Une bulle de l’IA ? C’est du blasphème selon le PDG de SoftBank
Masayoshi Son, le PDG de SoftBank, a rejeté avec véhémence les craintes d'une bulle spéculative dans l'intelligence artificielle lors de l'assemblée générale annuelle du conglomérat japonais cette semaine. « Dire que l'IA n'est qu'une bulle est un blasphème », a-t-il déclaré devant les actionnaires, ajoutant que « nous n'en sommes qu'au commencement ». Cette prise de position intervient alors que SoftBank vient de s'engager à investir plus de 64 milliards de dollars dans OpenAI, faisant du groupe japonais le principal investisseur de la startup américaine. Son avait déjà fait parler de lui il y a quelques semaines en affirmant que la révolution de l'IA serait « dix fois, voire cinquante fois plus importante que la bulle Internet » des années 1990, tout en reconnaissant qu'une correction boursière resterait possible sans remettre en cause le potentiel à long terme de la technologie.
Ces déclarations prennent un relief particulier dans un contexte de tensions sur les marchés technologiques, où les récentes vagues de ventes d'actions ont ravivé les inquiétudes sur la soutenabilité des valorisations du secteur IA. Pour les sceptiques, les investissements massifs dans les infrastructures, centres de données énergivores, consommation d'eau colossale, ne trouvent pas encore de contrepartie économique solide. OpenAI elle-même continue de dépenser des montants considérables sans avoir atteint la rentabilité. Selon Bloomberg, plusieurs sources proches de SoftBank s'inquiètent en interne de l'ampleur de ce pari, estimant que Son pourrait être influencé par la notoriété personnelle de Sam Altman plutôt que par une analyse froide des fondamentaux financiers de l'entreprise.
Le parcours de Masayoshi Son nourrit ces interrogations. Vétéran de l'éclatement de la bulle Internet et de la crise COVID, il a aussi présidé à l'un des investissements les plus catastrophiques de l'histoire récente du capital-risque : la mise de plusieurs milliards de dollars dans WeWork, la société de bureaux partagés dont la valorisation s'est effondrée en 2019, entraînant des pertes massives pour SoftBank. Son argue aujourd'hui que même les secteurs de l'automobile et de l'électronique ont survécu au krach de 1929 avant de dominer le siècle suivant, et qu'une éventuelle correction ne serait pour lui qu'une « formidable occasion d'investir ». L'enjeu dépasse SoftBank : si l'un des plus grands parieurs de la planète sur l'IA se trompe à cette échelle, les répercussions sur l'ensemble de l'écosystème technologique et sur les marchés financiers mondiaux pourraient être considérables.
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