Washington voudrait embarquer l’UE dans une alliance IA face à la Chine
L'administration Trump a transmis cette semaine à plusieurs États membres de l'Union européenne un projet de déclaration commune sur l'intelligence artificielle, révélé par Bloomberg. Ce document d'une seule page propose un partenariat stratégique articulé autour de trois axes : le soutien à la recherche et au développement en IA, la promotion des exportations technologiques vers des pays partenaires, et l'établissement d'une « réglementation favorable à l'innovation ». L'objectif affiché est de constituer une alliance transatlantique capable de sécuriser la chaîne d'approvisionnement en composants critiques pour les centres de données IA, dans un contexte de compétition technologique croissante avec la Chine. Le texte emploie une formulation inhabituelle pour l'administration Trump : « nous partageons l'idée que l'avenir de l'IA doit reposer sur des bases de collaboration de confiance, de sécurité économique, d'innovation et de concurrence loyale ».
L'initiative arrive dans un contexte transatlantique particulièrement tendu, ce qui explique l'accueil mitigé de plusieurs capitales européennes. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les relations avec l'Europe ont été marquées par des différends commerciaux, des pressions sur la régulation numérique européenne et des restrictions d'accès à des technologies américaines. La récente interdiction d'accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5 d'Anthropic pour les ressortissants étrangers a particulièrement inquiété les Européens, illustrant la possibilité pour Washington de couper l'accès à des outils devenus stratégiques du jour au lendemain. Plusieurs États membres estiment désormais que ce partenariat pourrait servir de cheval de Troie pour promouvoir l'écosystème IA américain au détriment des acteurs européens, d'autant que le point sur la « réglementation favorable à l'innovation » résonne directement avec les attaques américaines contre le DMA et le DSA européens.
Sur le terrain diplomatique, Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Souveraineté technologique, s'est rendue à Washington cette semaine pour aborder directement avec l'administration Trump le blocage des derniers modèles Anthropic, évoquant notamment la nécessité pour l'Europe d'y accéder à des fins de détection de vulnérabilités logicielles. En parallèle, le Congrès américain examine le MATCH Act, un texte visant à empêcher les fabricants chinois de puces d'accéder aux équipements occidentaux de production de semi-conducteurs, une mesure qui toucherait de plein fouet ASML, le géant néerlandais de la lithographie. L'Europe se retrouve ainsi prise en étau entre la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis et les risques de se voir instrumentalisée dans la rivalité sino-américaine, tandis que son propre « plan d'action pour le continent IA », présenté il y a un peu plus d'un an, peine à suivre le rythme d'une industrie qui évolue bien plus vite que les législateurs.
L'Europe est directement exposée : blocage d'accès aux modèles Anthropic pour les ressortissants européens, risque de sanctions sur ASML via le MATCH Act américain, et pressions explicites sur le DMA et le DSA au nom d'une 'réglementation favorable à l'innovation'.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




