Alibaba teste un nouveau modèle économique pour Qwen, son IA open source
Alibaba prépare un nouveau modèle économique pour son prochain modèle d'IA à poids ouverts Qwen, rapporte Reuters citant deux sources proches du dossier. Les grandes entreprises qui exploitent ce modèle pour proposer un service commercial devront désormais conclure un accord de partage de revenus avec le groupe chinois, dont le taux n'est pas encore fixé. Jusqu'ici, Alibaba facturait l'accès aux modèles hébergés sur son cloud, mais laissait les entreprises déployer gratuitement ses modèles open source dans leurs propres serveurs. Les modèles Qwen3 actuels restent sous licence Apache 2.0, qui autorise usage commercial, modification et redistribution. Ce virage rappelle la licence adoptée par Moonshot pour Kimi K3, lancé le mois dernier : les entreprises dont les revenus cumulés dépassent 20 millions de dollars sur douze mois doivent signer un accord séparé, pouvant représenter jusqu'à 30% de partage de revenus selon des sources proches de Moonshot. Chinasoft International et DigitalOcean ont confirmé de tels accords commerciaux avec Moonshot.
Cette évolution marque une inflexion pour l'IA open source chinoise, longtemps opposée à l'approche fermée d'OpenAI, Anthropic et Google, qui commercialisent leurs modèles phares via des services hébergés propriétaires. En fixant des seuils de revenus déclenchant des accords payants, Alibaba et Moonshot cherchent à monétiser l'usage massif de leurs modèles par les fournisseurs cloud et d'infrastructure, sans renoncer à la gratuité pour les petits développeurs. Pour des acteurs comme DigitalOcean, qui propose Kimi K3 à ses clients, cela implique des coûts supplémentaires au-delà de certains seuils d'usage. Ce glissement souligne aussi la différence entre modèles "à poids ouverts" et véritablement "open source" : la définition de l'Open Source Initiative exige un accès libre sans autorisation préalable, condition que ces nouvelles licences commerciales ne remplissent plus entièrement.
Cette stratégie tient aussi à l'ampleur des ressources nécessaires pour exploiter ces modèles à grande échelle : Kimi K3 compte 2 800 milliards de paramètres au total, dont 104 milliards activés grâce à une architecture de mélange d'experts (896 experts, 16 sélectionnés par token), ce qui exige une infrastructure de calcul considérable même lorsque les poids sont téléchargeables gratuitement. Alibaba et Moonshot cherchent ainsi de nouvelles sources de revenus auprès des acteurs qui monétisent leurs modèles, à travers une approche que le PDG de DigitalOcean, Paddy Srinivasan, qualifie de "freemium" : accès initial peu coûteux, puis facturation pour l'usage à grande échelle, le support technique ou l'accès anticipé aux futures versions. Reste à voir si d'autres développeurs chinois emboîteront le pas et comment les entreprises occidentales, déjà confrontées à des coûts d'infrastructure croissants, réagiront à ces nouvelles conditions.
Les entreprises europeennes deployant Qwen ou Kimi K3 a grande echelle pour des services commerciaux devront potentiellement signer des accords de partage de revenus, augmentant leurs couts d'infrastructure IA.
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