Aller au contenu principal
Atteint de SLA, il est le premier grand utilisateur d'un implant cérébral qui lui permet de parler
RechercheMIT Technology Review · 2 min de lecture

Atteint de SLA, il est le premier grand utilisateur d'un implant cérébral qui lui permet de parler

Source originale ↗·

Casey Harrell, 45 ans au moment des faits, atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA) et entièrement paralysé, est devenu le premier "power user" d'un implant cérébral destiné à restaurer la parole. En juillet 2023, une équipe de l'Université de Californie à Davis, dirigée par David Brandman, professeur associé de neurochirurgie, lui a implanté quatre réseaux de 64 électrodes chacun dans le cerveau, reliés à deux points de connexion fixés sur le crâne. Dès août 2023, un mois après l'opération, Harrell communiquait avec un vocabulaire de 50 mots et un taux de précision de 99,6 %. Ce vocabulaire a depuis été étendu à 125 000 mots, avec une précision de 97,5 %. Sur les 22,6 premiers mois suivant l'implantation, il a utilisé le dispositif plus de 3 800 heures à domicile sans la présence de chercheurs, selon une étude publiée cette semaine dans la revue Nature Medicine.

L'avancée la plus significative tient à l'autonomie croissante de Harrell. En 2023, des membres de l'équipe devaient encore se rendre physiquement chez lui pour connecter et déconnecter l'appareil. Aujourd'hui, son soignant effectue seul cette opération : Harrell se réveille, est branché, et commence sa journée. Il surfe sur le web et exerce son travail grâce à l'interface. "Vivre avec une maladie comme la SLA, on est censé avoir des rêves diminués. Ce n'est pas mon cas", confie-t-il au MIT Technology Review. Cette autonomie est décisive : elle démontre qu'un tel dispositif peut fonctionner efficacement sur le long terme hors cadre clinique, et qu'un patient gravement atteint peut s'en emparer comme d'un véritable outil quotidien.

Le système repose sur le décodage du cortex moteur de la parole, la région cérébrale qui coordonne les mouvements nécessaires à l'articulation. En enregistrant l'activité neuronale liée aux 39 phonèmes de l'anglais américain, les algorithmes construisent un décodeur personnalisé qui convertit les signaux cérébraux en parole synthétisée. L'une des grandes incertitudes des interfaces cerveau-ordinateur (BCI) à long terme est la formation de tissu cicatriciel autour des électrodes, susceptible de dégrader la captation des signaux neuronaux. Ce phénomène ne semble pas affecter Harrell à ce stade, ce qui est en soi un résultat encourageant. La SLA touche environ 30 000 personnes aux États-Unis. Des acteurs comme Neuralink et Synchron travaillent également sur des BCI humains, mais la durabilité et l'autonomisation démontrées par le cas Harrell constituent un jalon concret vers des dispositifs cliniquement viables, utilisables au quotidien par des patients en dehors de tout laboratoire.

💬 L'analyse de Mathieu

125 000 mots, 97,5 % de précision, 3 800 heures d'usage autonome à domicile. Ce qui me frappe, c'est pas la performance du décodeur, c'est que Casey Harrell se lève le matin, se branche, et commence sa journée comme tu commences la tienne. La question du tissu cicatriciel reste ouverte sur le long terme, mais pour l'instant c'est un résultat sérieux.

Cet article vous a été utile ?

Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.

