
À l'ISC, JUPITER démontre les capacités de la science à l'échelle exascale
JUPITER, le premier supercalculateur européen à atteindre l'échelle exaflop, installé au Forschungszentrum Jülich en Allemagne, affiche une première année de résultats scientifiques majeurs. Présentés cette semaine à la conférence ISC à Hambourg, quatre projets conduits sur cette machine illustrent concrètement ce que permet le calcul à l'échelle exascale : cartographier le cerveau humain cellule par cellule, simuler le climat terrestre à une résolution d'un kilomètre, développer des systèmes d'IA pour les réseaux sans fil de prochaine génération, et émuler un ordinateur quantique universel de 50 qubits. La machine repose sur des puces NVIDIA Grace Hopper et un réseau InfiniBand Quantum-X800. Thomas Lippert, directeur du Centre de supercalcul de Jülich et professeur à l'université Goethe de Francfort, affirme que JUPITER positionne l'Europe non pas comme un suiveur de l'ère exascale, mais comme son chef de file.
Deux résultats se distinguent par leur portée. Le projet Jülich Brain Atlas a produit CytoNet, un modèle fondamental entraîné sur 6,5 pétaoctets de données issues de 21 cerveaux post-mortem, en moins de cinq jours sur 4 096 puces Grace Hopper. Pour la première fois, un modèle d'IA cartographie la microarchitecture cérébrale à l'échelle cellulaire, reliant la structure de chaque cellule aux grands schémas d'organisation du cerveau. La neuroscientifique Katrin Amunts, qui dirige les travaux à l'INM-1 de Jülich, prépare désormais un agent IA capable d'interroger directement ces données, intégrant du raisonnement multimodal et un modèle de langage NVIDIA Nemotron 3 120B. Sur le front climatique, le modèle ICON, développé en collaboration entre l'ETH Zurich, le Max Planck Institute for Meteorology, le DKRZ, le JSC et NVIDIA, a remporté le Gordon Bell Prize for Climate Modelling au SC25 en novembre dernier. Tournant sur 20 480 puces Grace Hopper, ICON simule pour la première fois un système terrestre couplé, atmosphère, océan, terres, biogéochimie et cycle du carbone complet, à une résolution d'un kilomètre. En 24 heures de calcul, la machine a simulé environ 146 jours de climat réel, un record mondial.
Ces avancées s'inscrivent dans une course mondiale à la puissance de calcul scientifique où l'Europe a longtemps accusé un retard face aux États-Unis et à la Chine. JUPITER comble cet écart en offrant à la communauté scientifique européenne un outil capable de traiter des problèmes auparavant hors de portée, qu'il s'agisse de la connectivité 6G, des maladies neurodégénératives ou du changement climatique. La concentration de disciplines aussi diverses sur une seule infrastructure marque un tournant : le supercalcul ne sert plus uniquement la physique des particules ou la météorologie, mais devient un substrat commun pour toutes les sciences de pointe. Les prochaines étapes pour plusieurs équipes incluent l'intégration d'agents IA autonomes capables de conduire eux-mêmes des expériences scientifiques, ouvrant la voie à une recherche partiellement automatisée à très grande échelle.
JUPITER, financé par EuroHPC et installé à Jülich (Allemagne), positionne l'UE comme leader mondial du calcul exascale, offrant à la communauté scientifique européenne une infrastructure de pointe pour la recherche en neurosciences, climatologie et IA souveraine.
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