Linus Torvalds s’agace une nouvelle fois sur l’IA, cette fois pour la défendre
Linus Torvalds est de nouveau intervenu dans le débat sur l'intelligence artificielle au sein du noyau Linux, mais cette fois pour défendre son usage plutôt que pour critiquer sa qualité. Le différend porte sur Sashiko, un bot de relecture automatisée de patches développé par Roman Gushchin, ingénieur senior chez Google, et annoncé publiquement le 17 mars 2026 sur la liste de diffusion du noyau. Ce service, écrit en Rust et fonctionnant principalement avec le modèle Gemini 3.1 Pro fourni par Google, surveille en continu les soumissions de code sur plusieurs listes de diffusion, dont celle du projet Rust for Linux, et publie automatiquement ses commentaires. Selon les propres mesures de Gushchin, non vérifiées de façon indépendante, Sashiko repère environ 53 % des bugs finalement corrigés sur un échantillon de 1 000 commits récents. Le contributeur historique Laurent Pinchart s'oppose à l'envoi direct de ces relectures aux développeurs, s'appuyant sur des recommandations publiées le 18 juin 2026 par la Software Freedom Conservancy, qui demandent de respecter le choix des contributeurs refusant l'IA. Gushchin rétorque qu'un filtrage humain systématique annulerait l'intérêt du gain de temps promis par l'outil.
Cette querelle dépasse le cas d'un simple bot : elle pose la question de la place que l'IA générative peut occuper dans la maintenance d'un projet aussi critique que le noyau Linux, socle logiciel de la majorité des serveurs, smartphones et objets connectés dans le monde. Si Torvalds valide l'usage de Sashiko, cela ouvre la voie à une automatisation accrue de la revue de code sur d'autres projets open source majeurs, avec à la clé des gains de productivité pour des mainteneurs souvent débordés. Mais cela ravive aussi les craintes d'un afflux de contributions ou de commentaires de mauvaise qualité générés par IA, un phénomène déjà redouté sous le terme de « slop » dans plusieurs communautés de développeurs.
Le contexte est celui d'un Torvalds coutumier des prises de position tranchées, qui avait déjà critiqué par le passé les rapports de bugs générés par des LLM peu fiables. Il affirme désormais sans détour que « Linux n'est pas un projet anti-IA » et que les mécontents peuvent, selon la logique même de l'open source, forker le projet. Il invite aussi les critiques à reconnaître que l'erreur humaine n'a rien d'exceptionnel, et rappelle que l'aspect communautaire du logiciel libre reste secondaire par rapport à l'objectif technique du projet, financé en l'occurrence par l'infrastructure et la puissance de calcul mises à disposition par Google.
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