Les contrôles à l'exportation d'Anthropic déclenchent une course mondiale à la souveraineté en IA
Le 13 juin 2026, un ordre gouvernemental américain a mis hors ligne deux des modèles d'intelligence artificielle les plus puissants d'Anthropic, Fable 5 et Mythos 5, pour tous les utilisateurs étrangers dans le monde entier, y compris, brièvement, les employés d'Anthropic eux-mêmes nés à l'étranger. La directive, signée par le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et adressée au PDG Dario Amodei, ordonnait la suspension de tout accès par des ressortissants étrangers, qu'ils se trouvent aux États-Unis ou non. La rapidité de l'opération a frappé les esprits : Fable 5 avait été mis à disposition du grand public le 9 juin, quatre jours seulement avant d'être désactivé. Anthropic a reçu la lettre d'injonction à 17h21 le 12 juin et, faute de pouvoir filtrer ses utilisateurs par nationalité en temps réel, a dû "abruptement couper" l'accès à l'ensemble de sa clientèle pour se conformer à l'ordre.
Au coeur du litige se trouve une méthode de contournement des garde-fous de sécurité de Fable 5, ce que l'on appelle un "jailbreak". Washington avance que cette faille permettrait d'accéder à des informations susceptibles d'aider des cyberattaques, une accusation renforcée selon le Wall Street Journal par Andy Jassy, PDG d'Amazon et l'un des principaux investisseurs d'Anthropic, qui aurait alerté le secrétaire au Trésor Scott Bessent après que des chercheurs d'Amazon ont reproduit le problème. Anthropic conteste la gravité du risque, affirmant que la technique en question se limite à une capacité d'examen de code déjà présente chez des modèles concurrents, dont GPT-5.5 d'OpenAI. David Sacks, co-président du conseil scientifique de la Maison-Blanche, a publiquement contredit cette version sur X, affirmant que l'administration avait demandé à Amodei de corriger la vulnérabilité ou de retirer le modèle, et qu'Amodei avait refusé. L'affaire a déclenché une onde de choc en Europe et au Canada, ravivant les inquiétudes sur la souveraineté numérique et la dépendance à des infrastructures d'IA contrôlées par le gouvernement américain.
Cette crise ne surgit pas du néant. Le conflit entre Anthropic et Washington s'est cristallisé plus tôt en 2026, lorsque l'entreprise a refusé que ses technologies soient utilisées à des fins de surveillance de masse ou pour des systèmes d'armes entièrement autonomes, suscitant la colère du secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Donald Trump avait alors ordonné à chaque agence fédérale de cesser d'utiliser les produits d'Anthropic, et Hegseth avait désigné la société comme un "risque pour la chaîne d'approvisionnement de la sécurité nationale". Fable 5 était lui-même le dérivé grand public d'une famille de modèles plus puissants, les modèles de classe Mythos, développés depuis avril 2026 dans le cadre du programme à accès restreint Project Glasswing. L'épisode illustre de façon brutale une réalité que beaucoup d'acteurs internationaux préféraient ignorer : le droit américain peut couper l'accès à des outils devenus infrastructures critiques, du jour au lendemain, sans préavis.
Les entreprises et utilisateurs européens ont perdu l'accès aux modèles d'Anthropic du jour au lendemain sans préavis, illustrant concrètement leur dépendance à des infrastructures IA sous contrôle juridique américain et relançant en urgence les débats sur la souveraineté numérique au sein de l'UE.
Dans nos dossiers
Vu une erreur factuelle dans cet article ? Signalez-la. Toutes les corrections valides sont publiées sur /corrections.




