Compagnons IA : l’aboutissement du capitalisme de la solitude ?
Un rapport de la Fondation Jean Jaurès, rédigé par l'essayiste Paul Klotz, alerte sur la manière dont les entreprises d'intelligence artificielle monétisent désormais la solitude après des années de captation de l'attention par les réseaux sociaux. Selon cette analyse, les compagnons IA constituent « l'ultime étape » d'un système économique que l'auteur qualifie de « capitalisme de la solitude », un modèle fondé sur la destruction des liens sociaux plutôt que sur leur renforcement. Le document rappelle que l'isolement progresse en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : la solitude objective, mesurée par l'absence physique constatable de liens sociaux, est passée de 9 % de la population en 2010 à 11 % en 2025, tandis que la solitude subjective, ressentie psychologiquement, a bondi de 24 % en 2018 à 31 % en 2024 selon les données de l'Ifop. Le rapport souligne que ces deux formes de solitude entraînent des niveaux de surmortalité comparables.
Résumé et traduction réalisés par Le Fil IA à partir de Next INpact. Lire l'article original →
L'enjeu dépasse la seule santé publique : selon la thèse défendue, augmenter l'isolement des individus revient mécaniquement à augmenter leur consommation numérique, créant une incitation économique directe pour les plateformes à entretenir plutôt qu'à résoudre le mal-être social qu'elles prétendent combler. Pour les utilisateurs, en particulier les plus jeunes et les plus vulnérables, cela signifie une exposition croissante à des chatbots et compagnons IA conçus avec des mécaniques d'engagement proches de celles des réseaux sociaux, potentiellement addictives. Pour l'industrie et les régulateurs, le rapport pose la question d'un changement de paradigme dans l'évaluation des risques liés à ces produits, à un moment où leur adoption s'accélère fortement sans cadre spécifique dédié à leurs effets psychologiques.
Face à ce constat, la Fondation Jean Jaurès formule plusieurs recommandations concrètes. Elle propose de limiter les designs et fonctionnalités addictives des réseaux sociaux et des chatbots génératifs en s'appuyant sur le règlement européen sur les services numériques (DSA) et en renforçant le règlement sur l'intelligence artificielle (AI Act). Plus radicalement, elle appelle à inverser la charge de la preuve, en exigeant des développeurs qu'ils démontrent l'absence de nocivité de leur service sur la santé physique et mentale avant sa mise sur le marché, à l'image des procédures d'autorisation dans l'industrie pharmaceutique, plutôt qu'un contrôle a posteriori. Le rapport recommande aussi d'étendre aux compagnons IA les projets d'interdiction des réseaux sociaux pour mineurs, au nom du principe de précaution. Reconnaissant que la crise de la solitude ne se limite pas aux outils numériques, il préconise enfin une intervention de l'État via un « service public du bénévolat et de l'engagement associatif » et l'élévation du capital émotionnel et relationnel des individus au rang d'intérêt fondamental de la nation.
Le rapport s'appuie sur le DSA et l'AI Act européens pour recommander un encadrement renforce des compagnons IA en France et dans l'UE.