À lire aussi

Meta Brain2Qwerty v2 : L’IA qui traduit vos pensées en texte sans implant cérébral
1Le Big Data 

Meta Brain2Qwerty v2 : L’IA qui traduit vos pensées en texte sans implant cérébral

Meta a présenté Brain2Qwerty v2, une version améliorée de son système de décodage cérébral capable de transformer des signaux neuronaux en texte tapé, sans aucune intervention chirurgicale. Pour fonctionner, le dispositif s'appuie sur un scanner MEG (magnétoencéphalographie) porté sur la tête, qui capte les infimes champs magnétiques produits par l'activité cérébrale pendant que l'utilisateur imagine taper sur un clavier. À la différence de la première version, qui décodait les lettres une par une, Brain2Qwerty v2 est capable d'interpréter des caractères, des mots et des phrases entières simultanément, grâce à une combinaison de Transformers, de réseaux neuronaux convolutifs et de grands modèles de langage agissant comme un correcteur contextuel. Le modèle a été entraîné sur environ 22 000 phrases produites par neuf volontaires, chacun ayant passé près de dix heures sous scanner. Résultat : une précision moyenne de 61 % dans la reconnaissance des mots, avec un pic à 78 % pour le meilleur participant et plus de la moitié des phrases décodées comportant une seule erreur. Pour les personnes atteintes de paralysie ou privées de la parole, cette avancée représente une piste sérieuse vers une communication autonome sans chirurgie. Les interfaces cerveau-ordinateur les plus précises, comme celles de Neuralink, nécessitent des électrodes implantées directement dans le cortex, avec tous les risques opératoires que cela implique. Brain2Qwerty v2 démontre qu'une approche entièrement non invasive peut produire des résultats comparables, même si les taux de précision restent encore en deçà des systèmes implantés. Pour l'industrie neurotechnologique au sens large, ce résultat déplace les lignes : il prouve que la précision de lecture cérébrale n'est pas l'apanage exclusif des implants, et ouvre un axe de recherche distinct. Meta s'inscrit dans une course technologique qui réunit des acteurs très différents : Neuralink côté implants, BrainGate pour la recherche académique, et désormais Meta sur le segment non invasif. L'entreprise a choisi de publier en open source le code d'entraînement et l'ensemble de données, une décision qui devrait accélérer les travaux d'autres laboratoires. Les obstacles restent néanmoins considérables : les scanners MEG sont des équipements encombrants, extrêmement coûteux et confinés aux environnements de recherche. Aucune perspective de produit grand public n'est envisageable à court terme. Mais le signal envoyé est clair : les interfaces cerveau-ordinateur sans chirurgie cessent d'être de la science-fiction pour devenir un domaine d'ingénierie à part entière, et Meta entend y jouer un rôle central.

UELa mise en open source du code d'entraînement et des données pourrait accélérer les travaux des laboratoires européens en neurotechnologie, sans impact direct identifiable sur la France ou l'UE à court terme.

RecherchePaper
1 source
The Download : le premier utilisateur intensif d'implant cérébral et l'obsession de la Corée du Sud pour l'IA
2MIT Technology Review 

The Download : le premier utilisateur intensif d'implant cérébral et l'obsession de la Corée du Sud pour l'IA

