Mastercard voulait détecter les bots pour lutter contre la fraude. Maintenant, ce sont eux qui achètent
Mastercard dispose de moins d'un dixième de seconde pour évaluer le risque de fraude à chaque paiement, une opération répétée 175 milliards de fois l'an dernier. Lors de la conférence VB Transform 2026 à Menlo Park le 14 juillet, Greg Ulrich, directeur IA et données de Mastercard depuis onze ans, a expliqué que ce système, conçu depuis des années pour bloquer les transactions initiées par des bots, doit désormais évoluer pour les autoriser. Chaque transaction reçoit un score de 0 à 999 indiquant sa probabilité d'être frauduleuse, calculé en moins de 100 millisecondes puis transmis à la banque émettrice. Grâce à l'IA générative, Mastercard exploite davantage de données et de contexte, ce qui permet d'identifier 300 à 400 % de transactions frauduleuses en plus dans les tranches à haut risque, sans ajouter de friction pour les consommateurs ni multiplier les faux positifs. Le système Safety Net de l'entreprise a déjà bloqué plus de 70 milliards de transactions frauduleuses, et Mastercard construit désormais son propre modèle transformeur entraîné sur ses données de transactions.
Cette évolution dépasse la seule lutte antifraude : environ 40 % de l'activité de services de Mastercard, qui inclut le marketing, la sécurité et le renseignement économique, repose déjà sur l'IA, et ce tiers de l'activité croît bien plus vite que le reste. Pour Ulrich, ce qui permettra à l'IA de continuer à se développer n'est pas tant la capacité des agents autonomes que le niveau de confiance qu'on leur accorde pour agir au nom des consommateurs, des entreprises ou des institutions financières. C'est un enjeu direct pour l'industrie du paiement, appelée à sécuriser non plus un simple achat mais une délégation d'autorité, bien plus complexe à encadrer.
Ce virage vers le commerce agentique, où un consommateur ou une entreprise délègue à un agent IA le pouvoir d'acheter en son nom, oblige Mastercard à repenser toute sa chaîne de confiance. Selon Ulrich, cela suppose de pouvoir identifier précisément l'intention initiale, les comportements attendus et les limites fixées pour chaque transaction déléguée. L'entreprise a bâti cinq couches de protection pour y parvenir, la première portant sur l'identité : vérifier non seulement qui est le consommateur, mais aussi qui est l'agent, en le validant et en l'enregistrant dans le système, une démarche que Mastercard appelle le "know your agent" (KYA). La deuxième couche, l'intention vérifiable, consiste en un enregistrement cryptographique infalsifiable des instructions d'origine, qui accompagne la transaction tout au long de son parcours pour garantir que l'agent achète bien ce qui a été demandé.
Mastercard opère largement sur le marché européen des paiements, donc l'évolution de ses systèmes anti-fraude et de commerce agentique affectera indirectement les banques et consommateurs en France et en UE, sans qu'aucune entreprise ou réglementation européenne ne soit directement impliquée ici.
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