Europe.

SociétéOpinion
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Meta remplace ses modérateurs par de l’IA
2Next INpact 

Meta remplace ses modérateurs par de l’IA

Meta est en train de confier la modération de ses réseaux sociaux, Facebook, Instagram, WhatsApp, à des systèmes d'intelligence artificielle générative, au détriment des équipes humaines. Selon plusieurs sources anonymes citées par le Financial Times, le groupe de Mark Zuckerberg aurait déjà remplacé environ 50 % des demandes de révision humaine par des grands modèles de langage (LLM) depuis le début de l'année 2026, avec un objectif affiché de dépasser les 90 % pour certaines catégories de contenus d'ici la fin de l'année. L'IA serait désormais chargée d'évaluer non seulement les publications des utilisateurs, mais aussi les publicités et les recours déposés en cas de suppression de contenu. Les tests internes menés depuis mars montrent, selon Meta, que l'IA commettrait 13 % d'erreurs en moins que les modérateurs humains et détecterait 10 % d'infractions réelles supplémentaires. Ce basculement massif soulève des inquiétudes profondes sur la fiabilité du dispositif. Les mêmes sources indiquent que les modèles continuent de supprimer ou de dégrader la visibilité de contenus parfaitement légaux, notamment la satire, les évolutions de langage argotique ou les situations ambiguës, des cas que les humains gèrent avec une sensibilité contextuelle que l'IA ne maîtrise pas encore. Plus grave : Meta n'aurait pas établi de méthode rigoureuse pour mesurer les performances réelles de ces systèmes, ce que l'entreprise conteste en affirmant disposer d'évaluations continues avec vérification manuelle sur des échantillons. Le groupe a également un précédent embarrassant à assumer : en 2025, un agent IA maison avait permis à des hackers de compromettre 34 000 comptes Instagram. La modération publicitaire pose elle aussi problème, une enquête Reuters de novembre 2024 estimait qu'environ 10 % du chiffre d'affaires annuel de Meta provenait d'annonces frauduleuses ou pour des produits interdits. Ce tournant s'inscrit dans une trajectoire politique et économique cohérente. En janvier 2025, Zuckerberg avait annoncé un virage vers la "liberté d'expression", supprimant les programmes de vérification des faits, assouplissant les règles sur la désinformation et autorisant certains discours haineux visant les femmes et les minorités, un repositionnement effectué au moment du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Dans la foulée, les signalements de menaces violentes et de harcèlement contre des élus américains ont explosé. Parallèlement, Meta s'est lancé dans un plan d'économies massif ayant entraîné des milliers de licenciements, y compris dans les équipes IA, tandis que les contrats des sous-traitants assurant la modération ne sont plus renouvelés. L'IA choisie en interne pour ce chantier est Muse Spark, le modèle du propre laboratoire de Meta, en remplacement de Gemini de Google que les équipes utilisaient jusqu'ici.

UECe basculement massif entre en tension directe avec le Digital Services Act (DSA), qui oblige les très grandes plateformes à maintenir des dispositifs de modération efficaces et à prévoir des recours examinés par des humains, la Commission européenne dispose des outils pour ouvrir une procédure formelle si Meta ne démontre pas la conformité de son système IA.

💬 Les 13% d'erreurs en moins, c'est présenté comme une validation technologique, mais sans méthode de mesure sérieuse derrière, ça reste un argument de com. Ce qui se passe vraiment, c'est un plan d'économies massif qui coïncide trop bien avec un virage idéologique vers moins de protection, et ça se voit : la satire, l'argot, l'ambiguïté continuent de tomber sous les filtres. La Commission européenne a les outils pour ouvrir une procédure formelle, le DSA impose des recours humains, et Meta n'a pas encore de réponse sérieuse à ça.

SociétéActu
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Tokenmaxxing : quand les salariés d’Amazon brûlent des tokens pour se faire bien voir
3Next INpact 

Tokenmaxxing : quand les salariés d’Amazon brûlent des tokens pour se faire bien voir