Casey Harrell, atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA) et entièrement paralysé, utilise depuis presque trois ans un implant cérébral pour communiquer et travailler. Cet Américain a reçu une série d'électrodes directement dans le cerveau, une interface cerveau-ordinateur (BCI) qui lui permet de "parler" en décodant ses intentions neurales. Depuis ses premiers essais en 2023, il a accumulé des milliers d'heures d'utilisation, au point que son équipe le présente désormais comme "le premier utilisateur avancé" d'un BCI de parole. Il peut aujourd'hui naviguer sur internet et exercer ses fonctions professionnelles de manière largement autonome, grâce à de nouvelles fonctionnalités progressivement ajoutées à l'appareil. Parallèlement, une étude du Pew Research Center couvrant 25 pays révèle un contraste saisissant : seulement 16% des Sud-Coréens se disent plus inquiets qu'enthousiastes face à l'IA, le taux le plus bas de l'enquête, contre 50% des Américains. Le parcours de Casey Harrell illustre une évolution décisive dans le domaine des neuro-technologies : les BCI de parole passent du stade expérimental à celui d'outil du quotidien, capable de restituer une vie professionnelle à des personnes totalement paralysées. "Vivre avec une maladie comme la SLA est censé vous forcer à revoir vos ambitions à la baisse. Pas moi", a-t-il déclaré. L'enthousiasme coréen pour l'IA, lui, reflète une conviction culturelle profonde : embrasser la technologie est perçu comme indissociable de la modernisation du pays et de sa place dans l'ordre mondial. Cet état d'esprit contraste fortement avec le scepticisme américain croissant, dans un contexte où Washington vient de restreindre l'accès à Anthropic pour des raisons de sécurité nationale, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick invoquant des risques de renseignement étranger. Ces développements s'inscrivent dans une semaine chargée pour l'industrie technologique mondiale. DeepSeek, la startup d'IA chinoise dont les modèles avaient déjà ébranlé les certitudes de la Silicon Valley, vient de lever 7 milliards de dollars lors d'un premier tour de financement record, le plus important jamais réalisé pour une startup IA à ce stade, portant sa valorisation à plus de 50 milliards de dollars dans une structure qui préserve le contrôle de ses fondateurs. Fox a par ailleurs annoncé le rachat de la plateforme de streaming Roku pour 22 milliards de dollars, créant le troisième acteur américain de la télévision par audience. EA a lancé "EA Advertising", un système permettant aux marques de s'intégrer directement dans le gameplay des jeux vidéo, pendant qu'une étude révèle qu'un simple extrait de texte posté sur Reddit suffit à manipuler les résultats des moteurs de recherche IA comme ChatGPT ou Google.

UEL'étude Pew Research portant sur 25 pays offre un éclairage indirect sur les attitudes européennes face à l'IA, tandis que la levée record de DeepSeek à 7 milliards de dollars redessine le paysage concurrentiel mondial au moment où l'UE tente d'affirmer sa souveraineté technologique.

SociétéPaper
1 source
Les États-Unis utilisent le premier supercalculateur exascale mondial pour modéliser des supernovae et des réacteurs à fusion
3Interesting Engineering 

Les États-Unis utilisent le premier supercalculateur exascale mondial pour modéliser des supernovae et des réacteurs à fusion

Des scientifiques américains du laboratoire national d'Oak Ridge (ORNL), rattaché au Département de l'Énergie, ont utilisé Frontier, le superordinateur exascale le plus puissant du monde, pour modéliser la turbulence magnétohydrodynamique (MHD) dans les plasmas. Capable d'effectuer plus de deux quintillions de calculs par seconde, Frontier est classé troisième superordinateur le plus rapide au monde, derrière Aurora et El Capitan. L'équipe, dirigée par le doctorant Semih Kacmaz sous la supervision d'Eliu Huerta, scientifique computationnel à l'Argonne National Laboratory, a développé une approche en deux étapes combinant un opérateur neuronal informé par la physique et un modèle de diffusion génératif. Ensemble, ces deux systèmes d'IA produisent des prédictions de turbulences très détaillées en quelques secondes, avec une réduction des erreurs de plus de moitié par rapport aux méthodes conventionnelles. Ce résultat représente une avancée majeure dans un domaine que les physiciens considèrent comme l'un des plus récalcitrants de leur discipline. La turbulence MHD régit le comportement des gaz ionisés soumis à des champs magnétiques, des phénomènes omniprésents dans l'univers : éruptions solaires, explosions de supernovæ, magnétosphère terrestre. Les méthodes traditionnelles, comme l'approche Reynolds-Averaged Navier-Stokes (RANS), reposent sur des équations simplifiées qui lissent les détails fins et ne capturent pas toute la physique en jeu. Le nouveau cadre IA, lui, reconstruit les petits tourbillons et fluctuations rapides qui définissent les écoulements turbulents, ouvrant la voie à des modèles de supernovæ bien plus précis et à la conception de réacteurs à fusion nucléaire plus efficaces. "C'est la première fois que l'IA parvient à modéliser fidèlement la turbulence magnétisée dans des conditions aussi extrêmes", a déclaré Huerta. La turbulence dans les plasmas constitue un obstacle de longue date pour deux domaines stratégiques : l'astrophysique, qui cherche à comprendre les explosions stellaires, et la fusion nucléaire, dont la viabilité industrielle dépend en partie de la maîtrise du comportement des plasmas à haute énergie. Des projets comme ITER ou les réacteurs privés de Commonwealth Fusion Systems se heurtent précisément à ces instabilités. En mobilisant l'allocation de temps de calcul sur Frontier pour générer des milliers de simulations haute-fidélité servant à entraîner leurs modèles, les chercheurs ont démontré que les supercalculateurs exascale peuvent débloquer des problèmes jugés hors de portée. L'équipe prévoit désormais d'étendre le modèle à des simulations plasma en 3D complètes et à des environnements astrophysiques plus complexes, ce qui pourrait accélérer à la fois la recherche fondamentale sur la dynamique des étoiles et le développement applicatif de la fusion comme source d'énergie décarbonée.

