OPINION. « Souveraineté cognitive : le défi oublié de l'intelligence artificielle », par Jacky Galicher, consultant en gouvernance numérique
Voici l'article résumé :
Jacky Galicher, ancien DSI-RSSI des académies de Versailles et de Normandie et aujourd'hui consultant en gouvernance numérique, alerte dans une tribune sur l'émergence d'une nouvelle forme de dépendance technologique qu'il baptise « souveraineté cognitive ». Ce concept désigne le contrôle exercé par les concepteurs de modèles d'intelligence artificielle sur les raisonnements et les résultats produits par ces systèmes. L'auteur situe son propos dans le contexte du débat récent autour de Qwen, le modèle d'IA développé par le groupe chinois Alibaba, dont l'usage croissant en Europe interroge sur l'origine et les biais potentiels des algorithmes déployés dans les administrations et les entreprises. Selon Galicher, la France et l'Europe ont déjà connu deux vagues de dépendance numérique : d'abord sur les infrastructures matérielles et le cloud, puis sur les données elles-mêmes. La troisième vague, plus insidieuse, concerne désormais les modèles d'IA et les choix invisibles opérés par leurs concepteurs.
Cette dépendance est jugée particulièrement préoccupante car elle touche directement au jugement et à la prise de décision. Contrairement aux infrastructures ou aux données, dont les biais et limites sont relativement identifiables, les arbitrages effectués lors de l'entraînement des modèles d'IA restent largement opaques pour les utilisateurs finaux, qu'il s'agisse d'administrations publiques, d'entreprises privées ou de simples citoyens. Ces choix de conception, invisibles mais déterminants, orientent subtilement les réponses fournies, les priorités affichées et même les angles morts des systèmes d'IA, sans que les utilisateurs en aient pleinement conscience.
Ce constat s'inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté numérique européenne, déjà ancien sur les questions d'infrastructures cloud et de protection des données, mais qui prend une dimension nouvelle avec la généralisation des grands modèles de langage. Les enjeux touchent à la fois la sécurité nationale, l'indépendance stratégique et la confiance démocratique, alors que des acteurs comme les États-Unis et la Chine dominent largement le développement de ces technologies. La question posée par Galicher rejoint les préoccupations d'acteurs européens qui plaident pour le développement de modèles souverains, capables de garantir une maîtrise réelle des choix algorithmiques qui structurent de plus en plus la vie collective.
L'article alimente le débat sur la souveraineté numérique et algorithmique européenne face à la dépendance croissante aux modèles d'IA étrangers, notamment chinois et américains.
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