L’IA ne crée rien de vraiment nouveau : Ce chercheur de DeepMind explique pourquoi
Tom Zahavy, chercheur chez Google DeepMind, a publié en janvier 2026 un article au titre volontairement provocateur, « LLMs can't jump », dans lequel il explique pourquoi les grands modèles de langage ne franchissent pas encore le véritable saut créatif. Il distingue trois formes de raisonnement souvent confondues : la déduction, qui applique une règle générale à un cas précis pour produire une conclusion attendue ; l'induction, qui observe plusieurs situations pour en dégager une règle plausible, terrain de prédilection de l'apprentissage automatique ; et l'abduction, qui consiste à imaginer une explication entièrement nouvelle face à un résultat inattendu, sans qu'aucune donnée ne garantisse d'emblée sa validité. Selon Zahavy, les LLM maîtrisent bien les deux premières formes, y compris en code ou en mathématiques, mais échouent sur la troisième dès qu'il faut formuler des prémisses inédites que personne n'a fournies au préalable. Une IA capable de générer l'image d'un astronaute médiéval chevauchant une méduse dans le métro parisien produit un contenu inédit, mais reste enfermée dans un cadre fixé en amont par des humains, sans jamais décider de le remplacer.
Cette distinction a des conséquences directes sur la manière de penser le rôle de l'IA dans la recherche scientifique et l'innovation. Si les modèles actuels excellent à explorer un espace de possibilités déjà défini, en recombinant des concepts éloignés ou en adaptant des solutions connues, ils ne savent pas encore reconnaître le moment où ce cadre devient insuffisant et où il faut en inventer un autre. Cela questionne directement les promesses d'une IA capable de générer seule des ruptures scientifiques majeures, un enjeu central pour les laboratoires qui investissent dans des systèmes d'IA dits « scientifiques », lesquels expérimentent et testent des hypothèses mais restent guidés par des objectifs et des cadres définis par des humains. Pour les chercheurs, ingénieurs et décideurs qui misent sur l'IA générative pour accélérer la découverte, la nuance de Zahavy invite à ne pas confondre nouveauté apparente et invention réelle.
Pour illustrer son propos, Zahavy s'appuie sur l'histoire d'Albert Einstein. En 1905, la relativité restreinte bouleverse la conception du temps mais n'explique toujours pas la gravité ; il faudra dix années supplémentaires pour aboutir aux équations de 1915, sans qu'aucune base de données gigantesque n'ait guidé le raisonnement. À l'époque, la physique newtonienne fonctionnait encore, malgré une anomalie connue dans l'orbite de Mercure, que l'hypothèse d'une planète invisible baptisée Vulcain suffisait à corriger à moindre coût. Une machine optimisée pour réduire l'erreur aurait sans doute privilégié cette rustine plutôt que de bouleverser toute la théorie. Einstein a préféré imaginer un observateur en chute libre dans un ascenseur, expérience de pensée purement philosophique à l'origine du principe d'équivalence entre accélération et gravitation, avant de s'appuyer sur les mathématiques de Grossmann. Depuis 2022, Yann LeCun défend une approche similaire à travers ses « modèles du monde », où l'humain continue de fixer l'objectif que la machine doit atteindre.
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