UELes avancées dans la modélisation de la turbulence des plasmas bénéficient directement au projet ITER, dont le réacteur expérimental est en construction à Cadarache (France) et qui se heurte précisément aux instabilités plasma décrites dans l'article.

RecherchePaper
1 source
Meta rapproche son IA de lecture cérébrale non invasive des performances des implants chirurgicaux
4The Decoder 

Meta rapproche son IA de lecture cérébrale non invasive des performances des implants chirurgicaux

Meta a présenté une nouvelle version de son système Brain2Qwerty, développé par l'équipe de recherche FAIR, capable de traduire l'activité cérébrale en texte tapé sans recourir à un implant chirurgical. L'appareil capte les signaux magnétiques émis par le cerveau depuis l'extérieur du crâne, grâce à une technologie de magnétoencéphalographie, puis reconstitue les lettres que la personne pense taper sur un clavier. Selon Meta, la précision du système s'améliore à chaque nouvel enregistrement ajouté à l'entraînement du modèle, un signe encourageant pour la suite du projet. Fait notable, des agents d'intelligence artificielle capables d'écrire eux-mêmes du code ont participé à l'optimisation technique du système. Cette avancée intéresse particulièrement le domaine médical, où elle pourrait un jour offrir une alternative aux interfaces cerveau-machine invasives, comme celles développées par Neuralink, pour les patients paralysés ou atteints de troubles moteurs sévères. Un dispositif non invasif réduirait les risques chirurgicaux et les coûts, tout en rendant la technologie accessible à un plus grand nombre de patients incapables de communiquer autrement. Toutefois, Meta reste prudent sur le calendrier d'un usage clinique réel, qui demeure encore lointain. La technologie s'inscrit dans une compétition mondiale croissante autour des interfaces cerveau-ordinateur, où des acteurs comme Neuralink d'Elon Musk misent sur l'implant chirurgical, tandis que des laboratoires de recherche comme FAIR explorent des voies non invasives. Les prochaines étapes dépendront probablement de l'ampleur des données collectées et de la capacité du système à généraliser au-delà des conditions de laboratoire.

💬 Selon Meta, la précision de Brain2Qwerty s'améliore à chaque enregistrement ajouté, ce qui veut dire que la vraie course n'est plus l'implant vs le non-invasif, mais qui accumule le plus de données cérébrales en premier. Neuralink a l'avantage du signal propre, Meta a l'avantage du volume et de FAIR qui tourne dessus depuis des années. Bon, sur le papier c'est impressionnant, mais "usage clinique lointain" ça veut dire encore des années avant qu'un patient paralysé en profite vraiment.

RecherchePaper
1 source

Recevez l'essentiel de l'IA chaque jour

Une sélection éditoriale quotidienne, sans bruit. Directement dans votre boîte mail.

Recevez l'essentiel de l'IA chaque jour

Gratuit · 1 email le matin, l'essentiel de l'IA · désinscription en un clic