Le site web du futur pourrait s'assembler lui-même pour chaque visiteur
Adobe a présenté lors de l'AI Engineer World's Fair à San Francisco un concept baptisé "site agentique", capable de générer une page web personnalisée en temps réel pour chaque visiteur. Carlos Sanchez, Principal Scientist chez Adobe, a fait la démonstration d'un système qui interprète l'intention d'un visiteur à partir de son comportement de navigation et de ses recherches, classe ce comportement dans une catégorie d'intention (exploration, recherche d'information ou intention d'achat), puis utilise un modèle de langage pour assembler une page adaptée à partir du contenu existant de l'entreprise. Dans un exemple présenté, un visiteur intéressé par le camping s'est vu proposer une version du site d'une marque de machines à café entièrement réorganisée autour de la préparation du café en extérieur. Sanchez a aussi montré une interface où une requête libre comme "conférences IA en Europe" génère une page composée spécifiquement pour cette demande. Selon lui, la génération d'une page ne doit pas dépasser une à deux secondes, et le coût d'inférence actuel se situe entre un et deux centimes par page, un chiffre qu'il attend de voir baisser dans les prochains mois.
Cette approche, qu'Adobe surnomme "audience of one", marque une rupture avec la personnalisation web classique, longtemps limitée au choix parmi un ensemble prédéfini d'options, comme des recommandations de produits basées sur les achats précédents ou une segmentation en profils d'audience. Ici, c'est la structure même de la page qui s'adapte à chaque visiteur, en s'appuyant sur le contenu déjà existant de l'entreprise comme base documentaire plutôt que de laisser un modèle inventer une expérience de toutes pièces. Pour les sites de commerce en ligne, l'enjeu est direct puisque la personnalisation peut être reliée immédiatement au taux de conversion, mais Sanchez estime que le potentiel dépasse la vente au détail et pourrait concerner toute organisation confrontée à une grande diversité de profils d'utilisateurs à convertir.
Adobe n'a pas encore déployé ces expériences à grande échelle sur des sites clients en production : l'entreprise présente pour l'instant le concept et cherche des organisations prêtes à expérimenter. Sanchez reconnaît lui-même une incertitude sur l'adoption future de ces sites agentiques, résumant le dilemme de l'IA générative en une formule : il est facile de construire des choses, mais difficile de savoir quoi construire, ce qui pousse Adobe à développer d'abord puis à chercher les clients intéressés. Ce projet s'inscrit dans un mouvement plus large où les propriétaires de sites web testent simultanément plusieurs approches liées à l'IA, comme les interfaces conversationnelles, le contenu structuré via des protocoles comme WebMCP, les interfaces génératives ou les agents personnels, tout en cherchant des moyens d'attirer vers leurs sites des utilisateurs venus des plateformes d'IA tierces.
Impact indirect : les entreprises europeennes du e-commerce pourraient a terme s'inspirer de cette approche de personnalisation web, mais aucun element concret ne concerne directement la France ou l'UE pour l'instant.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




