Data centers : la souveraineté européenne grâce à des travailleurs immigrés surexploités
Une enquête de cinq mois menée par Investigate Europe avec des médias partenaires dans neuf pays, dont Le Monde, révèle une multiplication des pratiques dangereuses sur les chantiers de data centers européens ces deux dernières années. Elle recense trois accidents mortels ainsi que de nombreux cas d'électrocution, de brûlures et de blessures graves. Les entreprises de la tech et leurs sous-traitants de la construction, principalement irlandais, y importent des méthodes managériales américaines, souvent hostiles aux syndicats et peu respectueuses des normes locales. Les travailleurs concernés viennent notamment d'Europe de l'Est, en particulier de Roumanie, et maîtrisent mal l'anglais, ce qui complique la transmission des consignes de sécurité. Certains sont contraints à des heures supplémentaires qui favorisent les erreurs, d'autres ne sont pas déclarés et n'ont donc pas accès à la protection sociale à laquelle ils ont droit. Sur un chantier de centre de données pour Microsoft en Suède, un ouvrier roumain est tombé gravement malade, puis une tuberculose active a été diagnostiquée après plusieurs passages à l'hôpital. Il logeait dans une unité modulaire où 14 hommes partageaient une seule salle de bains, sans chauffage, avec une ventilation en panne et un trou dans le sol, condamné par des planches, par lequel des rats s'introduisaient depuis des mois.
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Résumé et traduction réalisés par Le Fil IA à partir de Next INpact. Lire l'article original →
Ces révélations montrent que le coût humain de la course à l'intelligence artificielle ne se limite pas aux « travailleurs du clic » sous-payés dans des pays pauvres pour entraîner les modèles de langage. Elles touchent aussi des ouvriers du bâtiment, au cœur même de l'Europe, qui bâtissent les infrastructures censées garantir la souveraineté numérique du continent. Pour ces salariés, les conséquences sont directes : risques d'accident mortel, absence de couverture sociale, logements insalubres et difficulté à faire valoir leurs droits faute de maîtrise de la langue de travail. Le recours en cascade aux sous-traitants dilue les responsabilités et facilite l'embauche de main-d'œuvre étrangère vulnérable, ce qui complique les contrôles des autorités. Pour les géants de la tech, dont les noms figurent en bout de chaîne, le risque est aussi réputationnel, au moment où ils présentent ces investissements comme un moteur de développement économique européen.
Le phénomène s'inscrit dans la ruée mondiale vers les capacités de calcul, qui accélère les calendriers de construction et pousse les donneurs d'ordre à privilégier la vitesse. James McCabe, représentant régional d'Unite the Union, syndicat irlandais et britannique de plus de 1,2 million de salariés, affirme observer une tendance similaire sur des sites partout en Europe. Selon lui, partout où son organisation a rencontré des sous-traitants irlandais travaillant pour des géants de la tech, elle a constaté un accès limité des syndicats, des difficultés à obtenir des informations et de graves préoccupations liées à des infractions au droit du travail et à l'exploitation des travailleurs. L'enquête alimente le débat sur la régulation de l'industrie de l'IA, après les appels de travailleurs du clic au Parlement européen et les critiques de chercheurs comme Antonio Casilli, qui décrit l'IA comme l'une des industries extractives de notre époque. Reste à savoir si les autorités nationales et européennes renforceront les inspections et la responsabilité des donneurs d'ordre le long de la chaîne de sous-traitance.
Une enquête menée dans neuf pays européens, dont avec Le Monde, révèle accidents mortels et exploitation de travailleurs migrants sur les chantiers de data centers de l'UE, ce qui pourrait relancer le débat sur les inspections du travail et la responsabilité des donneurs d'ordre.