L'IA transforme la recherche universitaire, et les professeurs s'adaptent
La semaine dernière, un journaliste du MIT Technology Review s'est rendu à Mountain View, en Californie, pour assister à une rencontre du programme AI2050, financé par Eric et Wendy Schmidt via Schmidt Sciences, qui soutient des chercheurs universitaires travaillant sur l'intelligence artificielle. Parmi les participants figuraient notamment Nika Haghtalab, professeure d'informatique à UC Berkeley, et Anjalie Field, professeure à Johns Hopkins. Le programme offre aux boursiers un financement qu'ils peuvent utiliser pour acheter des GPU, une aide jugée précieuse dans un contexte de réduction des budgets fédéraux de recherche aux États-Unis. Autre fait marquant évoqué lors de la rencontre : l'équipe AlphaFold de Google DeepMind, dont le modèle de prédiction de structures de protéines avait reçu un prix Nobel, a été dissoute le mois dernier.
Ces échanges illustrent un basculement profond dans la recherche en IA. Depuis quatre ans, le cœur de l'innovation s'est déplacé des universités vers des entreprises privées comme Anthropic, OpenAI et Google, qui seules disposent des moyens financiers et matériels pour entraîner des modèles de pointe et refusent d'en dévoiler les détails techniques. Haghtalab compare cette situation à celle d'un biologiste qui étudierait une technologie comme CRISPR sans jamais pouvoir y accéder directement : les chercheurs académiques peuvent observer le comportement de ChatGPT ou Claude, mais pas influencer leur conception. Conséquence concrète, nombre d'entre eux réorientent leurs travaux vers des questions que les entreprises n'ont aucun intérêt commercial à explorer, quitte à révéler des angles morts gênants. Field a ainsi montré que les modèles de langage produisent des réponses moins sophistiquées aux formulations plus typiquement utilisées par les femmes, un résultat peu probable venant d'un laboratoire commercial.
Cette recomposition dépasse le seul champ des grands modèles de langage. De nombreux scientifiques développent des IA spécialisées pour analyser des données, faire des prédictions ou simuler des systèmes physiques, notamment dans la lutte contre le changement climatique, sans être en concurrence directe avec les grands laboratoires. Mais ils peinent à faire reconnaître la valeur de leurs travaux tant l'opinion publique associe désormais le mot "IA" aux seuls grands modèles gourmands en énergie. Ce déséquilibre pousse aussi plusieurs universitaires reconnus à quitter temporairement leur poste académique pour rejoindre directement les laboratoires privés, accentuant la fuite des compétences et posant la question de l'avenir de la recherche indépendante sur l'intelligence artificielle.
Le meme dilemme d'acces limite aux modeles proprietaires touche aussi les chercheurs universitaires europeens.
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