Infinity : comment d’anciens chercheurs d’OpenAI et d’Anthropic veulent transformer l’inférence IA ?
Infinity, une startup fondée il y a moins d'un an par Jeremy Nixon, ancien chercheur chez Google Brain et cofondateur de la communauté AGI House, vient de boucler une levée de fonds de 15 millions de dollars qui porte sa valorisation à 100 millions de dollars. Le tour de table réunit Touring Capital, Principal VC, plusieurs dirigeants de l'industrie des semi-conducteurs ainsi que des chercheurs issus d'OpenAI et d'Anthropic. Plutôt que de développer un nouveau modèle de langage, l'entreprise se concentre sur les logiciels d'inférence, la couche technique qui permet aux puces d'IA d'exploiter pleinement leurs performances. Son produit phare, Ignition, est un agent d'IA capable d'écrire, tester et optimiser automatiquement les noyaux logiciels nécessaires au fonctionnement des modèles sur une nouvelle architecture matérielle. Premier partenariat industriel de la jeune pousse, la collaboration avec le fabricant de puces d-Matrix a permis d'atteindre jusqu'à 92 % des performances théoriques maximales de sa puce Corsair, et ce en seulement dix heures de tests, avant un déploiement de plusieurs modèles récents en une dizaine de jours.
Cette avancée s'attaque à un problème central du secteur des semi-conducteurs pour l'IA : de nombreux fabricants conçoivent aujourd'hui des accélérateurs performants, mais peinent à rivaliser avec NVIDIA, dont l'avantage repose autant sur ses GPU que sur son écosystème logiciel CUDA, mûri depuis près de vingt ans. En automatisant un travail d'optimisation qui mobilisait auparavant des équipes d'ingénieurs pendant plusieurs mois voire plusieurs années, Ignition promet de réduire ce délai à quelques jours, les experts conservant la supervision de l'architecture globale pendant que l'agent traite les tâches répétitives. Pour les fabricants de puces alternatives, cela change la donne économique de l'adoption : un environnement logiciel mature devient accessible sans qu'il faille reconstituer, puce par puce, l'écosystème que NVIDIA a mis des années à bâtir. Le modèle économique d'Infinity accompagne cette ambition puisque l'entreprise partage les gains de performance et les économies générées avec ses partenaires, plutôt que de vendre une licence logicielle classique.
Cette trajectoire illustre un déplacement plus large dans l'écosystème de l'IA. Après plusieurs années où l'essentiel de l'attention et des capitaux allait au développement des modèles de fondation chez OpenAI, Anthropic ou Google, une nouvelle génération d'entrepreneurs issus de ces mêmes laboratoires se tourne vers les infrastructures qui feront tourner l'IA de demain, plus rapides, moins coûteuses et compatibles avec un plus grand nombre de matériels. Infinity ambitionne ainsi de bâtir une bibliothèque d'inférence universelle, capable de fonctionner sur GPU, puces spécialisées ou autres accélérateurs, avec l'objectif de fragiliser la position dominante de NVIDIA sur le marché des semi-conducteurs pour l'IA.
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