Les avancées d'OpenAI en mathématiques inquiètent les responsables de la cryptographie
La publication, mardi dernier, de plus de 300 résultats mathématiques qu'OpenAI affirme avoir été résolus par l'un de ses modèles internes a suscité l'inquiétude de plusieurs figures de la cryptographie mondiale. Ces spécialistes du chiffrement de l'information craignent que les progrès continus de l'IA en mathématiques ne débouchent sur de nouveaux algorithmes capables d'affaiblir les méthodes actuelles de protection des données, des paiements en ligne aux messageries comme WhatsApp. Whitfield Diffie, qui a contribué en 1976 à inventer la cryptographie à clé publique avec l'algorithme d'échange de clés Diffie-Hellman, anticipe dans un courriel « un vaste changement en mathématiques, cryptanalyse comprise ». Il reconnaît ne pas connaître le calendrier : « Un an est probablement trop tôt ; cinq ans ne le seraient peut-être pas. » Il est aujourd'hui chercheur associé au Centre pour la sécurité internationale et la coopération de Stanford.
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L'enjeu est considérable, car la sécurité de l'internet moderne repose sur une hypothèse de difficulté. Certaines opérations mathématiques sont faciles à effectuer, comme le chiffrement à l'aide d'un nombre appelé clé publique, mais très difficiles à inverser sans connaître un nombre précis, la clé privée. C'est ce déséquilibre qui fonde les communications sécurisées en ligne, et il a permis l'essor du commerce électronique, des cryptomonnaies et des comptes numériques. Si des systèmes d'IA puissants trouvaient le moyen de résoudre ces problèmes sans détenir la clé, les conséquences toucheraient à la fois les entreprises, les banques, les services de messagerie et tous les utilisateurs dont les échanges sont censés rester confidentiels.
Cette inquiétude s'inscrit dans une dynamique plus large. Les modèles d'OpenAI et d'autres laboratoires résolvent depuis un certain temps des problèmes qui résistaient à des experts depuis des décennies, ce qui a fait émerger l'idée que ces systèmes pourraient un jour s'attaquer aux fondations mêmes de la cryptographie. Jusqu'ici, la menace évoquée pour le chiffrement venait surtout de l'informatique quantique, qui a déjà conduit à développer des standards dits post-quantiques. Les avancées de l'IA ajoutent une incertitude d'une autre nature, puisqu'elles pourraient fragiliser des hypothèses de difficulté que l'on croyait solides, sans qu'aucune échéance fiable ne puisse être donnée. Le propos prudent de Diffie, qui n'exclut pas un horizon de cinq ans, reflète cette incertitude. La suite dépendra de la vérification indépendante des résultats annoncés par OpenAI et de la capacité de la communauté cryptographique à évaluer, puis à anticiper, d'éventuelles attaques assistées par IA.
Les inquiétudes sur l'affaiblissement possible du chiffrement par l'IA concernent les banques, paiements et messageries européens, et renforcent l'enjeu de la transition vers la cryptographie post-quantique dans l'UE.