
Brex part du principe que ses agents IA peuvent tout faire, donc elle surveille le réseau plutôt que le code
Brex, l'entreprise fintech dirigée par Pedro Franceschi, a présenté lors de la conférence VB Transform 2026 sa méthode pour déployer en production des agents IA capables d'exécuter du code, comme l'outil open source OpenClaw. Après une avancée technique en décembre dernier ayant permis, dès janvier, la sortie d'OpenClaw, Franceschi a voulu automatiser des fonctions internes avec cet agent. L'équipe sécurité de Brex a d'abord refusé net, jugeant impossible de faire confiance à un système capable d'exécuter du code sans contrôle. Pour résoudre ce blocage, Brex a développé CrabTrap, un proxy HTTP open source qui ne surveille plus le code exécuté à l'intérieur du conteneur, mais tout le trafic réseau sortant entre l'agent et internet, en s'appuyant sur un grand modèle de langage (LLM) pour juger si chaque requête correspond à la politique approuvée. Pour éviter les milliers de millisecondes de latence qu'entraînerait une évaluation systématique par IA, le système trie le trafic en deux catégories : les actions routinières et à faible risque passent par des règles statiques préapprouvées, tandis que les actions sensibles, comme l'envoi d'un email, sont soumises au LLM. Résultat, seulement environ 2% des requêtes complexes passent réellement par ce filtre IA plus lent.
Cette approche marque un changement de paradigme pour la sécurité des agents IA en entreprise, un enjeu central alors que de plus en plus d'organisations cherchent à déployer des systèmes autonomes capables d'exécuter des tâches complexes sans supervision humaine constante. En déplaçant le périmètre de sécurité du code vers le réseau, Brex propose une alternative aux méthodes qui, selon Franceschi, neutralisent l'utilité des agents en limitant excessivement leurs capacités, comme NemoClaw de Nvidia, une approche restreignant l'usage des outils par les agents. Pour Brex, préserver les capacités de codage des agents est essentiel à leur valeur, mais cela suppose d'accepter qu'un agent puisse potentiellement tout faire, voire être déjà compromis, et de miser sur la surveillance plutôt que sur la restriction préalable. Cette philosophie pourrait influencer la manière dont d'autres entreprises abordent la sécurisation de leurs propres déploiements d'agents autonomes.
Le projet s'inscrit dans une réflexion plus large sur la terminologie et les usages des agents IA en entreprise. Franceschi critique d'ailleurs le terme même d'« agent », qu'il juge vague et emblématique d'un jargon de la Silicon Valley sans réelle signification opérationnelle. Il préfère le concept d'« employé virtuel », une entité disposant d'une adresse email, capable de rejoindre des réunions Slack et de collaborer directement avec les équipes humaines, à l'image d'un collègue à part entière. Un résultat surprenant du projet concerne l'efficacité du LLM utilisé comme arbitre : Franceschi l'attribue à l'exposition de ces modèles à des milliards de pages web et de requêtes HTTP lors de leur entraînement, leur conférant une compréhension sémantique intrinsèque du trafic réseau. Cette expérience de Brex illustre les tensions actuelles entre innovation rapide et prudence sécuritaire dans l'adoption des technologies d'IA agentique en environnement professionnel.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