Des employés d'Amazon utilisent MeshClaw, un outil interne de déploiement d'agents IA lancé il y a quelques semaines par le groupe, non pas pour travailler plus efficacement, mais pour gonfler artificiellement leurs statistiques de consommation de tokens. MeshClaw fonctionne sur le même principe qu'OpenClaw : il permet de déployer des agents capables de trier des courriels, interagir sur Slack, déployer du code ou surveiller des applications. Selon le Financial Times, certains salariés font tourner ces agents en continu non parce qu'ils en ont besoin, mais pour afficher un usage IA élevé dans des classements internes que la direction a commencé à surveiller. Amazon s'est fixé comme objectif que 80 % de ses développeurs utilisent l'IA chaque semaine. Ce phénomène a reçu un nom : le "tokenmaxxing". Un développeur médian consomme environ 51 millions de tokens par mois selon une étude Jellyfish publiée en avril 2026, tandis que les 10 % de plus gros consommateurs dépassent 380 millions de tokens mensuels, soit un coût pouvant atteindre 700 dollars par mois aux tarifs de l'API Claude. Ce détournement révèle les effets pervers d'une gouvernance par les métriques dans les entreprises tech. Quand un indicateur devient un critère d'évaluation implicite, il cesse de mesurer la réalité et devient une fin en soi. "Les managers regardent ces chiffres", confie un employé anonyme, "ça crée des effets pervers et certaines personnes deviennent très compétitives." L'étude Jellyfish sur 12 000 développeurs dans 200 entreprises au premier trimestre 2026 enfonce le clou : une consommation massive de tokens produit effectivement plus de code, mais ce code nécessite davantage d'allers-retours, de supervision humaine et de corrections, ce qui annule les gains de productivité supposés. À cela s'ajoute un risque de sécurité réel : MeshClaw dispose d'un accès large à des outils internes sensibles, ce qui peut provoquer des incidents graves en cas d'usage mal maîtrisé, comme l'ont déjà illustré de récentes pannes chez AWS attribuées à des agents IA. Ce phénomène dépasse Amazon. Meta avait développé un tableau de bord interne attribuant le statut de "Token Legend" aux plus gros consommateurs de tokens, avant de le retirer sous pression, tout en maintenant un suivi officiel de l'usage IA. La pression vient du sommet : Amazon a annoncé 200 milliards de dollars de dépenses d'investissement pour 2026, en grande partie fléchés vers l'IA et les centres de données. Pour justifier ces montants astronomiques auprès des actionnaires, les directions poussent les équipes à produire des preuves d'usage, créant une mécanique où l'apparence d'adoption compte autant que l'adoption réelle. L'enjeu, désormais, est de distinguer la valeur générée par l'IA de la valeur simulée pour complaire aux tableaux de bord.

UELes entreprises tech françaises et européennes qui adoptent des métriques de suivi de l'usage IA s'exposent aux mêmes effets pervers de gouvernance par les indicateurs documentés ici.

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8 000 départs forcés : Le prix fort payé par les employés de Meta pour le futur de l’IA
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8 000 départs forcés : Le prix fort payé par les employés de Meta pour le futur de l’IA

Meta a annoncé jeudi la suppression d'environ 8 000 postes, soit 10 % de ses effectifs mondiaux. Un mémo interne diffusé le même jour confirme que les employés concernés, travaillant notamment sur Facebook, Instagram et WhatsApp, seront informés de leur départ d'ici le 20 mai. Parallèlement, le groupe renonce à pourvoir près de 6 000 postes initialement prévus. Après cette vague, Meta devrait retrouver un effectif d'environ 70 000 salariés, un niveau comparable à celui de 2023. Ces suppressions s'ajoutent aux 21 000 départs enregistrés entre 2022 et 2023, aux 3 600 licenciements de janvier 2025, et aux 1 500 postes déjà supprimés depuis début 2026, notamment dans la division Reality Labs. La direction de Meta ne mentionne pas explicitement l'intelligence artificielle dans son mémo, mais la logique financière est transparente : ces économies doivent absorber des investissements massifs dans ce domaine. Pour 2026, l'entreprise prévoit d'injecter entre 115 et 135 milliards de dollars dans ses infrastructures IA, soit près du double des dépenses de l'année précédente. Mark Zuckerberg a lui-même affirmé que certains projets autrefois portés par de grandes équipes peuvent désormais être menés par un seul ingénieur très expérimenté. Ce glissement de main-d'œuvre humaine vers des systèmes automatisés traduit une réorganisation structurelle profonde, et non un simple ajustement conjoncturel. Meta n'est pas un cas isolé : la tech américaine traverse une recomposition de fond. Microsoft a annoncé un dispositif de départ volontaire destiné à environ 7 % de ses effectifs américains, soit potentiellement 125 000 personnes. Son PDG Satya Nadella justifie cette décision par les gains de productivité déjà mesurés en interne, l'IA prenant en charge jusqu'à 30 % des tâches de programmation. Amazon et Oracle ont également engagé des réductions d'effectifs significatives ces derniers mois. Ce mouvement synchronisé dans les plus grandes entreprises technologiques mondiales marque un tournant : l'IA n'est plus seulement un outil complémentaire, elle devient un argument pour réduire la masse salariale, avec des conséquences sociales qui commencent à se chiffrer en dizaines de milliers d'emplois supprimés en quelques trimestres.

UELes filiales européennes de Meta et Microsoft sont soumises aux obligations légales de consultation des comités d'entreprise et aux protections sociales de l'UE, ce qui encadre juridiquement ces licenciements massifs sur le territoire européen.

💬 Ce que Zuckerberg a dit sur le seul ingénieur qui remplace une équipe, c'est pas du storytelling, c'est le modèle économique en temps réel. 8 000 postes supprimés pour financer 130 milliards d'infra IA, le calcul est simple et froid. Reste à voir combien de vagues il faudra avant que les 70 000 encore en poste réalisent qu'ils sont dans la même logique.

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