
Ces hackers chinois utilisent Gemini pour piéger des tas de gens : Google riposte !
Le FBI et Google ont conjointement démantelé Outsider Enterprise, un réseau criminel chinois spécialisé dans le phishing-as-a-service (PhaaS), actif depuis trois ans. Ce groupe vendait à d'autres escrocs des kits d'hameçonnage clés en main, leur permettant de lancer des campagnes frauduleuses sans compétences techniques avancées. Au fil de son existence, le réseau a compromis les données de 3,8 millions de cartes bancaires pour un préjudice estimé à 1,9 milliard de dollars. En mai 2026, l'activité s'est brutalement intensifiée : en deux semaines, 2,5 millions de SMS frauduleux ont été envoyés à des utilisateurs Android américains, pointant vers 9 000 faux sites imitant Google, YouTube, l'USPS ou le système de péage EZ Pass. En quinze jours, 55 000 de ces messages ont été signalés comme suspects par les victimes, plus de deux alertes par minute, déclenchant l'enquête commune. À l'issue de l'opération baptisée « Riptide », le FBI a saisi plusieurs serveurs, fermé la boutique Shopify du groupe, neutralisé le bot Telegram de distribution des kits, et récupéré environ 100 000 dollars en cryptomonnaies. Google a parallèlement déposé une plainte civile devant un tribunal fédéral de New York.
Ce qui rend cette affaire particulièrement préoccupante, c'est l'usage systématique de Gemini, le modèle d'IA de Google, pour industrialiser les arnaques. Les criminels s'en sont servi pour générer du code, fabriquer des interfaces imitant des marques connues et personnaliser les messages frauduleux à grande échelle, aboutissant à 131 kits de phishing distincts ciblant des entreprises privées et des administrations publiques américaines. Ce détournement d'outil légitime illustre une évolution majeure de la menace : l'IA générative abaisse drastiquement le seuil d'entrée dans la cybercriminalité. Des acteurs sans expertise technique peuvent désormais opérer des campagnes d'une sophistication et d'une échelle autrefois réservées à des groupes très structurés. Les opérateurs AT&T, T-Mobile et Verizon ont dû être mobilisés pour bloquer les SMS en amont, signe que la réponse ne peut plus être portée uniquement par les plateformes numériques.
Le modèle PhaaS existe depuis plusieurs années, mais Outsider Enterprise en a poussé la logique jusqu'à son terme en intégrant l'IA comme accélérateur opérationnel. Les échanges du groupe transitaient principalement par Telegram, plateforme régulièrement citée dans ce type d'infrastructures criminelles. L'affaire s'inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre Washington et Pékin sur la cybersécurité, où des groupes liés à la Chine sont régulièrement mis en cause pour des opérations d'espionnage ou de fraude à grande échelle. Le démantèlement d'Outsider Enterprise marque une étape, mais la question centrale reste ouverte : comment les fournisseurs d'IA peuvent-ils détecter et couper l'accès à leurs outils lorsqu'ils sont utilisés à des fins criminelles, sans attendre qu'une opération atteigne une telle ampleur ?
L'usage de Gemini pour industrialiser le phishing à grande échelle constitue un précédent qui interpelle l'ENISA et les régulateurs européens sur les obligations légales des fournisseurs d'IA face aux détournements criminels de leurs outils.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.



